Il est des chansons pop intemporelles. De ces mélodies que l’on entend un peu partout, que l’on fredonne sans avoir pris la peine d’y penser, des chansons reprises à l’infini et modifiées par tous à qui mieux mieux.

Seulement voilà, à force de les entendre, de les reprendre, de les distendre, on en vient à perdre leur origine même !
C’est pourquoi j’ai décidé de retracer de façon synthétique l’histoire de celle d’entre elles qui est probablement la plus intéressante : The House of the Rising Sun.
Tout le monde connaît cette fameuse chanson, celle mélodie mélancolique pleine de regrets et d’amertumes, cette ligne de blues déchirante, même reprise par le Johnny national… mais au final personne n’est bien sûr de qui l’a écrite !

L’idée la plus répandue est que les compositeurs seraient les Animals, groupe pop des années 60s, ce qui est assez logique car c’est leur version de ’64 qui connaîtra le plus gros succès commercial au niveau mondial. D’autres, déjà un peu plus intéressés par la spéléologie musicale, savent que Bob Dylan en avait édité une version plusieurs années avant celle des Animals.

Mais voilà, dans les deux cas nous sommes dans l’erreur et nous pouvons nous amuser à comparer cette situation à notre propre expérience de frustration lorsque l’on voit son petit cousin de 6 ans chanter « We are the champions » en disant que c’est Crazy Frog qui l’a faite en premier…
Trêve de plaisanteries, retroussons nos manches et allons fouiner un peu dans les profondeurs de l’histoire de la Musique.

Premier constat : le plus vieil enregistrement de la chanson semble être celui de Clarence Ashley, un joueur de banjo originaire du Tennessee, en 1934. Mais rapidement, beaucoup d’autres guitaristes, bluesmen, joueurs de folk américains y allèrent de leur adaptation personnelle, greffant leurs paroles, apportant leur interprétation. Nous pouvons remarquer la belle version du génialissime Woody Guthrie en ‘41 et la version blues de Josh White en ‘47. Mais intéressons-nous à la période et aux artistes qui feront de The House of the Rising Sun sa renommée mondiale, renommée qui demeure intacte de nos jours.
Nous voilà donc en 1961. Il existe déjà de multiples versions différentes de cette chanson : elle a en effet traversée les Etats-Unis, les océans, les cultures (la regrettée Miriam Makeba enregistra sa version bouleversante en 1960). Mais il existe également différentes paroles ! Pour certains, cette « House » est un rad pour ex taulards, alcooliques invétérés et autres parieurs en tout genre (ex : version The Animals). Pour d’autres, c’est plutôt un bordel (ex : version Bob Dylan). Pour d’autres encore, c’est tout bonnement une prison (merci tonton Johnny en ‘64)…

Clarence Ashley et son banjo

On en arrive doucement aux anecdotes intéressantes : en 1961, Dylan n’a pas encore enregistré de véritable album, il joue dans les bars de New-York, traîne à droite à gauche avec des guitaristes plus expérimentés, les accompagne, forge progressivement son style. Parmi ces musiciens, il y a Dave Van Ronk, un guitariste important de la scène folk américaine des années 60s. Dave apprend la chanson à Bob Dylan qui décide de l’enregistrer sur son premier album éponyme. Ce n’est qu’après l’avoir fait qu’il demande la permission à Dave qui lui avoue qu’il souhaitait lui aussi l’enregistrer…Tant pis Dave ! Le bougre sera victime jusqu’à la fin car, suite à la sortie de l’album de Dylan, on lui fera remarquer à chaque fois qu’il joue The House of the Rising Sun qu’il ne fait que reprendre du Dylan. Un joli coup de ce jeune fourbe de Bobby ! A propos de cette anecdote j’invite tous les amoureux de Dylan, de sa musique comme du personnage à regarder l’impressionnant documentaire de 5 heures réalisé par Martin Scorcese : No Direction Home, retraçant les jeunes années du génie.

Mais ne sous estimons pas l’ironie qui réside dans l’Histoire! Car comme le dit Dylan lui-même dans The Times They Are A-Changing : « and the first one now will later be last » : Bob se fera doubler en beauté quelques années plus tard par des Anglais. En effet, The Animals, alors en pleine ascension dans les charts enregistrent leur version en 1964 alors qu’ils tournent avec Chuck Berry. La chanson part comme une fusée en haut de tous les classements ! 1 million d’exemplaires écoulés en 3 semaines rien qu’aux Etats Unis ! Bob Dylan se verra alors lui aussi dire qu’il reprend les Animals lors de ses concerts. C’est le coup de l’arroseur arrosé.
Depuis lors, la chanson est connue de tous, reprise par tous, dans tous les styles, dans toutes les langues, et parle à tous. On la trouve vêtue d’accords chauds dans la reprise jazzy de Nina Simone, on la retrouve totalement nue portée par la voix de Joan Baez, elle sera même reprise par Muse en 2010, preuve ultime que cette chanson, pourtant si vieille comme on l’a vu, garde un côté moderne et restera à jamais intemporelle…

J’ai fait pour vous une petite sélection (absolument pas exhaustive donc) des différentes versions auxquelles on peut s’intéresser :
Woody Guthrie, ’41, folk, pour moi la version la plus authentique
Josh White, ’47, blues
– Miriam Makeba, ’60, la plus déchirante
Odetta, ’62, jazz, envoutante
Frijid Pink, ’71, rock, la plus saturée
– Muse, 2010, rock

Quentin

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