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[Flashback d’une soirée mémorable] 

       On est la dernière semaine de novembre, voilà déjà un mois que toutes les présentes pour Laurent Garnier sont vendues. Mardi à partir de 14h30 le Rex décide de remettre des places en vente, je ne saute pas sur l’occasion. Confiant dans l’idée que je trouverai facilement des reventes sur le mur de l’évènement. Un mois auparavant, j’avais réussi à récupérer des places pour Ben Klock quatre heures avant le début de son set, je n’imaginais pas ne pas réussir à faire pareil. L’inquiétude grandit lorsque je remarque que personne ne vend, le mur est saturé de demande d’achat : «cherche deux places ! S’il vous plaît c’est mon anniversaire», «cherche une place pour lolo». Le mur n’en finit pas de demandes d’achat, souvent sans réponse. Je commence à regretter de ne pas avoir pris les tickets mardi. On est samedi. Je n’ai pas encore posé de post sur le mur, je ne veux pas griller ma seule cartouche, ma rare chance de voir jouer Laurent. J’attends le moment propice pour poster comme les milliers d’autres fans «s’il vous plait, j’ai des enfants, je n’ai pas mangé, laissez-moi voir Laurent», un peu trop larmoyant. Je finis par opter pour un post plus simple «cherche deux places ! Merci d’avance». Il est minuit, je me prépare pour Apollonia (mais ça s’est une autre histoire).

       garnierLa nuit est folle, les préoccupations disparues. Je ne rentre qu’à 9h, j’en oublie presque Laurent Garnier. Tout change quand en sursaut je me lève à 13h, premier réflexe j’allume mon ordi, j’attends, me connecte, regarde, instant fatidique-véridique : aucune réponse. Si deux, une négative, l’autre à 50 euros, je refuse. Mon banquier n’acceptera aucun écart, même pas pour Laurent, le monde de la finance est décidément sans cœur. Il me faut un petit café pour me réveiller, avoir les idées suffisamment fraîches pour trouver un plan de secours. À cet instant aucun doute ne m’envahit, ce soir je serai bien au Rex à écouter Laurent toute la nuit. On se pose donc dans un bar, on regarde de nouveau le mur de l’évent. Bonne nouvelle : des places se vendent, mauvaise nouvelle : beaucoup ont déjà été achetées. Chocolat viennois, café, la commande est passée. Ma copine pose une annonce, je commence ma compta. Je sens à peine la douceur d’un éveil au goût de café qu’on reçoit une première réponse positive «2 places à vendre au prix de vente». Le tour est joué, à peine le temps d’écrire une ébauche de réponse que le blog Delighted pose une annonce pour gagner des places. Il est 14h. Ni une, ni deux on prend le luxe de ne pas répondre et on saute sur l’occasion : les mails sont envoyés. Il est 14h02. Nous sommes plutôt confiants, il faut avouer que la veille nous avions gagné deux places grâce à ce blog. Le temps passe, aucune réponse. J’utilise la manière forte, je retente ma chance avec une autre adresse mail. Plus de quarante minutes d’écoulées, toujours rien. Nous retournons vers notre dealer du jour, il a toujours la came : deux beaux billets pour le Rex ce soir. Réponse succincte «RDV Vauvin 18h». Je vous épargne les détails de notre périple (l’oubli des cartes, la mauvaise ligne de métro, mes comptes équilibrés…). Nous voilà à 19h chez ma douce, deux places, une bouteille de vodka et du Schweppes© Lemon.

       Une longue nuit nous attend. Nous devons prendre des forces, le paquet de 500g de pâtes va y passer. Rien ne sert de courir, le temps est de notre côté, près de quatre heures à attendre avant de voir Laurent poser les premiers sons. Le repas englouti, nous nous allongeons le temps d’une sieste : le repos du brave. 22h, nous émergeons, nous nous préparons, à 23h nous attaquons la bouteille. Comme d’hab avant nos sorties nocturnes, nous revenons à notre première amour : le RAP. Tous les classiques y passent, je jubile en posant Face B d’Akhénaton en entamant mon deuxième verre. La nuit débute à minuit, rien ne sert de commencer trop tôt, l’essentiel étant d’être encore debout à la fin de la soirée. Quand le DJ conclut la valse. Nous ne serons pas partis avant 1h, juste à temps pour rater le dernier métro. Un HITCH en poche nous débarquons devant le Rex. Le peu de queue qui nous attend devant, la file des préventes n’est qu’un leurre. A l’intérieur c’est une toute autre histoire : le Rex est bondé. La queue pour les vestiaires remonte jusqu’à la file des tickets. Attendre à l’intérieur est bien plus affreux que dehors, car le son prend au trip au point qu’on est prêt à abandonner son manteau pour rejoindre la foule qui danse. Je suis à deux doigts de jeter ma veste en réponse à l’appel des basses lancinantes que j’entends du haut de l’escalier. Heureusement pour mon Adidas ma copine n’est pas du même avis, elle tient à sa veste et nous attendons. La queue se réduit, voilà notre tour. 2h est bien entamé. Ça y est nous y sommes dans cette salle, cette crypte de la Techno en plein centre de Paris.


