Il est probable que si on veuille s’initier au jazz, on ne devrait pas commencer par écouter n’importe quoi, faute de quoi on risque assez rapidement de s’en dégoûter tout à fait. Je suis moi-même un complet novice en la matière. Je connais peau de zob aux structures, et c’est sans doute mieux.

Sketches Of Spain, Miles Davis

Le jazz, je viens récemment de m’y mettre et je ne sais pas comment faire pour en parler correctement ; Je suis tout nu pour ainsi dire (comme généralement en fin de soirée). Mais là je suis tombé sur un truc qui me parle, et qui devrait parler à n’importe quel personne muni d’oreilles (j’inclue même les fans de Jason Mraz et de James Blunt ; c’est dire si j’ai foi en l’être humain) et qui me permet d’inaugurer ainsi de belle manière notre première incursion dans le sujet : Sketches of Spain de Miles Davis. Déjà le titre : « Esquisses d’Espagne ». C’est plus poétique que « j’irai chier dans ton vomi » pour sûr.

Outre qu’il est considéré comme un des albums les plus accessibles du maitre, qu’en dire si ce n’est que c’est vraiment très très beau ? Le disque s’amorce directement avec le plat de résistance, une relecture hyper-dramatique du Concerto d’Aranjuez, toute de violence retenue et douloureuse jusqu’au malaise. Je suis en train de l’écouter à l’instant, putain merdre c’est quelque chose. S’ensuit l’indolent Will of the Wisp ; Si lent, si lourd, si triste comme dirait l’autre. Pour The Pan Piper, la vérité mon frère on dirait quelque fantasmagorique procession macabre, la vérité ! Le reste n’est pas tout à fait à l’avenant mais demeure excellent.

On pense à Ravel (surtout sur Will of thé Wisp et son motif tourbillonnant), inévitablement : faut dire que les thèmes classiques hispanisants un peu connus sont pas vraiment légions , le Boléro, et l’Asturias d’Albeniz, (pour les fans des Doors, c’est de là que Krieger a tiré l’intro de Spanish Caravan) et je crois bien que c’est tout. Donc oui vous penserez à Ravel, Morricone…ces climats là. Climats dont le pouvoir évocateur doit énormément aux arrangements de Gil Evans.

Mais on entend aussi et surtout ce qui fait l’originalité de Miles Davis, cette noirceur suffisamment malléable pour qu’à son contact se multiplient les possibilités d’écoute. Cette ambiguité insinuante de sa musique, certains y voient l’expression d’un « chagrin distillé » (Nick Kent), moi j’entends surtout sourdre une menace diffuse, ou un lourd regret , ou un mal métaphysique, en tout cas, quelque chose chose d’impossiblement accablant. Il ya toujours un moment où la musique dérive vers quelque chose d’autre, il y a toujours un truc qui fait dérailler le bordel (ainsi à 4: 45 pendant le concerto, la trompette, feutrée jusque là, vient trouer le calme relatif qui précédait et se met à agoniser).On l’aura compris, on n’écoute pas « Sketches of Pain » en s’enfilant son Ricoré matinal.

Maintenant si vous voulez bien m’excuser, je vais me reclure pendant 72 heures pour me passer cet album en boucle.

Vianney G.


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