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Fin Novembre, nous avons été accueillis par Mathieu, Chargé des relations publiques au sein du Grand Mix à Tourcoing. On a parlé d’un peu de tout : son travail, le public, les artistes, ses meilleurs moment …

 

Avant toute chose, vous êtes chargé de communication, en quoi ça consiste ?

Je travaille avec le responsable de la communication mais plus spécifiquement sur les relations avec le public. Mon but est de nouer des partenariats avec des étudiants ou des associations pour créer des passerelles et attirer un nouveau public.
Le Grand Mix, les jeunes de Tourcoing pensent que c’est une salle pour des gens plus vieux, les plus vieux pensent que c’est une salle pour les jeunes et tous pensent que c’est une salle pour les Lillois ! Nos projets d’action culturelle et des actions de médiation nous permettent de faire tomber ces barrières.  Notre projet s’inscrit dans le label SMAC, « Scène de musiques actuelles » créé en 1998 par le ministère de la culture, qui veut qu’on porte ces actions sur le territoire, et qu’on soit un lieu d’accompagnement de projets artistiques. Le Grand Mix est un lieu de travail et un vecteur de lien social, par exemple pour les seniors membres de notre chorale pop-rock, qui répète chaque semaine.

Être à Tourcoing est-il un désavantage, notamment quand on connaît l’activité culturelle Lilloise ?

La question ne se pose pas trop en ces termes. Lorsqu’on a ouvert en 1997, il n’y avait pas de lieu dédié aux musiques actuelles dans cette ville parmi les plus jeunes de France. Aujourd’hui, étant donné qu’on est plutôt bien placé et proche des grands axes de la métropole, on ne rencontre donc pas trop de problème pour faire venir le public de Lille ou des villes alentours. Finalement, être à Tourcoing ou à Lille ne change pas grand chose : on touche le même public.

Vous sentez-vous donc en « concurrence » avec des salles comme l’Aéronef ou la Péniche ?

Il n’y a pas vraiment de concurrence naturelle parce qu’il y a des jauges différentes. C’est d’ailleurs une chance pour le public : de la péniche qui fait cent places jusqu’au grand stade avec plusieurs dizaines de milliers de places, il y en a pour tous les goûts. Il est vrai que l’Aéronef a une formule « club » qui se rapproche de notre jauge mais la cohabitation est sereine.

Le Grand Mix défend une identité forte, et ce que les gens trouvent ici ils ne le trouvent pas ailleurs, et vice-versa avec l’Aéronef. Le Grand Mix est plus petit, ce qui fait qu’on ne peut pas accueillir certains groupes qu’ils pourraient accueillir, mais aussi plus intimiste d’un côté, le bar au fond de la salle donne un côté chaleureux.

Le « concurrent » le plus proche en réalité c’est la salle De Kreun à Courtrai, à  un quart d’heure d’ici et avec 400 places. Leur projet est un plus pointu avec des esthétiques radicales mais c’est une super salle pour lede-kreun1s amateurs de rock. Mais il y a une super entente : on a notamment monté avec eux un festival à Halluin qui s’appelle Hardbeats Festival ; on travaille aussi avec eux pour la promo de leurs soirées et eux des nôtres.

Les Belges ont toujours été en avance musicalement du fait qu’ils ont de vraies radios musicales, il suffit d’écouter Studio Brussel pour s’en rendre compte. Ça explique aussi qu’en France certains groupes n’existent pas du tout alors qu’ils pèsent en Belgique. On a par exemple accueilli Editors en 2010 qui n’étaient pas du tout connus en France pourtant on a remplit la salle très facilement avec un public à 95% belge parce qu’ils rencontraient déjà un succès monstre de l’autre côté de la frontière.

Avez-vous réussi à fidéliser un public ?

Et bien le fait est que ça fait maintenant quinze ans que cette ligne artistique un peu Indé/Pop-rock/Folk est bien installée, on a donc un public fidèle d’ailleurs très souvent transfrontalier : beaucoup de Belges viennent, ils sont même parfois en majorité. On s’est donc adapté, on traduit tous les programmes en flamand.

Mais le but de mon métier est aussi d’essayer d’aller chercher de nouveaux publics, notamment à Tourcoing.

Comment choisissez vous les artistes à faire venir au Grand Mix ?

En fait, on travaille avec les agents des groupes qui nous préviennent quand tel ou tel groupe est dans le coin à telle période. Ils sont une petite dizaine avec qui l’on travaille régulièrement : Super, qui organise le Pitchfork Festival, Radical, le tourneur français d’Arcade Fire, de Tame Impala ou des Black Keys,  – et Alias, le tourneur derrière le festival des Inrocks. Mais ça peut aussi fonctionner dans le sens inverse. Mon collègue Julien (le programmateur du Grand Mix) peut se renseigner sur la présence d’un artiste dans la région. Un groupe américain, par exemple, ne viendra pas en France juste pour une date à Tourcoing, il cherchera d’autres dates. La chance qu’on a d’ailleurs dans la métropole lilloise est qu’on est sur le chemin de toutes les tournées européennes. Aujourd’hui on est devenu une date importante. Encore hier soir, le groupe (Deerhunter) disait qu’on était une des meilleures salles en Europe. Ce n’est pas uniquement dû à la salle ou au fait qu’on ait de la Cuvée des Trolls (rires), mais c’est surtout parce qu’on a un bon public.

On a l’impression que les artistes qui viennent ici sont voués à devenir célèbre plus tard.  

