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Récemment, le clip d’un certain Slim Jesus faisait un buzz assez incroyable sur Youtube et la twittosphère, comptabilisant aujourd’hui 13,5 millions de vues. Ceux qui l’ont regardé savent exactement ce qu’il se passe dans ce fameux «Drill Time», les autres peuvent jeter un œil au clip juste en dessous, qui est essentiel pour comprendre ce fameux phénomène.

Parce qu’au delà de la blague, du clip fait en une après-midi et des Glock en plastoc, au delà même des répercussions pour le jeune artiste de l’Ohio (P Diddy lui promet un million de dollars s’il rejoint son label Bad Boy tandis que The Game pense qu’il va se faire abattre), il est assez évocateur d’un phénomène aujourd’hui omniprésent dans le rap contemporain : le rap de blanc.

Qu’est-ce que le rap de blanc ? Tout d’abord, il ne s’agit pas de tout le rap fait par des blancs et les groupies d’Eminem peuvent se calmer tout de suite, tout au plus le citera-t-on rapidement dans la suite de l’article. Non le rap de blanc en tant que genre renvoie beaucoup plus à un rap fait par des blancs, pour des blancs, et en oubliant la base de la culture hip-hop ou en dévoyant complètement cette culture. Et pour chaque Beastie Boys, pour chaque Brother Ali ou Logic (ok ce dernier n’est qu’à moitié blanc), il y a malheureusement un MC qui se lance dans le rap de blanc.

Des noms ? Riff Raff, G-Eazy, ou encore Mac Miller au début de sa carrière. rap blanc 2Tous ont en commun le fait non seulement d’être blanc, mais surtout de s’être adressé au même public : des blancs d’université n’ayant aucune culture rap, en utilisant des codes très pop voire associés à l’électro grand public, en rappant peu et en se reposant beaucoup sur les hooks plutôt que sur la technique, la meilleure line de G-Eazy étant quelque chose comme «Listen I’m telling you it’s my world, I do what I wish to / If you’re mad well too bad, sounds like personnal issue» sur «I Mean It». Avec le style extrêmement «corny» (« If I ever said I fucked your bitch, just know, I mean it ») développé par ces artistes, et surtout des sonorités très «white college-friendly», le succès a bien sûr été au rendez-vous, avec par exemple ce grand morceau de Asher Roth intitulé «I Love College». Tu la sens la grosse culture rap?

Wireless Festival 2014 - Day 3 - Performances - Iggy Azalea Featuring: Iggy Azalea Where: Birmingham, United Kingdom When: 06 Jul 2014 Credit: WENN.com

Wireless Festival 2014 – Day 3 – Performances – Iggy Azalea

Parce que le vrai problème n’est pas de s’adresser à des individus qui n’écoutent pas de rap, mais de leur faire croire que le genre se résume à ce type de morceaux, en oubliant toute l’histoire et la culture derrière la musique. Et si le phénomène n’est pas nouveau (Everlast et House of Pain ne faisaient-ils pas du proto-rap de blanc ?), il a aujourd’hui pris une ampleur jamais atteinte avec notamment Macklemore ou encore Iggy Azaela, qui a porté au rang d’art le concept d’appropriation culturelle, J Cole ayant notamment à l’époque critiqué la mannequin/rappeuse sur «Fire Squad» : « white people have snatched the sound… watch Iggy win a Grammy as I try to crack a smile ». Et même si Macklemore a toujours abordé ces problématiques raciales dans sa musique, notamment sur «White Privilege», il a été complètement débordé par sa fanbase, qui n’a retenu que le clip de «Thrift Shop» et était incapable de comprendre pourquoi le rapeur tenait à s’excuser auprès de Kendrick Lamar après avoir gagné un Grammy à sa place et l’avoir «volé».

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Le problème n’est donc pas tant la couleur de la peau que le refus de reconnaître les origines afro-américaines du rap. «You have to give credit to where it’s due.[…] There are people that created things, and who made things, but if we’re talking about someone’s ability to participate in something, then the color of a person should not be in the conversation, period.» disait Vince Staples dans une discussion avec Mac Miller sur les rappeurs blanc et le rap de blanc, le MC de Long Island et le rappeur de Pittsburgh s’accordant également sur le fait qu’être blanc permet de vendre bien plus facilement, la musique des rappeurs blancs apparaissant plus accessible. C’est là qu’il faut reconnaître le tour de force d’Eminem, celui-ci ayant réussi à vendre des millions de disques malgré son côté extrêmement provocateur, et sans (trop) jouer sur sa couleur de peau, ses fans ayant par contre tendance à toujours ramener cela sur la table (mais si tu sais, le fameux « le rap c’est comme une montagne, c’est tout noir et en haut c’est blanc »). Au delà même des artistes, c’est donc une façon de comprendre le rap qui est véritablement à revoir, comme si les fans de rap de blanc étaient incapables de penser le rap sans que leur couleur de peau entre en jeu.

Pour que ce genre de comportement cesse et que le rap de blanc meure, une seule solution : la prochaine fois que tu croises quelqu’un dont les rappeurs préférés sont Tupac et Yelawolf, passe lui ce petit Freddie Gibbs plutôt que «Drill Time», merci.

Côme

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