560x374xlaurent-garnier1.jpg.pagespeed.ic.gAhAI0mv2rFace à nous ce n’est pas Laurent qui nous attend mais une foule incroyablement d
ense. Il nous est presque impossible d’avancer. Je précise que nous étions venus avec de belles intentions, faire une nuit clean. Notre volonté n’a pas tenu bien longtemps, je pense que nous avons craqué lorsque nous avons entendu la voix de Laurent au micro. Il ne nous a pas fallut bien longtemps pour trouver ce que nous cherchions. La bouteille de Vittel© en poche, plus rien ne peut plus nous arrêter. On se pose au milieu de la salle, ce n’est pas vraiment un choix car nous ne pouvions plus avancer. Ici, nous avons suffisamment d’espace pour nous exprimer, nous déchaîner. Nous dansons. Au bout d’un moment mes yeux se ferment sous l’effet de la fatigue accumulée de ce merveilleux week-end, je continue de bouger mais mon esprit est ailleurs. Je ré-ouvre les yeux juste le temps de confondre ma copine avec un chinois à lunettes et je monte. Mon corps est léger, je sautille. Le son, une pure merveille. Comme prévu la salle est bondée. Bondée de deux générations, celle des précurseurs qui écoutaient déjà Laurent Garnier lors de sa première résidence Wake Up au Rex, qui ont fait du mouvement Techno quelque chose de fort, de grand. La deuxième génération, la mienne, celle des jeunes qui entretiennent ce mouvement des fois, qui le pervertissent souvent. J’aperçois de loin un vieux de la vieille de ceux qui font parti de la première génération, comment l’ai-je reconnu ? A son magnifique pull Underground Resistance (j’ai découvert plus tard dans la soirée un jeune homme au magnifique T-Shirt Dettmann 77 symbole de ces deux générations). Avide de savoir, je m’approche, m’assois à ses côtés, nous parlons un bon moment de ce qu’il a vécu, des soirées passées, il me parle même d’UR au Rex. Je lui dis que ce mouvement n’est pas mort, qu’un merveilleux renouveau est en train de souffler notamment sur la capitale. Il me donne un très bon conseil : reste jusqu’au bout. Il n’a pas à s’en faire, je sais que le mieux c’est la fin. Belle rencontre. Au fait il était avocat d’affaire, comme quoi il n’y a pas que le crime qui paie.

       Assis, nous profitons de ce magnifique set. Tous les styles y passent et Laurent nous prouve qu’il est un maestro, de ceux qui savent tout mixer et qui offrent en live un véritable spectacle. Quand musique sonne avec inattendu. Aux premières lignes de ce qui me semble être Black Water d’Octave One nous nous levons. Nous sommes devant la fosse, nous tombons sur Marvin, un homme plein d’amour. Ça tombe bien, ce soir c’est love pour tout le monde ! Les heures sont passées, nous ne nous sommes rendus compte de rien. À un moment, la voix de Laurent résonne «Les gars, il est 5h et jusqu’à 5h15 tous les verres sont gratuits !». Premier réflexe, je me dis qu’il est déjà 5h. Deuxième réflexe, je me jette sur le premier bar et j’attends. Je n’ai pas vraiment soif mais je veux ce verre car il est offert, offert par Laurent. Il aura une saveur particulière. J’admire le travail des deux serveuses et du serveur qui servent un nombre de verres incroyable. Ma commande passée, je savoure ma vodka. Officiellement il reste un peu moins de deux heures, la salle s’est vidée. On reste auprès de Marvin encore un peu, et lorsqu’on entend un remix house de Riders on the Stoorm des Doors, on commence à avancer. On avance peu à peu, gagnant les places abandonnées par les déserteurs de l’after, les couches-tôt, les travailleurs. Avant 6h nous sommes devant la cabine du DJ, rien de ce que nous avions vécus avant nous avait préparé à ce moment.

       La salle est loin d’être vide, nous sommes aux premières loges. Il est impossible de retranscrire ces instants magiques, cette communion, cette fusion qu’il y a eu entre nous, le public, et Laurent face à nous. Cette fusion aussi entre nous le public, car chacun y allait de son anecdote. J’entends encore le mec à côté de moi dire «la semaine dernière j’étais à la Fabric (boîte londonienne) et il a fini à 9h, j’espère que ce sera pareil». Chacun le remercie à sa façon sortant un petit message de son téléphone, j’y vais moi aussi de mon petit clin d’œil je lui sort une petite affiche taggué CE CE ROGERS – SOMEDAY (j’avais prévu le coup !). Il la prend, sourit, me sert la main, me la rend. Je suis aux anges. Les sons s’enchaînent. La foule est unanime, seul lui sait manier avec une telle dextérité tous ces styles, seul lui est capable de te faire danser sur de la soul à 7h du mat’, seul lui peut me rendre fou avec de la jungle. Me voilà parti. Déjà un moment que la barre fatidique des 7h est passée, pourtant le son ne faiblit pas. Laurent ne veut pas s’arrêter, nous ne voulons pas qu’il s’arrête. Un mec du staff vient le voir, pour lui dire de s’arrêter. Rien à faire, la soirée continue. Nous tenons son rythme, nous l’appelons encore, nous le relançons, lui nous répond «vous ne travaillez pas ou quoi aujourd’hui ?». Pour ma part, j’ai un cours à 9h30 à Lille, un train potentiel à 7h46, ma montre m’indique 7h45, il est déjà trop tard. Le son s’arrête une première fois, le public crie, Laurent relance la machine. Ce sera le dernier son. Le mec du staff aura donc dû s’y prendre à trois fois pour arrêter la nuit. Il est 8h. Le son s’arrête, le temps aussi. En sortant, des mecs nous font « Yes », « Yes » à cette soirée. On se pose au coin de la rue pour fumer un dernier stick, essayer de se remettre de cette soirée. La vie autour est normale, nous, nous ne pouvons pas nous calmer. C’est comme si nous avions fait face à l’un des plus grands instants de notre vie. Depuis, le groupe du Weather s’est enflammé, j’ai repris les cours, la vie et son rythme normale.

       Comment retransmettre l’énergie, l’émotion ressentie au cours de cette soirée ? Comment écrire un article qui ne soit pas qu’un enchaînement d’anecdotes ? Ce sont toutes ces questions que je me suis posées avant d’écrire. Je n’ai toujours pas de réponses.

Mathias

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