C’est en tous cas la trajectoire qu’on souhaite à tous les artistes qu’on reçoit. Le Grand Mix est une bonne étape dans la carrière d’un artiste : il ne remplit pas encore des zéniths et il y a donc un vrai confort d’écoute, un vrai échange avec le public. Tame Impala en 2010 par exemple, il y avait moins de 200 personnes mais tout le monde savait déjà qu’ils allaient cartonner.

Quel regard portez-vous sur la scène locale ? Est-ce que vous essayez de la promouvoir ?

Oui à plusieurs titres. On accueille régulièrement des groupes peu connus en résidence après qu’ils nous aient sollicité. On ne prend bien sûr pas les premiers venus mais plutôt ceux qui ont déjà un vrai projet avec de bases solides et qui souhaitent travailler la dimension spectacle de leurs prestations. On essaie aussi de programmer en première partie des groupes de la région lorsqu’on le peut. On a d’ailleurs avec la MEL (Métropole Européenne de Lille), la Cave aux Poètes et l’Aéronef un projet d’accompagnement un peu plus complet*, une sorte de « package » avec de l’enregistrement, de la résidence, des formations et des rencontres avec des professionnels du milieu qui vont permettre à trois groupes de la métropole lilloise de bosser sur tous les aspects de leur musique. Pour cette première édition ce sera Chamberlain, Antoine Pesle et Le Duc Factory. On accueille aussi régulièrement les présélections du tremplin du Printemps de Bourges ou encore les Inrocks Lab.

*Il s’agit de la Pépinière d’Artistes de la métropole lilloise (« PAM »)

Est ce qu’il y a des artistes avec qui vous créez des liens particuliers ? Qui ont envie de revenir ?

Oui avec certain ça arrive. Il y a un groupe suédois notamment, I’m from Barcelona, ils sont venus trois fois désormais et on avait tellement fait des grosses teufs après leurs concerts qu’ils nous envoient des cartes postales tous les ans pour nous demander de revenir !

A chaque fois qu’ils viennent c’est la grosse bamboula, en même temps ils sont plutôt nombreux (29 membres !).


Est-ce que vous éprouvez parfois des difficultés à remplir la salle ?

Bien sûr, mais notre mission consiste aussi à programmer des artistes dont on sait à l’avance qu’ils ne feront pas venir 600 personnes. On peut avoir de bonnes surprises, mais le plus souvent, on a des signaux qui nous donnent une idée de la notoriété d’un groupe. Le remplissage n’est pas notre objectif. Notre objectif, c’est de défendre une programmation fidèle à une ligne artistique forte, et faire de ce lieu un lieu de promotion des expressions les plus diverses.

Est ce vous avez des partenariat avec des producteurs de la région ?

Oui, comme avec A gauche de la Lune qui soit louent la salle comme avec Eagles of Death Metal le samedi 14 Novembre (concert finalement annulé après les évènements de la veille) soit co-produisent avec nous comme pour Odezenne la semaine prochaine.

En parlant de musique électronique, est ce que vous accueilliez souvent des artistes de ce genre ?

Oui on en accueille régulièrement comme Ghost Culture ce vendredi (vendredi 13 Novembre 2015) ou Rone en Janvier de l’année dernière. On a même déjà fait des nuits électroniques mais la salle se prête moins au clubbing : il n’y a pas de fumoir, pas d’espace pour faire vestiaire et on ne peut pas servir d’alcool fort parce qu’on n’a pas la licence. Le Grand Mix n’est donc pas l’idéal pour ce type de soirées. Bien sûr des concerts comme celui de Rone marchent bien mais ça joue seulement de 21h30 à 23h30 et puis basta c’est fini, ce qui peut s’avérer frustrant pour ce type de public. On a essayé pleins d’autres choses mais Le Grand Mix reste une salle plutôt configurée pour des concerts.


Quels sont vos gros projets du moment ?

Alors il y en a un gros qui traîne depuis des années : c’est l’extension du grand mix. Il y a une grande maison de maître, rachetée il y a quelques années par la municipalité et totalement inoccupée, adjacente au bâtiment qu’on aurait bien aimé intégrer à notre salle.  On souhaitait y installer à terme nos bureaux, qui sont actuellement dans une autre rue,  avoir un lieu ouvert toute la journée pour venir boire un café ou manger un bout et créer une sorte de « Petit Mix » pour pouvoir atteindre deux jauges différentes: une grand salle et une plus petite. Ca nous permettrait d’avoir une programmation plus diversifiée et plus de modularité entre les deux salles. Le projet est toujours dans les cartons, le dernier changement de municipalité a forcément repoussé sa mise en œuvre.


Quel est votre meilleur souvenir, votre meilleure soirée ?

Je dirais la première fois ou je faisais partie de l’équipe en tant que stagiaire, c’était un concert de Thomas Dybdahl, un chanteur Norvégien que je vais depuis voir dès que j’en ai l’occasion parce que je l’adore.
Un autre bon souvenir était un lundi en février 2012, un mois après mon arrivée en tant que permanent, il neigeait et le groupe Future Islands était totalement inconnu on avait donc vraiment peur que personne ne vienne. Il y avait finalement à peine 150 personnes, le chanteur est monté sur scène et a commencé à chanter, il était possédé – totalement habité par sa musique. Tout le monde se regardait incrédule et on a commencé à comprendre qu’on assistait à quelque chose de dingue, l’ambiance était géniale ! C’est une de mes plus belles découvertes.

Propos recueillis par Jean-Eudes


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