Tous les ans, la même mélodie. L’automne point, le soleil baisse sa garde et nous voilà rappelés au châtiment des saisons : il n’existe pas d’été sans fin.

Cette rengaine poussiéreuse, qu’on snoberait si elle n’était pas si cruelle, la samba la sublime depuis son plus jeune âge. Et rend ceux qui l’aiment heureux.

Quand on s’imagine en rêve le Brésil, on y voit des couleurs vives, des peaux bronzées, des chants d’allégresse, des danses endiablées. C’est oublier que l’histoire et la vie des brésiliens est aussi emplie de souffrances et de tristesse, éloignée de ses promesses, comme l’aube d’un été qu’on voudrait oublier sans y parvenir.

En France, l’amour de la samba a longtemps trouvé refuge dans son cinéma. Claude Lelouch et Pierre Barouh ont offert le leur dans « un homme et une femme », où les notes brésiliennes viennent donner coeur à une histoire d’amour maltraitée par le deuil et l’ombre d’un premier soleil. Croisons la chanson et le film : entendre une samba sans tristesse, ce serait voir Jean-Louis (un homme) aimer Anne (une femme) parce qu’elle ne serait que belle.

« La tristesse n’a pas de fin, le bonheur si ». Dans le tourbillon carnavalesque de Rio, Orphée et Eurydice revivent leur mythe sur ce refrain. C’est Orfeu Negro de Marcel Camus. En batucada ou a capela, pour chanter leur joie ou tromper leur peine, les personnages suivent la même partition. Si les amants se perdent, leur bonheur et leur souffrance sont eux inséparables.

En samba, je crois que chacun peut se sentir un peu brésilien. Dans l’histoire que cette musique raconte, on vit sa tristesse et on pleure sa joie. Perdus dans les épreuves de la vie, hommes et femmes emportent avec eux leur allégresse. Puis lorsque celle-ci réussit finalement à prendre le pas sur toutes les absences, lorsque l’illusion devient réalité, ils chancellent de bonheur en se remémorant le chemin parcouru. Ce parcours d’équilibriste, Jean Paul Belmondo y fonce tête baissée, sans l’imaginer ni l’attendre. Il deviendra l’homme de Rio, un Tintin perdu dans les rues de Cinelandia, sautant les buildings de Brasilia, avec une joie suffisamment légère pour ne pas se laisser tomber par son coeur lourd. Il lui fallait pour cela une potion magique qu’il ne connaissait pas, faite de tristesse et d’entrain, une grande gorgée de samba.

Virgile

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