kuvo

Les gars vous détruisez la magie là ! Car c’est bien d’un tour de magie dont je vous parle. Celui que produisent chaque soir, partout dans le monde, les DJs qui vous font bouger toute la nuit. Ce tour ils l’ont perfectionné au cours des années, dans les différents festivals, à chaque set. Mais la magie est un produit du mystère, mystère autour de cet être, qu’une foule de personnes admire le temps du spectacle. Ce tour est sans cesse différent mais produit le même résultat : la danse. La danse de clubbers surpris, ravis, émerveillés par la musique qu’offre le DJ face à eux. Guère de baguette magique, et ce n’est pas du chapeau d’où sortent les petits lapins mais bien d’un ordinateur, et pour les plus nostalgiques il faut encore l’aide de vinyles. Un sound system de qualité et le tour est joué.

Cette magie risque de prendre fin, détruite par KUVO. Nouveau produit de la haute technologie, KUVO est une nouvelle communauté lancée par PIONNER©, qui veut réunir clubs, DJs et clubbers. Le principe est simple, la communauté KUVO entend nous offrir la playlist que jouent les DJs en club. Rien de plus simple, au préalable la boîte devra installer une plateforme. Cette plateforme faisant le lien entre l’ordinateur du DJ et l’installation sono du Club ; le set sera enregistré en temps réel et l’application se chargera de créer une playlist disponible à flux tendu pour tous les utilisateurs sur le réseau. Alors oui KUVO semble bien sûr une bonne idée : qui ne s’est pas demandé en écoutant un son qui déchire « Putain ! c’est quoi cette tuerie ? » ; prêt à aller jusqu’à l’artiste pour zieuter le titre !

Mais ne vous y trompez pas, KUVO est surtout une fausse bonne idée. Imaginez un peu l’ambiance au Berghain si demain tous les clubbers passaient la moitié de leur temps sur leur smartphone. Plus personne ne lèverait les bras, trop occupé à chercher sur KUVO quel son est en train de les faire monter si haut. Ne faisant même plus attention aux effets du DJ, toujours prêt à chercher à épater son public. Oublie DJ, le public sait déjà ce que tu vas jouer, tu peux remercier KUVO il t’a trahit. Tu n’es plus la star de la soirée, la seule star étant KUVO capable de créer la playlist parfaite digne de Richie Hawtin (ah merde c’est bien celle de Richie…). Toi tu deviens maintenant un simple animateur radio.

KUVO c’est un pas de plus vers la mort de l’artiste, laissons ce fossé entre nous et l’artiste, laissons lui le plaisir de jouer ses sons, ses enchaînements favoris pour nous amener dans une autre dimension. KUVO ce n’est que la traque à l’artiste au set au replat afin de pouvoir se déchainer lorsqu’on écrira son prochain tweet : « ah t’as vu Garnier enchaîne toujours Crispy bacon et Dangerous drive… Has-Been ! ». C’est une véritable chasse aux sorcières qui se trame. DJs, ayez peur ! La police de la playlist arrive, vous ne pourrez pas lui échapper, toute répétition dans vos sets sera punie par le célèbre clash-tweet.

Nous venons en boîte écouter un set, pas une simple playlist comme sur notre canapé, nous voulons être surpris. Il ne faut pas chercher à savoir quel son est joué, mais être prêt à se laisser surprendre par chaque son, par chaque transition.
Pensez à cette époque pas si lointaine où les clubs étaient encore « roots », authentique, où les DJs eux-mêmes échangeaient les pochettes des vinyles qu’ils jouaient pour ne pas laisser fuiter le titre. C’était un moyen pour eux de conserver leur pépite, d’être toujours uniques et de fumer la concurrence. Car c’était une vraie compétition, chaque artiste affinait son style, voulait se différencier pour être le meilleur, il devait impressionner le public en lui sortant du nouveau, du fou, des enchaînements… Alors restons dans l’inconnu, laissons-nous nous faire surprendre, laissons ce lien particulier qu’il existe entre un public et un DJ, ce lien qui fait que le DJ nous donne, et que nous lui rendons sur la piste.

J’oubliais, KUVO contribue à la commercialisation du monde de la nuit car KUVO a un coût pour le club qui doit s’offrir le matériel nécessaire à son bon fonctionnement. Ensuite, le club appartiendra au cercle très fermé Je nique la fête. Offert par tous ceux qui, comme moi, trouvent que ce projet c’est un pas de plus vers la fin de la fête en club.

Mathias

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1 commentaire

Maltès · 17 novembre 2014 à 0 h 07 min

Aucun objet électronique (pas meme une montre !) n’est autorisé au Berghain..
Article très intéressant!

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