Catacombes de Paris

Vous pensez connaître Paris ? Tout Paris ?

Vous n’imaginez pas le monde qui se trouve sous ses trottoirs. Les plaques sur lesquelles vous marchez recouvrent parfois une corde nouée qu’on peut descendre en rappel jusqu’à 30m de profondeur. Il suffit encore de suivre les rails d’un réseau ferroviaire abandonné en plein cœur de Paris, puis de se faufiler dans une ouverture sous un pont pour découvrir, après 30 mètres d’avancée à quatre pattes, une toute autre ville. Ce monde souterrain a ses propres noms de rues, ses signalisations, ses abris, sa galerie d’art. Une mise en garde d’abord : descendez-y, oui, mais avec un véritable cata-phile, un qui possède les cartes de l’IGC (Inspection Générale des Carrières souterraines abandonnées) mais qui n’a même plus besoin de les lire, et qui sait comment éviter la police spéciale des catacombes.

On pourrait vous conter ici l’histoire des catacombes, comment cet aménagement urbain, d’abord conçu pour lutter contre l’insalubrité des cimetières du 18e siècle, est devenu un refuge pour les allemands dans les années 40, puis un terrain de jeu pour le marché noir comme pour les étudiants des années 50 et 60. Mais la mairie de Paris organise des visites touristiques très bien documentées et pré-planifiés pour cela.

C’est la culture cata-phile d’aujourd’hui qui nous intéresse ici, celle qui n’est pas encore écrite et qui fascine.
Elle est très différente de celle des Skins des années 70, qui rodaient en bas des escaliers du cimetière Montparnasse sans s’aventurer bien loin dans les méandres des « catas ». Il y a bien sur toujours des dérives, des squats qui s’établissent ponctuellement dans les abris qui se situent près des sorties, et des « teufs underground » où la hard tech et les lumières défigurent les lieux. Les cata-philes acquiescent ces phénomènes, y prennent part parfois, mais leur esprit est différent : il faut à tout prix préserver les catacombes. Ne pas grapher n’importe où, ne laisser aucun déchet… ce sont des règles à ne pas enfreindre devant ces guides, car sous terre ils sont rois.

Il y a un sorte de bizutage lors de la première descente qui force ce respect : d’abord les guides, qui ont tous des pseudonymes qui rendent leur conversations sur-réalistes, ne vous disent à aucun moment combien de temps durera la ballade. Vous vous attendez à quelques heures, 5 tout au plus (histoire de vivre quelque chose d’un peu « extrême »), mais au bout de 8h on oublie de demander. On accepte que pour l’instant, la réalité c’est les galeries, c’est courir dans des couloirs de pierre hauts de 1 mètre (oui oui, c’est possible) hypnotisé par la lumière faible de votre lampe, c’est le bruit de dix personnes qui pataugent, de l’eau jusqu’au cuisses, et les pauses conviviales dans les différents abris. La ballade dont je vous parle avait finalement duré 12h.

Une autre forme de bizutage consiste à essayer de semer les « nouveaux ». Les catacombes s’apparentent parfois à un système nerveux, et c’est au carrefour de plusieurs carrefours que les guides choisissent parfois de disparaître… C’est drôle pendant à peine 5secondes. Il faut en fait rester immobile, votre seule chance dans ce cas est que les guides décident de venir vous chercher, bien souvent le sourire au coin des lèvres. A d’autres moments, c’est dans une chatière qu’ils tentent de vous perdre. Une chatière est un couloir extrêmement étroit, où il faut retirer toute forme de sac à dos ou besace pour pouvoir se glisser à plat ventre et ramper. De surcroît, les « nouveaux » ont rarement de lampe frontale et s’y retrouvent plongés dans le noir. C’est ce qui arriva dans la chatière qui mène à la salle Double Cabi, salle dans laquelle on peut faire une sieste entre deux sortes de mini-escaliers ornés de bougies, essoufflés, de la fumée s’échappant des vêtements dans l’air sec à 15 degrés.

Mais la ballade n’en est pas moins agréable pour autant, elle prend la forme d’un raid fascinant. Il y a des marques d’histoire partout dans ces catacombes : les cranes si connus incrustés dans les murs, une pierre tombale à la mémoire d’un homme retrouvé dans une carrière souterraine seulement 11 ans après sa mort et inhumé sur place, un bunker allemand ou encore la fameuse Salle Z où les premières soirées souterraines avaient lieux : des concerts plus jazzy que destroy dans les années 50. On y découvre l’envers du décors parisien, les guides ponctuant la ballade de repères tels que « là on est sous l’hôpital Val de Grâce » , puis « sous Montparnasse » ou encore « on passe sous la Seine les petits ».

Mais le plus impressionnant est l’omniprésence d’une culture moderne et marginale, non-violente mais rebelle.
Certaines chatières sont tapissées d’un sable très propre et sec, parfait pour se poser confortablement, mais qui a en fait était introduit par l’IGC pour boucher un passage. Les guides y racontent, tout en modifiant leur cartes, qu’il y a une véritable guerre entre cata-philes et l’IGC, et que lors d’une « descente » qui dure plusieurs jours il arrive qu’ils se réveillent brusquement dans une salle qui se remplit de sable et qu’ils doivent fuir, laissant leur duvet derrière eux. De plus, cette marginalisation donne naissance à des graphismes qui vous font l’effet d’une œuvre d’art. Les salles où l’on s’arrête portent souvent le nom de leur graphe le plus impressionnant, comme La Plage par exemple , où les piliers de la salle, recouverts de Bob l’Eponge et autres peintures minutieusement appliquées, sont éclipsées par une fresque gigantesque alliant La Grande Vague de Kanagawa à des hérons . Une autre salle vous emmène dans l’espace, son volume cubique étant entièrement recouvert d’étoiles et autres représentations du cosmos. Les catacombes de Paris ont aussi leur lieu d’exposition officiel : La Galerie. Chaque année le long mur de cette salle est poncé et recouvert de peinture blanche pour laisser place à de nouvelles peintures.

La culture des cata-philes n’est donc ni « destroy », ni glauque, elle est basée sur le respect de ces lieux historiques et sur la convivialité. C’est un véritable réseau où il faut apprendre à décoder les signalisations (les flèches sont parfois délibérément peintes à l’envers) ; et reconnaître le passage du « Duc » ou de « Minnie » grâce aux images qu’ils laissent. Donc pour ceux qui tiennent absolument à être plus « hardcore » ou marginaux, il est toujours possible d’explorer les égouts de Paris !

Marjo

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