Les ventes de vinyles sont, depuis quelques années maintenant, en pleine recrudescence. Alors qu’on prédisait à la fin des années 90 que l’arrivée du CD allait bouleverser les formats musicaux, il semblerait que la galette de cire noire reprenne rapidement son niveau d’antan: en 2014 les ventes ont augmenté de près de 50% pour atteindre six millions de vinyles vendus (aux USA) soit près de six fois plus que les ventes de 1996.

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Comment alors expliquer cette résurgence lorsque l’on sait tout les défauts (théoriques) du vinyle : poids, taille, fragilité, moindre qualité de retranscription par rapport au CD, coût de production, etc ? Ajoutez à cela le prix de la platine, tout le soin nécessaire à sa maintenance, l’obligation de passer les morceaux manuellement ainsi que l’encombrement spatial inhérent à la possession d’une bibliothèque digne de ce nom et vous conclurez, en toute logique, que le digital et le CD c’est quand même plus simple. Pourtant, contre toute attente, le vinyle ne meurt pas.

Certains expliquent cela par le phénomène de retromania, qui traduit l’obsession de l’humain pour son passé, qu’il glorifie au delà de la réalité. Cette réflexion me paraît toutefois assez biaisée, d’autant plus lorsque l’on regarde quels sont les LP les plus vendus ces dernières années. En 2010, les albums vinyles les plus vendus étaient Thriller, The Dark Side of the Moon et autres Abbey Road, ce qui dénote clairement que les acheteurs étaient probablement assez âgés et nostalgique du passé. Quand on s’intéresse aux meilleurs ventes de 2013 en revanche, quelle surprise ! Le trio de tête se compose de Random Access Memories des Daft Punk, Modern Vampires of the City de Vampire Weekend et enfin Reflektor d’Arcade Fire, soit trois albums sortis en cette même année 2013. Les acheteurs ne sont donc plus des vieux hippies mélancoliques mais bien des jeunes ayant grandi pendant l’ère digitale. Plus qu’à la retromania, l’industrie du vinyle doit à mon sens sa renaissance à l’objet en lui même, qui devrait parfois être élevé au rang d’œuvre d’art.

Un son à part

Pour tout ceux parmi vous qui auront déjà eu l’occasion d’écouter un vinyle, la notion de « chaleur » ou de « grain » ne sera pas nouvelle. Le fait est que la qualité d’un vinyle est moins bonne que celle d’un CD, la retranscription de l’onde sonore étant physique (les sillons visible à l’œil nu), ce qui implique des pertes alors qu’elle se fait sous forme digitale pour le CD (une suite de 0 et de 1), tout mélomane qui se respecte devrait donc préférer le CD au vinyle mais c’est pourtant en réalité rarement le cas.

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Sillon d’un Vinyle

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Sillon d’un CD

En effet, les « dommages » occasionnés par la retranscription sous forme physique d’une onde sonore donnent au son vinyle une texture tout à fait singulière, une sorte de craquement reconnaissable entre mille. Ce côté « imparfait » et « chaleureux » du son le rang plus humain et est donc sûrement à l’origine de notre préférence pour le vinyle.

Une autre caractéristique de ce dernier est qu’il échappe à la Loudness War (Guerre du Volume) qui sévit dans tout les studios du monde entier. Pour ceux qui n’en connaitrait pas encore l’existence, la guerre du volume s’est développée avec l’apparition des compresseurs. Pour faire simple, l’humain aime en général que le son soit le plus fort possible, de ce fait les ingénieurs de mastering ont commencé au début des années 90 à compresser le son (ce qui revient à écraser l’onde sonore) pour ensuite l’amplifier le rendant ainsi plus fort. Conséquence ? Les différences de volume entre les passages les plus fort d’un morceaux et les plus doux sont drastiquement réduites, ce qui à l’écoute se traduit par un son plus linéaire, et donc de moindre qualité. Pour vous donner une idée, voici ci dessous l’onde sonore du morceau Death Magnetic de Metallica lors de sa première édition en 1983 puis lors de sa réédition en 1991 et en 1999.

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Pour une meilleur explication, direction youtube !

Quel rapport avec les vinyles ? Et bien ces derniers évitent par chance toute implication dans cette guerre du volume de par leur origine analogue. Leur son paraît donc à l’écoute plus complet et semble avoir plus de punch, plus de variation.

Une esthétique unique

Une autre explication à ce retour au vinyle est simplement sa beauté et son caractère immuable. Et oui, un vinyle, c’est beau ! Ca peut être bleu, noir, blanc, orange, grand, petit,… Une multitude de format est disponible et chaque galette est unique (même si, on ne va pas se mentir, la plupart sont juste noirs)
Le vinyle possède aussi un côté immuable très attachant. Pour lire un CD il faut un lecteur spécial qui repose sur beaucoup de technologie, technologie qui pourrait être amenée à disparaître dans les siècles à venir (ne sait-on jamais !), alors que pour un vinyle, il suffit d’avoir une aiguille et un cône en papier pour écouter le morceau inscrit dessus. Un alien qui arriverait sur terre plusieurs milliers d’années après notre extinction pourrait écouter un vinyle mais aurait beaucoup plus de mal à lire un CD.

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Enfin, tout un art s’est développé autour des pochettes qui constituent parfois à elles seules une raison suffisante à justifier l’achat d’un vinyle. Le dernier album en date de Mike Denhert, Lichtbedingt est un bon exemple, la pochette ayant été designée par le studio de design amsterdamois Graphic Surgery.
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Posséder un vinyle est donc une expérience sonore et visuelle à part entière qui justifie amplement son prix assez élevé (10€ en moyenne). Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de vous y essayer, n’ayez crainte, car le vinyle revient à grand pas et sera très bientôt chez vous !

Jean-Eudes

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1 commentaire

Frankie Knuckles · 5 février 2016 à 19 h 11 min

Hi,
I’m Frankie Knuckles and I support this message.

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