LE VENT SE LEVE

Mercredi dernier je suis allé au cinéma la boule au ventre. Je me rendais au testament du plus grand virtuose de l’animation japonaise Hayao Miyazaki, Le Vent Se Lève. Entre parfaite métaphore et poésie, Miyazaki tire sa révérence et nous claque la porte au nez avec ce chef-d’œuvre ultime.

Je me rappelle encore de mon premier Miyazaki, c’était Le Voyage de Chihiro. Ma mère avait loué le DVD – l’époque du 56K -, j’avais onze ans. A la minute où le film a commencé, j’ai arrêté de cligner des yeux et j’ai été absorbé dans cette cinquante-sixième dimension. J’avais trouvé mon Disney à moi.

totoro2Mais quelques années plus tard, je me suis dit que cette magie avait opéré seulement parce-que j’étais jeune et insouciant. Téméraire, je me suis donc lancé dans la quête folle de me farcir toute la filmographie du nippon. Entre Mon voisin Totoro, Le château dans le ciel, ou encore Princesse Mononoké, j’ai retrouvé exactement la même sensation qu’à mes onze ans. On voit certes les choses d’un œil plus mature, mais Hayao ce génie possède la capacité de vous faire fondre littéralement sur place, quel que soit votre âge, avec un ou deux coups de pinceau.

Il a cette maîtrise du mouvement, tous ses dessins sont matière meuble et instable. Ses personnages se tordent, se plient et se gonflent. Il laisse une place prépondérante à des divinités dont le vivier sort tout droit de son esprit. Aussi retrouvons-nous toujours dans ses films un thème précis, comme la famille dans Mon voisin Totoro, la nature dans Nausicaä de la vallée du vent, l’animal dans Mononoké, ou encore l’aviation dans Porco Rosso.

Dans son épilogue, Le vent se lève, dont le titre fait référence à un poème de Paul Valéry, on ne retrouvera pas ce côté fantastique, avec créatures et fées de toutes sortes. Non, dans ce long-métrage beaucoup plus sobre, Miyazaki revient sur le thème qui lui tient le plus à cœur, l’air. Il nous transmet son rêve le plus cher : voler.

ITALY-VENICE-FILM-FESTIVAL-GAKE NO UE NO PONYOOn suit donc l’histoire vraie de Jiro Horikoshi, qui, en dépit de ne pas avoir pu devenir pilote à cause de sa myopie, décide de passer ingénieur aéronautique. On le suit dès sa jeunesse et jusqu’à sa quarantaine au sein de Mitsubishi, à l’époque de la grande dépression de Tokyo. Sujet à de nombreux rêves où il rencontre son homologue italien Giovanni Caproni, on retrouve dans ces scènes psychédéliques des fresques incroyables qui ne sont pas sans rappeler l’univers chimérique de l’artiste.

On ressort de la séance bouleversé par cette histoire qu’on vit avec Jiro pendant deux heures, et on apprécie cette maturité et cette modestie avec laquelle Hayao Miyazaki couronne son Œuvre. On ne peut désormais qu’espérer que son fils Goro a hérité de ses gênes, et que la tradition perdurera.

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Tom

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