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Avant-propos. Une première surprise à la simple lecture du titre de cet article : est-il juste de parler de Gangsta Rap à la française ou bien est-ce encore une invention journalistique (la mienne) pour vous faire cliquer sur un article sans fond ? Je m’évertuerai à vous prouver que le Gangsta Rap made in France a été une réalité et que tous mes articles sont fondés sur une impeccable éthique journalistique.
Quelques questions resteront en suspens : le rap de banlieue avait-il et a-t-il pour vocation d’être diffusé et écouté par le plus grand nombre ? ne devait-il pas rester par essence underground ?

J’ai eu l’idée d’écrire cet article après avoir regardé plus de vingt fois le clip Pour ceux de la Mafia k’1 Fry en à peine 4 jours, et là j’ai compris, compris la différence entre le Gangsta Rap de l’époque (la belle époque, dont je parle si souvent) et le pseudo-Gangsta Rap qui alimente les chaînes de clips musicaux…

Pour vous mettre un peu dans l’ambiance.

https://www.youtube.com/watch?v=GgwPQpE7qO8

Avant tout aventurons nous sur une rapide explication du Gangsta Rap : qu’est-ce que le Gangsta Rap ? Le Gangsta Rap est un sous-genre du rap et comme le rap il est né aux Etats-Unis, plus précisément sur la côte Ouest dans les années 80 dans une petite ville de la banlieue de Los Angeles, Compton. Compton était un sacré terreau pour un sacré genre musical : pauvreté, minorité ethnique, criminalité, guerre des gangs.. Vous avez surement entendu parler du groupe à l’origine de ce sous-genre N.W.A. rendu politiquement correct à travers leur biopic. Le Gangsta Rap est donc un rap violent, plein du soleil de la côte Ouest pour faire rapide. Le Gangsta Rap va ensuite traverser tous les Etats-Unis pour s’implanter dans les quartiers de New-York dont le célèbre quartier de Queensbridge (record de Mcs au mètre carré), mais également s’implanter dans le sud. Les thèmes sont récurrents : haine de la police, exclusion sociale, deal, meurtre, mysoginie.. Une réalité sociale que les caméras des chaînes de télévision et les dirigeants de nos sociétés souhaitaient oublier et faire taire, mais la banlieue a trouvé alors un moyen de s’exprimer et donc d’exister : le rap.
Attention, il faut absolument éviter cet amalgame simple mais destructeur le Gangsta Rap n’est pas à assimiler au rap Bling-Bling ou au rap égotrip.. Osons-le, à mon sens le rap Bling-Bling n’est qu’un sous-genre de ce sous-genre, une partie et non le tout ; le rap égotrip, lui, est plutôt un passage obligatoire pour tout rappeur dit gangsta. Un album de gangsta rap sans un morceau de rap égotrip ne peut être certifié album de Gangsta Rap. A mon avis, si cet amalgame est si souvent fait ce n’est pas simplement par méconnaissance et/ou le mépris absolu du monde du rap, c’est également un moyen de marginaliser ce genre et de d’en détruire la visée politique.

Dans ce morceau – du premier album de Lunatic qui à ce jour n’est pas prêt de sortir – Booba s’essaye au jeu de l’égotrip – jeu qu’il n’aura de cesse de perfectionner.

Avec ce morceau nous revenons en France, car là est le cœur de mon sujet. Il est important de saisir et d’accepter que le rap en France n’est pas à la base un mouvement contestataire (un jour, j’écrirai un article pour expliquer le mouvement de conscientisation du rap français). Alors bien sûr, pour certains cela est une redite, pour d’autres c’est un fait nouveau et la plupart peut-être s’en foutent mais encore une fois il est important pour comprendre la sujet de cet article d’accepter ce fait. Admettre que le rap conscient n’est pas l’ « essence », c’est comprendre que le rap conscient n’est qu’un sous-genre parmi d’autres du rap et c’est également comprendre que le Gangsta Rap n’est pas une dérive et un affaiblissement du Rap français ; il est un sous-genre à considérer au même niveau que le rap dit conscient. À l’Âge d’or se côtoie des groupes dits conscients tels que le Les Sages Po, Assassin.. et des groupes « Gangsta Rap » tels que le Ministère A.M.E.R., le crew de la Mafia K’1 Fry.. Sans m’attarder plus que nécessaire il est intéressant de remarquer que le Suprême NTM évolue au moins dans ses débuts dans ces deux sous-genre. Plusieurs groupes de rap peuvent prétendre à cet époque de groupe de rap le plus sulfureux, produisant un rap de bonhomme, par des bonhommes, pour des bonhommes.
Certains groupes parmi les plus mythiques tels Lunatic ou Arsenik interrogent sur leur classification car à mon sens il dépasse le genre de rap de banlieue dans la perfection de leur musique, faisant de leurs albums des chefs-d’œuvre inclassables dans le monde du rap.
Je m’autorise l’utilisation des guillemets en parlant des groupes de Gangsta rap français car il est nécessaire de dire que le Gangsta Rap à la française à cette époque est absolument sans rapport avec le Gangsta Rap américain. Le Gangsta Rap en France est une version francisée dans laquelle les particularités de la société française sont mises en avant. Ne parlons plus de Gangsta Rap français mais de rap de banlieue. Oublions donc le soleil de Californie, la minorité noire, les lowriders.. que l’on peut retrouver dans les clips de gangsta rap cote ouest. Oublions également les sonorités sombres de la cote est, la plupart français de ce style crée leur propre structure sonore. Le Gangsta Rap du Sud des Etats-Unis n’a jamais été une source d’inspiration pour la créativité des banlieues. Seuls les thèmes restent mais en Version Française.

