Ogdens’ Nut Gone Flake

OG

 

En mai 1968, le groupe britannique The Small Faces sortent leur 3e et dernier album de leur courte carrière (1965 – 1969) : Ogdens’ Nut Gone Flake véritable chef d’œuvre de la pop anglaise des années 60. Si l’album est relativement peu connu aujourd’hui c’est qu’il s’est peu exporté en dehors de Grande-Bretagne où il a néanmoins atteint le top des UK albums charts pendant 6 semaines. Presque 50 ans après sa sortie il reste toujours aussi frais et surprenant à écouter.

Ogden est un album avant-gardiste dans la lignée de Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967) où les albums cessent d’être un simple recueil de chansons et deviennent des œuvres conçues comme un tout. Le concept a émergé dans l’esprit éclairé des quatre membres du groupe alors qu’ils tripaient sous LSD dans des bateaux sur la Tamise… Peu de choses sont laissées au hasard, jusqu’au visuel de la pochette, celle-ci s’inspirant d’une marque de pot de tabac produite à Liverpool référence probable  à l’utilisation courante de ces pots de tabac pour cacher des substances peu licites.

Dès la première écoute on ne peut s’empêcher de remarquer que la face B du vinyle nous conte une histoire, celle de Happiness Stan et de son inlassable quête pour trouver la Lune. Celle-ci nous est racontée par interlude entre les six titres par l’excentrique Stanley Unwin bien connu outre-manche pour avoir écrit le Gobbledygook (équivalent de charabia en anglais).  Les deux chanteurs avouèrent à propos du conte : « Ça nous faisait rire, tout ce qui nous faisait rire on aimait. On lui a donné [S.Unwin] un glossaire de termes à inclure ».

Mais Ogdens’ n’aurait pu atteindre une telle postérité si ce n’était que pour Happiness Stan. Le plus remarquable est la composition musicale dans son ensemble, à l’écoute, on se retrouve pris dans un mélange de proto hard-rock aux accents psychédéliques, cet alliage pour le moins étrange donne parfois l’impression d’écouter des chansons prises de schizophrénie ! Leur producteur Glyn Johns explique qu’à l’époque : « Tous les groupes essayaient soit de se maintenir au niveau ou essayaient de se démarquer des autres en produisant des nouvelles sonorités. C’était véritablement une période expérimentale où on essayait de se détacher des instruments et méthodes d’enregistrements classiques ».

In fine il aura fallu plus d’un an au groupe pour terminer Ogdens’ Nut Gone Flake, et malheureusement l’album ne fut joué qu’une seule fois en live lors d’un épisode de TV’s Colour Me Pop. Peut-être que l’œuvre studio que les Small Faces avaient créé s’adaptait mal au format live de par sa complexité apparente, ou tout simplement ils n’en avaient pas envie. Puisqu’en 1969 Mariott quitta le groupe au milieu d’un concert à Alexandra Palace sous fond de différents musicaux et le groupe ne s’en remit jamais. Pour l’anecdote, si Mariott est aujourd’hui considéré comme l’une des plus grandes voix anglaise du rock, il décéda à 44 ans sans le sou et dans l’anonymat.

Ogdens’ Nut Gone Flake est selon moi un incontournable de la pop anglaise où on trouve une alchimie entre de belles paroles et des instrus incroyables. La force des Small Faces a été de chercher à créer quelque chose de nouveau tout en restant accessibles et divertissants.

Thibault

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