Cet article alimentera l’infinie question Le Rap était-il mieux avant ?

 L’annonce de la tournée du Doc pour La Première Consultation Tour, L’Olympia en 2014 du Ministère A.M.E.R. (accompagnée de sa nébuleuse de Mcs), la tournée pour le vingtième anniversaire de The Infamous et j’en passe: le rap s’anime des retours des vieux dinosaures bien décidé à récupérer leur part du gâteau. Il est grand temps que ça cesse !

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                  Rap tu souffres d’un réel problème, voilà des années que tu es, tu as grandi, évolué mais tu n’as pas su te construire. Mûrir et te définir. Alors comme toutes les personnes en proie aux doutes tu reviens toujours à ton apogée, lorsque tu étais la bannière de la contre-culture, cette époque idéale et idéalisée par tes fidèles. Si tu en reviens toujours à cette époque c’est que tu doutes de ton être, de ce que tu es, tu as peur d’avoir raté le coche et tu essaies de revivre cette époque glorieuse. Mais Rap tu ne peux pas vivre dans ce passé, au risque de fabuler ton présent et d’annihiler tout futur. Rap tu as marqué les esprits mais Rap tu as perdu tes esprits et tu n’atteindras plus le niveau des années 90. Le monde a changé, la voix des banlieues aussi. Nous devons nous émanciper de cet âge d’or au risque d’échanger nos 36 carats en plaqué Or.

Nous sommes coupables, nous, qui prétendons t’aimer, nous t’adulons mais surtout dans l’idéal que tu représentes à nos yeux, contre-culture parfaite du flow acéré à la révolte sociale… De l’attente naît la déception. Nous attendons de ces Mcs qu’ils te ramènent à ton âge d’or mais il nous faut comprendre que cet âge d’or ne venait pas tant de la musique mais de l’époque elle-même: où une certaine conscientisation entraînait une volonté de changement et un espoir en l’avenir ; aujourd’hui nous avons 140 caractères. Nous te regrettons et refusons de t’abandonner, mais par notre attitude nous t’enfermons, te comparons et te limitons à une époque. Attitude de parents castrateurs. Or comme tout art est comme l’enfant de ton époque, Rap tu dois te libérer de ces chaînes du passé pour pouvoir créer un avenir.

                  A tous ceux qui ont raté leur chance de voir le Secteur Ä à l’Olympia, le Suprême au Zénith, Lunatic à l’Elysée-Montmartre et j’en passe (encore une fois). Quoi de plus normal que de vouloir admirer en Live ceux qui nous font vibrer depuis que nous avons adhérer à la Hip-Hop nation. L’intention est bonne mais le danger guette. Les agneaux du Hip-Hop des années 90 sont devenus loups. Ils ont compris, à défaut d’avoir raté le tournant rap-business à l’époque ils ne rateront pas leur retour. Le retour des vieux briscards du Hip-Hop est motivé par l’appât des gains. La rap est devenu une musique commerciale comme les autres, on applique donc les mêmes outils pour faire du cash.

Que penser de ces artistes aujourd’hui ? Maintenant que l’Underground est devenu Pop, que le crime a été abandonné à mesure que le rap finissait par payer : comment crier sa haine du système quand le système t’a enrichi ? Pour la plupart la rage ne les anime plus. Leur réalité diffère de celle de l’époque et l’hymne des banlieues ne résonne plus si fort dans leur cage thoracique. « Nique la Police » sonne creux de la part d’un Joey devenu plus matou que jaguar.

                  Sont-ils les seuls coupables ? Le public lui-même s’est embourgeoisé, à chaque retour la salle est envahi de petits blancs aisés venus s’affronter aux hymnes des cités. Comprenons les. Comment trouver la motivation de l’époque quant à cette époque ils se produisaient dans des MJCs dans lesquels aucun des petits blancs n’auraient mis les pieds. Comment en tant qu’artiste se retrouver dans ce public ?

                  Je regretterai toujours Ticaret, Stalingrad, Le Globo, L’Elysée-Montmartre… sans jamais y avoir mis les pieds. Et pour ceux qui comme moi affirme que le Rap était mieux avant deux conseils. « N’écoutez pas et puis c’est tout » le rap actuel et n’attendez rien des retours des enfants prodigues du rap : vous ne serez pas déçus.

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                  Il est grand temps que Rap tu t’émancipes tu t’émancipes pour le meilleur et (surtout) pour le pire seul moyen de redevenir créateur. Réinvente-toi une esthétique, un son, un mythe, un univers pour continuer à exister sinon tu ne seras que l’ombre pâle de toi-même. Dans cette aventure n’oublie pas ton Histoire – avec un H majuscule – celle des pionniers, de la lutte, des graffitis, des squares, des freestyles à Nova, des classiques… Les cultures qui oublient leur histoire créent des déchets.

                  Le Rap symbolise le problème des cultures dites undergrounds qui se développent. Cette contre-culture s’est développée au point de devenir la culture dominante, elle a donc adopté de gré et de fait les codes du système dominant qu’il prétendait rejeter. La popularisation du Rap a ainsi dénaturé le Rap. Une culture doit donc rester Underground pour rester « vrai » ? Au risque de laisser une partie de la population en dehors des idéaux que le mouvement hip-hop voudrait universels. Or, si le Rap en se popularisant se dénature est-il toujours juste de parler de Rap pour se référer à cette nouvelle réalité ? Le Hip-Hop souffre peut-être d’un problème de vocabulaire restreint : un mot pour deux définitions différentes.

                  Enfin, comme le dit le grand S.E.A.R.* le rap est une musique de jeune, ne l’oublions jamais!

*S.E.A.R. acronyme pour Signataire Eternel d’Articles Radicaux

Mathias

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