KaZantip_entrance

      Assez de la crise, des impôts, de la violence, du chômage, du climat ambiant c’est décidé je pars. A la manière d’un Depardieu devenu russo-belge, moi aussi je veux changer de nationalité. Mais mon but est beaucoup plus noble, je ne cherche pas à échapper aux impôts (quoique), je cherche à rejoindre la république de l’amour : KaZantip. La république de KaZantip n’est pas une fabulation de mon esprit (dérangé), c’est une république de tout premier ordre qui a gagné son indépendance en 1992, non par une grande guerre mais par la volonté d’un seul homme : Nicolas Marshunok (surnommé Nicolas I). Revenons au départ. Toute cette histoire vient d’une compétition de planche à voile en Crimée, Nicolas I refuse de rentrer chez lui et décide de mixer au coin du feu avec tous les festivaliers encore sur place. Voilà comment Nicolas I a créé une nuit de 92 à la suite d’une compétition de planche à voile la république la plus géniale du monde. Chaque année le phénomène prend de l’ampleur au point que sous l’influence du nombre croissant de participants, la teuf qui avait lieu à côté d’une centrale nucléaire abandonnée prend place à Popovka, ville de Crimée pour un mois. Niveau musique, le festival a déjà accueilli des Djs qui font aujourd’hui pâlir tous les festivals du monde entier (Jamie Jones, Ricardo Villalobos, Carl Cox…). Un festival de plus ? Non, la république anciennement démocratique de KaZantip est née.

      Une république. Oui, car KaZantip est doté de ses propres frontières régies par sa propre constitution et ses propres règles écrites des mains du président. Les règles sont assez claires, je vais vous les résumer – je vous les réduis à l’essentiel pour que vous puissiez les retenir même sous la chaleur du festival – ne pissez pas en dehors des pissotières, ne couchez pas en dehors des espaces dédiés. Enfreignez les règles et vous verrez votre visa partir en fumée. Pour les plus audacieux – vous savez ceux qui étaient au fond de la salle de classe et qui n’avaient pas peur de jeter des bouts de craie lorsque le prof était au tableau – un coup d’œil aux molosses antipathiques chargés de la sécurité devrait vous faire changer d’avis. N’oubliez pas le vieil adage « les peuples slaves sont fous ». La constitution est assez simple et se résume par « b U », soit profite de la vie, soit heureux et apporte de la joie. Cependant il est fortement conseillé de lire la constitution au moins une fois avant de s’y rendre pour s’imprégner de l’atmosphère et de la culture locale et ainsi éviter tout incident diplomatique.

      Alors que la plupart des pays développés font face à une montée de la méfiance vis-à-vis de la démocratie, la république a une longueur d’avance car elle vient d’inventer la post-démocratie : le totalitarisme. Nicolas I s’est auto-proclamé président à vie mais avec une nuance car Nicolas organise une fois par an des élections, lui assurant de manière démocratique sa propre succession. Les hommes politiques sont trop éloignés du peuple, ils ne comprennent pas nos problèmes gronde la foule. A voir le ministère des affaires étrangères en maillot du Brésil reluquer les jolies filles à moitié nues lors d’interviews, on comprend que ce gouvernement a su répondre aux exigences de sa population.

      KaZantip, la république ou vous pouvez être vous mêmes, portés par l’amour et l’échange. Un lieu d’hédonisme à la sauce communisme, la population vient chercher la liberté dont elle a été trop longtemps spoliée. Un instant éphémère qui se voudrait éternel. En fait, la vraie leçon politique de KaZantip est que la seule chose dont on a vraiment besoin est la plus pure liberté – au moins le temps d’un instant toujours trop court. C’est déjà énorme.

