ordi    Internet est la porte ouverte à tous les possibles, notre champ d’action se voit décupler et notre environnement devient le monde entier, tout ça sans bouger de chez soi. Les fesses bien vissées sur mon canapé, j’ai décidé de faire un voyage dans le monde. Le monde est devenu notre terrain de jeu et nous sommes bien plus au fait de la vie d’une étudiante à l’autre bout du monde (merci facebook) que de son propre voisin. Mais laissons tomber ces considérations pseudo-philosophiques sur le fait que la chaleur des relations humaines a été remplacée par le froid clavier de son ordinateur. Ce n’était pas mieux avant, c’était différent. Je me perds, j’en oublie le thème de ce récit : mon voyage. Internet nous permet de voyager, de connaître le monde entier et surtout les nouvelles (r)évolutions. Alors je ne suis pas parti à Bruges voir les quais ni à Londres écouter du rock, je suis parti partout pour profiter de tout ce qui m’enchante.

     Comme dans tout voyage, il faut résoudre la question du logement. L’hôtel ? trop cher. Air bnb ? trop cher aussi, rempli de pro qui se font une marge pas possible. Non merci. Je veux du roots, du local, de l’authentique. J’irai dormir chez l’habitant à la Antoine de Maximy. Direction nightswapping qui propose un échange de bons procédés : tu dors chez un local, en échange tu ouvres ton appart pour un autre membre de la communauté. C’est bon, j’ai trouvé l’appart de mes rêves, un palace contre mes 19m2. L’échange a du bon.

    Place au voyage. Je refuse le train bien trop cher pour ce voyage lointain, ailleurs. Le covoiturage ? Parfait mais nique blablacar ; j’en ai assez d’entendre des hypocrites parler des valeurs du partage, de la solidarité, de la conviction et du choix politique qu’ils font en conduisant des inconnus. Ce sont juste des égoïstes qui blindent leur voiture et ne se prennent pas en compte dans la répartition des frais. « Oui j’aime l’autre » (surtout quand il te paie ton voyage). Et puis finir par donner des sous à la sncf dans tous les cas ne m’enchante. J’ai mieux, un nouveau site éco-voiturage qui prône l’écologie, l’économie, un retour à l’idée originel du covoiturage ! Waouh c’est beau l’idéalisme.

    Je pars tôt. Je ne veux pas rater le before. Le principe est génial, ouvrez un club de 6h à 9h ou un centre culturel (NY fait mieux, ces befores se passent sur un bateau), faites payer l’entrée et offrez le petit-déjeuner à volonté dans une ambiance festive. Les DJs nous réveillent tranquillement avec de la house. J’aime prendre mon café au son de la musique électronique. Ici, je ne parle pas de finir la soirée défoncé à la recherche d’une goutte d’alcool – prêt à se jeter sur l’eau de Cologne. Non je veux juste démarrer ma journée du bon pied, émerger tranquillement. Assis à une table je sirote mon café (la première bière sera pour plus tard). Les fêtards en manque de son et les travailleurs insomniaques se retrouvent près des croissants ; difficile d’imaginer lesquels sont les plus surpris. Les uns se demandant comment on peut commencer la journée si tôt, les autres si tard.

    La journée commence bien, mais je ne suis pas parti pour faire la fête seulement pour découvrir des alternatives. Je décide de m’aventurer dans des bureaux de co-working. Le principe est simple, la réunion de plusieurs entreprises dans un même bureau en open space. Le but : créer une émulation, partager ses connaissances et ses compétences afin de répondre aux problématiques de l’entreprise. Intéressant mais ennuyeux. Je ne veux pas voir la création de cadres, je veux du fun. Pensons à la même chose mais pour un label : plusieurs labels aux styles différents se réunissant dans un immense bureau, disons un hangar. Installation commune, partage de la sono, studio d’enregistrement, présence de graphistes… DJs et autres artistes se relaient pour faire écouter leurs nouveaux sons, les labels écoutent – si ça déchire on signe. Tous les styles y passent : de la pop à la jungle. Pionner a même installé un stade pour présenter ses nouveaux produits.

    Je quitte le studio, déjà midi. L’heure du repas, je vais dans un des jardins communautaires ouverts à Todmorden. Là-bas en réponse à la crise économique et écologique, deux citoyennes ont commencé à planter des fruits et des légumes dans des bacs parsemés dans la ville. La ville se verdit au rythme des potagers et chacun est libre d’apporter à la récolte. La récolte appartient à tous. Ce principe a fait écho dans de nombreuses villes à la recherche d’autonomie alimentaire. Cette communauté forme à travers le monde les « Incredible edible ». L’initiative est belle mais les légumes n’ont jamais nourri un homme, je me jette donc sur le premier kebab du coin.

    Petit après-midi shopping mais assez des shops trop chers pour moi. Je me rends dans un « Umsonstladen », un magasin gratuit. Là-bas on y trouve de tout : vaisselles, vêtements, meubles. Tout est de la récup’, À chaque passage on peut emporter jusqu’à trois pièces qu’importe son statut social, seule monnaie d’échange : un jolie sourire à la caissière bénévole qui s’empressera de marquer votre nom sur le livre d’or. Il existe d’autres types de magasins gratuits comme SampleLab au Japon. Ici, l’inscription est payante (13$ par an) mais on peut emporter jusqu’à cinq articles neufs par mois. Une véritable caverne d’Ali Baba dans laquelle on trouve des vêtements, jeux vidéo, high-tech, meubles etc…

    La journée a bien avancé et je me prépare pour sortir. Avant, petit détour dans le quartier de Christiania au Danemark. Ce quartier construit sur une ancienne base militaire à Copenhague est la dernière ville libre. Les habitants de ce quartier se sont détachés de l’Etat danois et ont déclaré leur indépendance, la ville est autogérée. Le seul mot d’ordre : liberté. Le capitalisme s’est arrêté à la frontière de la ville, la propriété foncière n’existe pas et seule l’indépendance dicte ses lois, un immense Disneyland pour adulte à ciel ouvert. Je me vois déjà chercher à installer ma petite cabane dans un arbre près du lac qui borde la ville. Il en faut peu pour être heureux.

    Ces découvertes m’ont donné envie de faire la fête, la vraie ; griller la moitié de ma caf pour rincer tous mes amis. Entre carnage et partage. Avant de partir en teuf, je teste une dernière nouveauté : les concerts à la maison. Le principe est simple, un artiste se produit chez une personne bien sympathique qui ouvre le temps d’un instant sa porte à ses potes et à des inconnus. Le son est niquel car c’est le collectif qui ramène son matos, l’artiste a l’air heureux, il lâche même son cachet pour nous offrir tous à boire. Le bouchon de champagne saute, la fête commence. Je me réveille de ce voyage.

Mathias

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