Le Loft, club new-yorkais ouvert de 1970 à 1984 et créé par David Mancuso, se veut être l’un des premiers clubs voulant à la fois mêler bonne musique, avec un système son le plus pointu possible, mais surtout, à l’image des clubs actuels, réunir tous types de personnes : homos, hétéros, noirs comme blancs, à une époque où la discrimination est encore forte. Bref, ce club, avec David Mancuso à sa tête, avait pour but de promouvoir un idéal de fête tout en favorisant le progrès social. Découvrons son histoire…

Derrière ce club new-yorkais mythique se cache David Mancuso, né en 1944 et mort à 72 ans, en 2016. N’arrivant pas à vivre correctement de son travail, ce passionné de musique depuis toujours décide de tout arrêter et de se lancer dans une carrière de DJ dans les années 60.

En 1965, il décide d’acheter un loft de 220m2 pour y habiter situé au 647 Broadway, à l’angle de Broadway et Becker Street dans le quartier de Chelsea, à New-York. S’inspirant des « Rent Parties », soirées organisées à Harlem depuis les années 20 durant lesquelles chacun amenait ses disques et ses boissons, son objectif était d’organiser des fêtes et de faire payer l’entrée afin de pouvoir rembourser son loyer. Il réalisa alors entre 1965 à 1970 une demi-douzaine de soirées, appelées « By Invitation Only », en raison du cercle extrêmement fermé concerné par ces événements. Le succès de ses premières soirées l’encouragea alors à officialiser le projet : c’est le début du Loft avec les soirées désormais appelées « Love Saves The Day » à trois dollars l’entrée. 

Amoureux de musique noire, à savoir de jazz, funk, disco et même de house et garage dans ses débuts, David Mancuso avait pour objectif de mettre en avant cette culture et de faire danser les gens dessus. En tant que perfectionniste et puriste du son, il lui fallait le meilleur système son pour commencer ses soirées. Un des éléments déclencheurs au lancement du Loft a été la découverte en 1969 des hauts-parleurs Klipschorn, réputés pour faire partie des meilleurs de tous les temps, chez Alex Rosner, unique concessionnaire des produits de Klipsch Associates dans la région. Il a évidemment continué à étoffer son système son, avec pour objectif ultime de dissimuler les enceintes, afin que le son emplisse la salle comme dans une salle de concert. C’est l’acquisition de ces enceintes Klipschorn qui marque le début du Loft.

Son côté puriste ne s’arrête pas là. En effet, Mancuso considérait que mixer deux musiques entre elles dénaturait l’intention originelle des artistes. Il lui fallait alors être le plus fidèle et c’est la raison pour laquelle son setup ne comprenait pas de table de mixage : il se contentait d’enchaîner les morceaux en attendant la fin de chacun pour passer à l’autre.

Le son est donc au centre du projet du Loft, que ce soit par le choix des musiques que par la qualité du matériel. Cet amour pour la musique noire et les sélections de vinyles passées lors des soirées ont inspiré tout une génération d’artistes qui reproduiront l’exemple de Mancuso, à l’instar de Franckie Knuckles, père de la house, ou de Louie Vega, célèbre dans le groupe Masters at Work.

D’ailleurs, lorsque David Mancuso passait un morceau qui plaisait au public, les ventes de ce disque s’envolaient les jours suivants. Il montra donc que les discothèques, alors peu considérées car surtout associées à une image de débauche dénuée de toute notion culturelle, pouvaient influencer les ventes de musique.

Ce que recherchait David Mancuso dans le Loft était aussi, et surtout, de rassembler les gens, quels qu’ils soient : « Nous n’avons jamais mis en place de dress code par exemple. Nous n’avons pas de limite d’âge non plus puisque nous ne vendons pas d’alcool. Les gens viennent vraiment de tous les horizons, et dès que les classes sociales commencent à s’entremêler, le progrès social s’installe », a-t-il dit lors d’une conversation avec le réalisateur Alex Markman. Il accueillait donc quiconque dans son loft, aussi son espace de vie, et voulait que chacun fît comme chez soi. Au-delà même du progrès social voulu par Mancuso se cache derrière l’envie de créer un endroit de sécurité dans un New-york des plus conflictuels.

L’effondrement d’un hôtel voisin en 1975 pousse les soirées du Loft à migrer au 99 Prince Street, à Soho. C’est à ce moment que sont apparus les premiers problèmes avec la municipalité de New York : David Mancuso est accusé à tort de vendre de l’alcool dans un lieu public sans la fameuse « Cabaret Licence ». Il s’est alors vu contraint de suspendre l’organisation de ses fêtes pendant une année. Cette interruption a d’ailleurs permis à d’autres clubs new-yorkais d’émerger, comme le Paradise Garage, The Gallery ou le Studio 54.

Les soirées « Love Saves The Day » ont connu alors de plus en plus de tensions avec les autorités new-yorkaises car le Loft restait tout de même un club moins conventionnel que ceux que l’on trouvait à l’époque. Ces tensions, avec en plus une gentrification de plus en plus hygiéniste à Manhattan rendant alors le projet de Mancuso beaucoup moins intéressant, le poussèrent à fermer son loft en 1984. La dernière soirée mythique « Love Saves The Day » a eu lieu le 2 juin 1984 et a marqué l’histoire du club : un film de 13 heures intitulé « Last Night » et réalisé par l’artiste autrichien Martin Beck retrace l’intégralité du dernier set de David Mancuso, soit les 118 morceaux joués ce soir-là.  Il devint alors un DJ nomade plutôt qu’un DJ résident, jouant aux quatre coins du monde plutôt que dans son loft, organisant tout de même quelques fois par an des fêtes dans des lieux loués à New York. 

              David Mancuso fait donc partie de ces figures de proue de la house, ayant inspiré de nombreux artistes après lui. Il est l’un des quelques DJ à avoir insufflé de la modernité dans le clubbing . Selon Bill Brewster, l’auteur de « Last Night A DJ Saved My Life », David Mancuso, celui à qui « tous ceux qui ont dansé ou enfilé un casque doivent quelque chose », était l’un de ceux qui ont su imposer une idée, voire même un mode de vie.

Dans une interview au Daily Red Bull, il dit : « Pour moi, ces soirées sont une façon de progresser socialement, parce que je ne suis pas limité par les lois. Payer 5 dollars ou 10 dollars pour une boisson est parfois difficile. Au Loft, il y a à manger, tu amènes ta propre bouteille, tu n’as pas à payer pour poser ton manteau. C’est une communauté d’entraide, en quelque sorte. Ici, tant que tu agis comme un être humain, tu peux faire ce que tu veux. »

Paul

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