Une brève histoire socio-culturelle de la techno

Techno Berlin

 

Le Mur du son

Berlin, novembre 1989. Le Mur vit ses derniers jours. Sa chute marquera la naissance d’un mouvement (contre)-culturel rassemblant la jeunesse allemande.

Bien avant de devenir une marchandise, la techno, tout droit venue de Détroit, retentissait sur certaines radios underground berlinoises.

La nuit du 9 au 10 novembre 1989, le Mur de Berlin est tombé, de nombreux berlinois de l’Est quittent leurs logements pour passer à l’Ouest. Les jeunesses de l’Ouest et de l’Est ne se connaissaient pas, si ce n’est que certains d’entre eux écoutaient les mêmes radios qui passaient de la techno. Pourtant, ils se sont tous mis à converger dans les clubs underground de la capitale allemande. La jeunesse de l’Est drainait avec elle une énergie inépuisable. Tout se passait comme si cette force, trop longtemps contenue par le système répressif de la RDA, se libérait brutalement au rythme de la musique.

L’UFO était le club emblématique de la réunification : créé dans un sous-sol de Kreuzberg en 1988, il était le foyer de l’Acid house à Berlin, avec des résidents tels que Tanith (pilier des rave allemande, Tekknozid) et Dr Motte (alias Matthias Roeingh, créateur de la Love Parade).

Quelques mois après la chute du Mur, les premiers clubs techno commençaient à ouvrir à l’Est de la capitale, où se trouvaient près de 25 000 logements désaffectés Les squats se sont multipliés, parsemant des rues désertes ou de grands no man’s land urbains. À cela s’ajoutaient un vide juridique, et le rôle diminué de la police est-allemande. La voie était libre. Seule la techno comptait.

 

 

Tekknozid

Flyer, rave Tekknozid, 1991

 

De la scène underground…

La scène techno a pu alors s’épanouir en investissant des terrains vagues, des sous-sols, des centres culturels délaissés de l’ex-RDA, des entrepôts abandonnés le long de la Spree. La culture techno berlinoise était en plein essor. Elle se caractérisait par un décloisonnement total entre les organisateurs et le public : n’importe qui pouvait mettre en place une rave party, organisateurs et participants provenaient tous de la même scène culturelle. Les DJ étaient au contact du public, accessibles.

Les clubs rassemblaient des personnes de différents milieux sociaux, de différentes origines, autour de ce dénominateur commun qu’était la techno. Les jeunes de l’Est et de l’Ouest faisaient désormais partie intégrante d’un même mouvement, un mouvement d’évasion. Le seul mur qui se dressait désormais dans Berlin, était le mur du son. La techno était bel et bien un mouvement contestataire, égalitaire et avide de liberté.

 

Rave 1990

Rave party, Berlin, (années 1990)

 

… à la culture de masse.

Si la première Love Parade (1989) était une manifestation musicale protestant contre le mur de Berlin rassemblant 150 personnes, celle de 1999 fut totalement différente. 1,5 million de personnes y célébraient l’amour et l’euphorie. La techno incarnait des idéaux universels et intemporels : la liberté, le partage, la fougue de la jeunesse. C’est pour cela qu’elle ne pouvait plus se cantonner au milieu underground : la scène techno polarisait la vie sociale de toute la jeunesse berlinoise des années 1990. Inévitablement la techno devînt au milieu des années 1990 une culture de masse.

 

Love parade 1998

Love parade, Berlin (1998)

 

 

Un mouvement qui a su garder son authenticité…

Aujourd’hui, Berlin est toujours la capitale de la techno. Aux premières institutions nocturnes, telles que le Tresor (1991) se sont ajoutées d’autres clubs emblématiques que l’on ne présente plus : de la techno métallique du Berghain, au cadre perché du Sisyphos, la techno est omniprésente dans le paysage urbain de la capitale allemande : Golden Gate, Club der Visionäre, Watergate, Kater Blau, Kit Kat… Tous ces clubs sont les héritiers d’une époque révolue, celle de la chute du Mur et de l’euphorie collective qui a animé la ville au début des années 1990.

La techno est un mouvement qui s’est étendu, institutionnalisé : aujourd’hui il faut admettre qu’un large business s’est développé autour et que les grands festivals (Time Warp, Dekmantel, Weather, Dour…) n’ont plus grand chose à voir avec la scène rave des premières soirées Tekknozid dans les squats.

Toutefois sa marchandisation ne lui a pas retiré son authenticité. Si le tourisme festif à Berlin peut parfois exaspérer les berlinois, le cœur du mouvement réside toujours dans ce partage d’émotions intenses que provoque le rythme infini… qui fait si bien échos aux battements de notre cœur.

 

Tresor Berlin

Tresor, Berlin (années 90)

 

 

… qui se réinvente sans cesse.

Kiev, ville assez mouvementée depuis la révolution ukrainienne de février 2014, tendrait, comme Berlin par le passé, à devenir un lieu d’expérimentation musicale et festive. La scène techno y serait devenue le refuge d’une jeunesse désorientée par l’Histoire, en quête de liberté.

 

CXEMA

Rave organisée par le collectif CXEMA, Kiev (2016)

 

 

Tristan

 

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