Tout a commencé un soir, un soir qui ressemblait à n’importe quel soir où tu as envie de faire la fête – un soir parmi tant d’autres en soi – mais ce soir là impossible de trouver un lieu accueillant et/ou des personnes motivées pour m’accompagner taper du pied. Alors comme souvent ces soirs-là j’ai décidé de clubber par procuration grâce à un documentaire, mais ce soir la ce que j’ai vu a sûrement changé ma vie… J’y ai vu ce soir-là, des couleurs féeriques, des sons fantastiques, des groupes inconnus, de la joie, des smileys jaunes, des clubs nouveaux & beaux ; j’étais en Belgique !

Voyage dans l’espace mais voyage dans le temps également, j’étais en Belgique certes, mais j’y étais également à une époque bien précise : la décennie 85-95. A cette époque la Belgique était un haut lieu du clubbing mondial et produisait une musique extraordinaire : la New Beat. Allez, embarquez avec moi dans l’Histoire !

            La New Beat devait naître car la New Beat est un écho rythmée-dansant à la violence qui nous anime, nous, jeune rebelle, un cri du cœur en soi. La New Beat devait être il lui fallait donc un lieu et une époque. Vient alors la question du quand, je m’aventure mais je dirai qu’il n’est pas étonnant que la New Beat naisse après la période de prospérité et de consumérisme qui s’achève dans les années 70. La New Beat est une musique de révolte et pour qu’une révolte apparaisse il faut une crise qui conjugue idéologie sociale en panne et montée du paupérisme, c’est ce qu’on voit au début des années 80. La New Beat comme moyen d’oublier l’ancienne société. Comme l’explique le DJ CJ Bolland « J-M Jarre c’est super mais un peu lisse ; Kraftwerk c’est génial, c’est sombre et parfaitement mathématique, mais pas assez dur, il n’y a rien de punk dedans pas de rébellion, ce sont des robots pas des rebelles ; nous c’est ce qu’on a inventé la rébellion par la dance music. »

Se pose alors la question du où ? La New Beat est née en Belgique peut-être simplement parce qu’elle ne pouvait pas naître ailleurs. De quoi avait besoin la New Beat pour apparaître ? De tout! et c’est exactement ce dont était rempli la Belgique de cette période : remplie de conteneur transitant par le port d’Anvers plein à ras bord de vinyles venus des Etats-Unis, remplie de bonnes bières – comme le veut la tradition, remplie d’une envie de faire la fête – l’histoire d’amour entre les belges et les pistes de danse est vieille, remplie d’esprit libertaire – les législations envers le monde de la nuit étaient plus que souples (pas d’horaires de fermeture pour les boîtes de nuit par exemple), d’une ouverture sur le monde – la Belgique pays frontalier, pays maritime a su capté le meilleur de chacune des cultures et faire un sublime patchwork. Il fallait que ce son soit fait en Belgique pour l’éclectisme qui s’y trouve, quel autre pays au monde peut mélanger de la musique pop a des beats électroniques sombres. Le résultat est un chef d’œuvre et une descendance florissante. Mais ce qu’il fallait absolument c’était une blague belge, une géniale erreur : un 45 Tours passé à la vitesse d’un 33. Créant ainsi un son différent, inquiétant & étrange voilà le premier pas vers la New Beat et déjà une volonté annoncée : créer quelque chose de différent et de barge!

La New Beat a inventé un son unique dans le monde, placé la Belgique au centre de l’attention du monde électronique, fait se déplacer la jeunesse d’Europe dans les clubs belges (la plupart des jeunes ayant dansé sur de la New Beat savent où se situe Gand, Anvers… allez demander à un jeune qui sort du bac de situer ces villes sur une carte aujourd’hui!), influencé les djs du monde entier pour une simple raison. Ce son belge était absolument inventif, absolument supérieur à celui qu’on pouvait entendre ailleurs à la même époque. Les superlatifs pour décrire ce son ne manque pas : plus froid, plus agressif, plus puissant, plus intéressant, plus sombre, plus hypnotique… En deux mots absolument meilleur qu’ailleurs! Un son acid plus acide que l’acid américaine, un son rave plus rêveur que la rave anglaise, un son sombre plus éclairé que la techno berlinoise : un son Belge tout simplement, voilà ce qu’était la New beat.

Mais pour avoir envie d’embarquer dans la DeLorean il me faut, à moi idéaliste, un peu plu que du bon son, il me faut une utopie sociale! Heureusement les pistes de dance New Beat me l’offre : abolition des classes sociales, communion, plaisir, amour. Comme le résume Renaat Vandepapeliere* « un côté hippie convaincu de changer le monde, l’avènement d’une jeunesse nouvelle je ne plaisante pas j’y croyais vraiment cette génération allait changer la planète évidemment c’était à cause de l’ecstasy ». Quand on parle de clubbing, la drogue n’est jamais loin mais pour l’anecdote une drogue qui faisait fureur à cette époque était le Captagon, cette même drogue qui fait fureur u près des djihadistes, preuve – si il en fallait – que la drogue sans l’esprit ce n’est que le règne de la bêtise.

Pléthore de dancing s’offre à nous, vagabond du son, du choix, du choix, du choix ! Le plus difficile dans cette aventure New Beat est de choisir où aller danser. Heureusement pour ceux qui comme moi qui n’ont jamais su choisir il existait une solution : le marathon des clubs! Prendre la route et se les faire, tous ! « It’s Party Time ! » Départ jeudi retour lundi ou mardi – un passage obligatoire par le Boccacio. Cinq jours de fête, de plaisir ultime pour un bon mois de repos, ne comptez pas sur moi pour les prochaines je n’ai plus le physique, heureusement l’époque est passée sans moi, je suis encore sain!

http://assets.noisey.com/content-images/contentimage/19564/boccaccio%20life.jpg%20https://www.youtube.com/watch?v=6gHKECJYvr8

Comble de mon bonheur : le style vestimentaire New Beat! Viens comme tu veux, des couleurs, des anneaux, des logos de marque de voitures autour du cou… Habille-toi en New Beat : tu es une star!

Il est trop tard maintenant pour s’aventurer dans le train New Beat car une seule constante dans l’univers humain : tout ce qui monte doit redescendre..

La New Beat ne déroge pas à la règle. La multiplication de groupes opportunistes venus croquer dans le gâteau avant qu’il ne disparaisse entrainera un appauvrissement artistique (les fameux sons Nougat Beat), la prolifération de l’Amour en pilule ne sera pas du goût des autorités qui essayeront avec succès de faire taire ce mouvement libertaire, jusqu’à voir la disparition des plus fameux lieux. Les médias toujours friands de spectaculaire pour attirer les spectateurs s’empareront de l’affaire et se donneront à cœur joie pour stigmatiser et les participants et la musique.

Concluons cette épopée musicale et laissons-nous nous envoler avec cet hymne de l’époque.

P.S. A cette époque voici le genre de tube que l’on pouvait trouver en N°1 du Top Parade artistiquement et musicalement c’est quand même bien au dessus des nullité de la variété pop américaine. Mention spéciale au clip tellement rempli de couleur qu’il a du envoyer quelques épileptiques sur le carreau.

* Fondateur du label R&S

Mathias

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