       Comment entrer à KaZantip ? Comme pour toute république qui se respecte il faut un visa. Ce petit bout de papier jaune vous donnera le droit de franchir les portes de la république et de vous déclarer officiellement citoyen de KaZantip. Obtenir ce visa est un jeu d’enfant : offrez plusieurs billets (bon 250€ ça commence déjà à en faire des billets). Et pour toute la population de l’est, comme du monde entier, qui n’a pas pu devenir oligarque, KaZantip te laisse pénétrer gratuitement à une seule condition : venir avec une valise jaune aux coins métalliques. Vous n’avez pas le droit d’abandonner cette valise au risque de vous faire virer. Si vous êtes un peu malins et fauchés cela peut-être un véritable avantage, mettez dans la valise tout le nécessaire pour pouvoir vivre les pieds dans le sable, ce qui se résume à un maillot, deux shorts, deux chemises à fleur et une serviette.

      J’entends déjà les mauvais langues dénigrer cet événement promouvant les orgies, la drogue, la débauche. KaZantip comme symbole d’une jeunesse qui a perdu toutes les valeurs de la foi, du respect, de l’amour. Que nenni ? Ce n’est pas une nouvelle rave pour étudiants pervertis. La drogue y est interdite et difficilement trouvable. Si vous cherchez – comme la fine fleur des journalistes de M6 – à faire passer l’amour ambiant pour une simple réaction chimique vous risquez d’être déçus.

      La vodka cheap n’incite pas à la haine et à la violence mais au rapprochement des peuples derrière un produit industriel commun, comme quoi l’industrialisation n’a pas que des mauvais côté.

       Les orgies ? Jamais, l’amour est libre, le sexe presque. Ici, le peuple a encore une vertu et le mariage fait parti des traditions et des obligations si vous souhaitez conclure avec une jolie fille de l’Est. Bien sûr, oubliez toute ce que vous savez sur les cérémonies de mariage classiques. Pas de belles robes blanches, de colombes, de gâteau, de repas qui n’en finissent jamais, de cérémonie à la mairie ; non, ici, vous allez vous marier sous le regard d’inconnus curieux, culs nus comme le veut la tradition sous l’égide du prêtre officiel.

      Quid de la foi ? Les ravers qui se réunissent chaque année par milliers dans cette république auraient voué leur âme à Satan ? Encore faux. KaZantip est une capitale religieuse de premier ordre car elle est le centre de la religion d’une nouvelle religion, ceux qui croient au miracle, que l’impossible l’emportera sur le possible, que l’extraordinaire vaincra l’ordinaire. N’est-ce pas une belle religion ? Pour tous ceux qui croient en autre chose ne vous inquiétez pas la tolérance religieuse est de mise.

      La musique est bien sûr un élément essentiel mais pas l’unique offre.

      L’ONU n’a pas encore accordé le statut d’Etat officiel mais aucun gouvernement ne peut plus nier l’existence de cette république. Le monde réel jalouse tellement cette république autonome et son mode de vie si cool que lors de la révolution de 2004 en Ukraine, le peuple a volé l’un des symboles les plus importants de KaZantip : la couleur orange. La république fière, noble, n’a rien dit et a su faire fi de ce vol en créant une nouvelle tenue officielle : la nudité – on est à peu près sûr qu’aucun Etat ne s’appropriera cette tenue.

      KaZantip s’est même retrouvé au cœur d’un des plus gros problème diplomatique de 2014 : l’annexion de la Crimée par la Russie. Voilà que le site depuis longtemps occupé par KaZantip se trouve près du centre d’une guerre civile et vient même de changer de propriétaire. Imaginez la scène des milliers de teuffeurs venus de toute l’Europe se retrouvant au milieu de militaires russes et ukrainiens en pleine Russie criméenne. Heureusement Nicolas I a pris des mesures dignes de son rang en décidant d’exporter l’événement en Géorgie.

      Le gouvernement géorgien s’est assuré cela à coups de courbettes pendant près de deux mois y voyant une manne financière – quand les marginaux paient nos factures.

      Cette année, le soleil chaud, la légèreté des filles de l’Est, le sable fin, la mer noire tout ce cadre féerique sera abandonné pour une île privée celle d’un oligarque russe, le propriétaire de KPMG, au Cambodge.

      Je pense en avoir dit assez pour éveiller les curieux, pour les autres n’oubliez pas que les plus belles filles d’Europe de l’Est se baladaient à KaZantip à moitié nue. Voilà j’ai maintenant l’attention de tout le monde.

Mathias

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