On vous parlait il y a quelques jours de Francfort, un des haut-lieux de la culture électronique en Allemagne mais le tableau ne saurait être complet si l’on oubliait Leipzig. Située à quelques centaines de kilomètres de Berlin et de la même taille que sa voisine saxonne Dresde, Leipzig fait parler d’elle depuis qu’en 2010 le New-York Times la plaça dans sa liste des 31 lieux à visiter absolument. Depuis, pas un grand média Allemand ou Européen ne s’est abstenu d’écrire sur ce nouvel « eldorado culturel », qui a vu naître Wagner et accueillit un temps Bach, qui y composa la majorité de ses œuvres spirituelles, notamment la célèbre messe en Si.

Leipzig fait partie des villes les plus anciennes d’Allemagne, son existence remontant approximativement au début du Xème siècle. D’abord connue pour ses foires, elle s’agrandit et devient avec l’arrivée du chemin de fer l’un des nœuds ferroviaires les plus importants d’Europe. Son heure de gloire vient dans les années 30 lorsque la ville, forte de ses 1.000 imprimeries et relieurs et de ses 400 maisons d’éditions, rayonne sur la vie culturelle germanique.

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Augustusplatz

La guerre la laisse par la suite détruite – plus des deux-tiers du centre-ville sont rasés- et isolée dans une RDA dont elle est la seconde plus grande ville et qui en fait une place forte de l’industrie. Leipzig joue ensuite un rôle important dans la réunification allemande par son implication dans la « révolution pacifique », qui voit plusieurs Monstagsdemonstrationen [démonstration du lundi ndlr] s’organiser jusqu’à ce soir du 9 octobre 1989 où 70.000 personnes descendent dans la rue protester, aux cris des «  Wir Sind Das Wolk » [Nous sommes le peuple ndlr] et sans violence, contre le gouvernement de la RDA. L’histoire ne retiendra pourtant que la chute d’un certain mur un peu plus d’un mois plus tard.
La fin de la guerre froide laisse la ville sinistrée, son économie s’effondre et près de 100.000 habitants partent vers l’ouest à la recherche de travail et d’une meilleure qualité de vie. L’exode fait son œuvre et lui donne des airs de ville fantôme. Le renouveau culturel de la ville s’amorce pourtant au milieu des années 90 lorsqu’un mouvement de réappropriation des logements Alternative Wohngenossenschaft Connewitz obtient, après des années de lutte contre des promoteurs immobiliers, le droit de propriété sur 14 immeubles délabrés que le régime communiste souhaitait abattre. Le premier Congrès Fédéral des Squatteurs y est alors organisé et enclenche la reconstruction du quartier de Connewitz qui devient alorsneorauch un lieu de rencontre pour la communauté punk-anarchiste, cela lui vaut déjà une certaine réputation au sein des sphères underground. Au fil des ans, la ville fait peu à peu parler d’elle par l’émergence de la Nouvelle Ecole de Leipzig, mouvement de peintres contemporains qui s’installent pour une bouchée de pain dans d’anciens bâtiments industriels. En 2004, Neo Rauch et quelques artistes du mouvement se réapproprient la Spinnerei, une usine de coton étalée sur plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés : la renaissance culturelle de la ville est définitivement enclenchée.

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La Spinnerei

A la même époque à Berlin, certains commencent déjà à subir les affres de la gentrification, car si l’édiction de la ville comme the coolest place on earth attire foule d’artistes et de musiciens, elle attire aussi bien touristes et investisseurs, qui lui font perdre son aspect marginal. A l’inverse d’un certain Paul Kalkbrenner qui au début des années 90 partit de Leipzig pour la capitale à la recherche de stimulation artistique, de nombreux artistes ou musiciens quittent donc cette dernière depuis le début des années 2010 pour aller trouver plus de sérénité à Leipzig, qui, progressivement, renaît de ses cendres. En effet, les loyers y sont extrêmement bas (5 euros le mètre carré en moyenne) et la population se compose majoritairement d’étudiants, de jeunes e-entrepreneurs, de marginaux en tout genre, d’artistes et de musiciens. La mairie a d’ailleurs très vite saisi l’importance de la culture comme marqueur d’identité et investit déjà plus de 150 millions d’euros chaque année dans son opéra, l’école de musique de Bach et la restauration de nombreux sites industriels, délaissant toutefois les scènes plus indépendantes.
La ville fait pourtant partie intégrante de ces scènes indépendantes et notamment de la musique électronique avec la Distillery où l’on entend des beats techno depuis le début des années 90 ou, plus récemment, l’ Institut für Zukunft et le Täubchenthal. De nombreux labels indépendants comme Microtonal ou Riotvan y on aussi vu le jour ces dix dernières années.

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Institut für Zukunft

 

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La Villa Hasenholz

Par ailleurs de nombreuses soirées illégales y sont organisées en été et on ne compte plus les lieux « alternatifs » telle la Villa Hasenholz, maison entourée de forêt où sont organisées soirées et expositions , ou l’UT Connewitz, ancien théatre convertit en salle de concert et de cinéma. De ce fait, la ville est élevée par les médias au rang de « Nouveau Berlin » car on y retrouve ce sentiment palpable d’une culture en perpétuel mouvement mêlé à celui, peut-être naïf, d’une infinité des possibles.

 

Et cela a pour conséquence d’attirer de plus en plus de nouveaux habitants, la population Legentrifizierungipzigoise croît rapidement et a retrouvé pour la première fois en 2014 son niveau d’avant-guerre. Et déjà, la population craint comme à Berlin, la gentrification. Une véritable haine du hipster s’est développée et on peut voir écrit à la bombe sur les murs « Scheiß Gentrifizierung » ou « Hipster Raus » et autres slogans qui érigent cet équivalent du bobo parisien en incarnation du consumérisme et du marketing, primant l’esthétique sur le politique. Les habitants parlent de ce phénomène comme l’« hypezig », du nom d’un blog qui recense tous les articles de la presse internationale sur Leipzig et sous-titré : « S’il-vous-plaît restez à Berlin » 1d8d1dc3dfee2df215b1cfaf546cdda5

Il est pourtant peu probable, au vu de sa petite taille et de sa population actuelle, que Leipzig devienne le refuge-pour-bobos-cosmopolites qu’est sa géante voisine. Elle n’attirera sûrement que les quelques lassés de la capitale et gardera de ce fait son identité et son atmosphère si singulière.
Quoi qu’il en soit, Leipzig se doit d’être une des étapes importantes de tout clubbing-tour à travers l’Europe. Vous y passerez des nuits sans fin dans des lieux toujours plus atypiques sans pour autant souffrir du nombre de touristes qui menace la pérennité de l’atmosphère unique qui a fait sa célébrité en tant que lieu de culture alternative.

 

Eudes

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