Je sais que nombre d’entres vous sont technophiles et vous savez donc comme l’entrée de ce club peut être difficile à passer. Vous savez aussi que les photos et vidéos y sont interdites et qu’il existe donc un certain mystère qui entoure ce bloc de pierre. J’ai décidé de vous décrire la seule et unique soirée que j’ai eu l’occasion de passer là-bas et qui définitivement fait partie de mon top 3 des meilleures soirées.

Stratégiquement, j’avais décidé de tenter l’entrée un jeudi soir, le jour où comme partout ailleurs, il y a moins de monde et donc plus de chance d’amadouer ce chère Sven (aka le physiopassympadutout). Je pense que comme tous les touristes, nous avons tenté de grappiller des conseils sur internet avant d’y aller. Déjà deux filles pour un club gay, ça partait mal. Tenue sombre ? j’avais des chaussures rouges. 21 ans ? raté aussi. Tout ça pour dire, internet ne sert à rien, il n’y a pas vraiment de constante. Je n’ai d’ailleurs pas pu rentrer cet été. Il est minuit et quelques, nous nous mettons en route. Warschauer Straße, descente du U-Bahn, nous sommes en pleins mois de février et clairement il fait bien trop froid et nous sommes bien trop sobres pour passer une bonne soirée si on se fait recaler.

Quartier perdu, peu de lumière nous avançons un peu à l’aveugle en essayant de suivre les habitués (que l’on reconnaitrait entre mille) et en se répétant le line up qui nous est inconnu*.

D’un coup, là au milieu de nulle part, se dresse devant nous le mastodonte de pierre vibrant au rythme des basses. Nous arrivons au début de l’allée grillagée (là où s’étend la queue habituellement), un homme nous propose : « coke, mdma, k, popers … ? ». Nous continuons d’avancer d’un pas sûr, le pas des habitués. Devant nous, seulement deux garçons, des touristes, ils tentent de se faire passer pour des Allemands, le physio pose une question un peu poussée, ils bégaient puis repassent à l’anglais, la sentence est irrévocable « sorry, not tonight ». Vient notre tour :

«  nur zwei ? » (seulement deux ?)

« ja ! »

« warte bitte » (attendez svp) 

Là les cinq minutes les plus longues de ma vie, j’avais l’impression que tout mouvement pouvait nous être fatal (on est un peu stupide dans ce genre de situation), on était toutes les deux plantées là, on n’osait même pas se regarder.

« ok, das ist gut » il nous fait signe d’entrer.

Meilleur moment, (je souris actuellement derrière mon ordinateur rien que d’y repenser).

Puis vient la fouille lors de laquelle des gommettes sont collées sur les caméras de notre téléphone, on nous réexplique bien les règles relatives aux photos. Puis paiement de l’entrée, tampon (valable 3 jours) et passage au vestiaire. Clairement vous n’avez pas connu de vestiaire avant d’avoir vu celui du Berghain, de part sa taille déjà et puis gestion à l’Allemande oblige, ça pulse !

1767_107891725540_7193_nPetit rappel : Le club que l’on appelle toujours en raccourci « Berghain » est en fait divisé en deux partie (+une secrète : la black room). Le Berghain, très techno industrielle (pensez Ben Klock) et le Panorama Bar qui accueille tous les autres genres musicaux et les lives (ma partie préférée). Et enfin, la mystérieuse black room, que seul les gens qui y sont déjà allés peuvent trouver…

Nous rentrons donc par le Berghain dont le rez-de-chaussée était fermé (petite soirée oblige). Dans l’entrée, trône une immense statut d’homme nu, le ton est donné. Nous montons à l’étage, le club est encore assez vide mais les funktion one n’en crachent pas moins. Nous décidons de prendre un premier verre. Le bar principal se trouve derrière une grande baie vitrée, il est isolé et a une ambiance bien particulière. Sur tout son long sont allumés de grands chandeliers et autour il y a des canapés sur lesquels les gens discutent et fument des joints. Bien servies nous retournons danser, une heure ou peut être plus, le temps n’existe clairement plus. Nous finissons par reprendre un verre et partons à la recherche du panorama bar. Il y a des pièces partout, toilettes, bars, pièces vides, encore des toilettes … il n’y a pas de logique ! L’architecture donne l’impression de vouloir effacer la notion d’espace. On essaie de nous perdre, surement pour mieux lâcher prise sur le réel, se concentrer sur l’instantané. En comparant l’intérieur et l’extérieur, on comprend aussi assez vite qu’il y a une grande partie du club à laquelle nous n’avons pas accès.

Finalement en prenant un petit escalier nous arrivons au pano, exactement comme je l’avais imaginé. On entre au niveau du Dj booth. Il est très discret et ne sert qu’à poser le matériel, le Dj est un danseur parmi les autres. Il y a une grande baie vitrée à droite offrant une vue incroyable sur Berlin, au fond le fameux bar à 360° et derrière accroché au mur des peintures géantes dont j’apprendrai plus tard que l’artiste n’était autre qu’un des Djs de ce soir là. Des canapés entourent toute la pièce. Musicalement j’accroche beaucoup plus, je suis tout de suite à l’aise, nous ne bougerons plus de la soirée.

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L’absence de téléphone et les machines à fumée créent une atmosphère très intimiste comme si tout le monde se laissait la chance d’être lui même. Au delà du système son, la musique est incroyable. Le fait qu’on ne puisse pas filmer rend le moment encore plus unique puisqu’il sera impossible de retrouver les musiques sur lesquelles on a tant aimé danser !  Il n’est plus question de genre musical, le Dj a champ libre, finalement ce soir là beaucoup de sons électroniques mais aussi de musiques des années 80 que je ne pensais jamais réécouter en club et le rendu était génial ! Essayez de vous imaginer au milieu du pano, danser comme si rien d’autre n’existait, sur ces musiques qui sont vraiment passées cette fameuse nuit :

Bonus : ce soir là il y avait un live qui représente assez bien l’esprit du club. (J’ai pu retrouver une vidéo qui a été tournée ailleurs)

On croise toute sorte de personne, ici des cuirs moustaches, là bas un homme en tenue de foot, parfois une paire de fesse mais surtout beaucoup de gens normaux. La moyenne d’âge est d’environ 27 ans. J’aimerais lever ici le mystique qui entoure ce club. Certes les gens rentrent à plusieurs dans les toilettes, certes beaucoup de drogues tournent, certes on croise certains phénomènes et la culture gay est importante mais NON il n’y a rien de plus malsain ou d’hyper sexuel que ce qu’il se passe ailleurs sauf si, bien sûr, vous partez à sa recherche …. On ne vous impose rien, le club est une zone de non droit (pas de videurs, drogues tolérées ect…) mais on comprend très vite qu’il y a des règles de vie en communauté bien établies. Sur les photos par exemple, ce sont les habitués qui vous mettront dehors.

Enfin bref, c’était une très belle expérience que j’espère renouveler et si vous êtes assez ouverts (et chanceux) pour la vivre et bien foncez !

Mathilde

* Si vous souhaitez clubber à Berlin, sachez qu’il est fréquent que les physio utilisent le line up pour tester vos connaissances musicales et savoir si ils vous laissent entrer ou non !

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