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Avant-propos. Vous êtes maintenant dans le court hall du Musée Futuriste Imaginaire. Observez, écoutez, ressentez.

Partons d’un constat simple, je pense qu’une partie de l’œuvre de Jeff Mills est un écho au Futurisme italien; sa techno industrielle des années 90 est le pendant sonore des œuvres des futuristes italiens. La techno appréhende à sa manière ce que les artistes ont peint.

Parce qu’elle est une musique de machine, parce qu’elle sonne « industrielle », parce qu’elle est née à Detroit la techno de Jeff Mills fait écho à l’idée du monde qu’ont esquissé les futuristes à travers leurs travaux et œuvres. Un monde fait de technologie, d’industrie, de suprématie de l’Homme, où le Futur vaincra. Que ce soit le courant futuriste où la musique de Jeff Mills chacun prône l’avènement d’un monde nouveau. Maintenant laissez-vous guider à travers ces deux mondes.

Le monde moderne

La ville se lève de Boccioni sonorisé par Utopia.

Le Futurisme italien a eu comme objet de réflexion l’orée du nouveau monde industriel. Ce nouveau monde apportait avec lui une certaine idée de progrès, d’amélioration de la condition humaine à travers les évolutions technologiques. Ce monde les futuristes l’idéalisent, attendent avec impatience son avènement, synonyme de libération de l’Homme. L’œuvre futuriste fait la part belle à l’ère industrielle et déjà on ressent dans cette œuvres la furie de cette nouvelle époque, son rythme effréné.

Ici, la Ville se lève, la Track se rythme.

Musique : Jeff Mills – Utopia [B3]

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La machine

Dynamisme d’une automobile de Russolo sonorisé par Ticket to Thrillville.

L’Homme va s’émanciper par la machine voilà ce qu’explique en substance le Futurisme. L’Homme a dépassé l’état de Nature pour parvenir à un état plus évolué : l’Age Industriel. Dans cet Age l’Homme n’est plus entouré par l’infini de son ignorance – c’est-à-dire la Nature et ses mystères – mais par ses œuvres – c’est-à-dire ses productions. Il s’impose donc comme maître et possesseur du monde qui l’entoure. La seule limite de l’Homme est l’Homme lui-même.

Ici, Jeff Mills, est au volant, son rythme, rapide, saccadé, vous transporte à bord de l’automobile de Russolo. La vitesse s’accélère, la voiture se confond avec le paysage, ce ne sont plus que deux masses presque indistinctes, il ne résulte que l’idée de mouvement, d’avancée, synonyme de progrès (?)

Musique : Jeff Mills – Ticket to Thrillville

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Vitesse

Dynamisme d’un cycliste de Buccioni sonorisé par Java.

« Nous affirmons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive … une automobile rugissante qui semble courir sur la mitraille est plus belle que la Victoire de Samothrace. » Tout est dit.

Les Futuristes italiens ont réussi l’exploit de mettre sur une toile, de fait statique, l’idée, la sensation de la vitesse. Il faut ici comprendre qu’ils ont dépassé l’idée du mouvement car ils ont créé sur toile la vitesse! Il suffit d’observer ce cycliste pour voir son rythme effréné. Ce monde qu’ils espèrent ils le conçoivent animé d’un rythme jusqu’alors inconnu; l’Homme a dépassé le trot, il court désormais. Il court derrière sa destinée, celui de maître de la Nature. Le titre Java avec un BPM aussi élevé est seul capable de tenir la cadence infernale de ce cycliste inconnu.

Musique : Jeff Mills – Java (1996)

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La Violence

Les Funérailles de l’Anarchiste Galli de Carra sonorisé par Phase 4.

La violence est omniprésente dans les œuvres des futuristes, elle découle de la tension créatrice, de l’énergie libératrice qui suit l’avènement du monde moderne. Jeff Mills offre également dans Phase 4 une tension sonore d’une rare intensité, le son en deviendrait presque palpable.

En parlant plus généralement de l’œuvre d’art, le Manifeste Futuriste affirme : « Il n’y a plus de beauté que dans la lutte. Aucune œuvre d’art sans caractère agressif ne peut être considérée comme un chef-d’œuvre. La poésie doit être conçue comme un assaut violent contre les forces inconnues pour les réduire à se prosterner devant l’homme. » La techno est quant à elle de par son essence une musique politique, de lutte. Voici, ici une nouvelle preuve du lien qui existe entre Jeff Mills et le courant Futuriste.

musique : Jeff Mills – Phase 4

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Le Futur

Dans cette section je ne proposerai aucune œuvre, car c’est toutes les œuvres du Futurisme qu’y se réfère à ce futur qu’il souhaiterait idéal sans qu’aucun ne le représente dans l’absolu car le Futur est un tout. Le Futurisme est la porte ouverte sur le monde de demain. Ainsi comme l’a écrit Marinetti dans le Manifeste du Futurisme :

« Nous sommes sur le promontoire extrême des siècles! …. A quoi bon regarder derrière nous, du moment qu’il nous faut défoncer les vantaux mystérieux de l’impossible? Le Temps et l’Espace sont morts hier. Nous vivons déjà dans l’absolu, puisque nous avons déjà créé l’éternelle vitesse omniprésente. »

En conclusion, abandonnons Jeff Mills. Si la musique est la parole de l’âme, laissons les futuristes être eux-mêmes leur propre parole. Car le mouvement futuriste en tant que courant artistique plein a même laissé des productions musicales, il a été le premier mouvement artistique à penser le bruit – allant jusqu’à une classification de ce dernier – dont l’approche théorique du bruit est passée à la postérité sous la plume de Luigi Russolo : L’Arte dei Rumori (1913).

Luigi Russolo pense la musique à travers les bruits quotidiens du monde nouveau qui s’élève, on voit poindre la modernité ronronnante à travers ses pas résonnants: voiture, industrie, mouvement…

https://www.youtube.com/watch?v=VHLmitA3o6g

 

Premier P.S.: de toute façon, la techno ce n’est que du bruit : la boucle est bouclée.

Second P.S.: Les propos tenus dans cet article sont à considérer dans leur contexte de l’époque suivant l’idée Futuriste

* Toutes les citations sont tirées du Manifeste du Futurisme de Marinetti, publié le 20 février 1909 dans le Figaro.

Mathias

 

 

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