Les banlieues à la française remplacent les suburbs américains. On découvre alors dans les clips les banlieues françaises à travers les clips, devant la caméra tout le quartier vient s’amuser de la visibilité. Les minorités ethniques ne sont pas les mêmes car la France a connu une immigration maghrébine absente aux EU, le vécu qui fait le rap de banlieue est raconté à la française. On retrouve également une façon de rapper bien différente des Etats-Unis -ou la technique reste importante- le rap de banlieue s’exprime par des voix nasillardes, puissantes, à contre-beat (l’exemple parfait est Alpha 5.20), une technicité moins importante. En fait la forme s’adaptant au fond : la violence s’exprime par le cri, l’exclusion par une certaine mélancolie dans le flow.

L’évolution même de ce sous-genre dévie dans les deux pays : là où le rap aux Etats-Unis dérive vers le Bling-Bling le rap français tient bon. À la fin des années 90 le rap gangréné par une période de violence – apogée atteint avec la mort de Biggie et de 2Pac-, commence une lente transformation ; les versions Bling-Bling Egotrip deviennent prédominante dans le Gangta Rap – Nas devenant Nas Escobar – et le Business s’installe.
Le mouvement en France est toujours marginalisé et évite – dans un premier temps – l’institutionnalisation permettant au rap de banlieue de continuer à exister et à s’affirmer. La fin des années 90 et le début des années 2000 sont parsemés de très bons albums de rap de banlieue (Mo’vez Lang, Mafia K’1 Fry..)

Le gangsta rap à la française a bien existé mais il a fini par disparaître. Il a fini par se ré-américanisé. Aujourd’hui nous pouvons le voir avec la domination du Trap Rap – nouvelle forme du Gangsta Rap – genre quasiment copié collé dans les clips, les instrumentales, les flows du rap américain. Il s’est bien assagi pour une part, seule preuve suffit l’écoute de Gangsta du duo Big Flo et Oli, il s’est bien affaibli pour une certaine frange quand on pense à Booba. Mais comment en vouloir à Booba ? Booba est prétendument le porte étendard du Gangsta Rap français (j’utilise de nouveau gangsta rap français car le terme de rap de banlieue ne sied guère à Booba aujourd’hui) or c’est confondre le Rap Game, l’egotrip et le Gangsta Rap ; d’ailleurs comment Booba de sa tour en argent de Miami pourrait-il être la voix des banlieues françaises ?
Ainsi, parler de gangsta rap à la française avait un sens. Il avait un sens à l’époque où le rap voulait s’émanciper de son grand-frère américain, où on ne voulait pas copier ce qui se faisait de l’autre côté de l’Atlantique mais créer, où nous n’avions aucun complexe, où la nation du rap était la France (oh Putain ! j’ai osé…)

Voilà le premier paragraphe tendant à vous prouver à tous que le rap français n’a absolument rien à envier au rap américain, je l’ai toujours affirmé et j’espère un jour avoir le temps de le prouver de manière définitive et absolue (ce qui consisterait à remplacer beaucoup de temps durant lequel je bois de l’alcool par des recherches sur internet) ; toutes les personnes qui prétendent aimer le rap se doivent de rendre un hommage au rap français.
(Je précise que les groupes et le rap évoqués dans cet article concerne de manière générale la branche underground et commercial – c’est-à-dire tous les groupes qui ont pu toucher un public large au-delà de leur quartier, je ne prétends pas avoir parlé de la sphère underground faite de mixtapes de sous-le-manteau.)

P.S. J’ai découvert récemment le clip Charles – Vicomte, montée d’une haine absolue et une seule chose à dire : Brûlez les tous (surtout eux) et Dieu reconnaitra les siens.

Mathias

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1 commentaire

Marin · 20 août 2019 à 20 h 10 min

Magnifique article et je trouvais ça dommage de voir ce beau travail récompensé par 0 commentaires alors 😉
Ps: et aussi le Charles vicomte ct du troll :p

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