pétard berlin

Pour tous ceux qui, comme moi, n’ont pas encore mis un pied à Berlin mais qui rêvent d’y aller sur un coup de tête un week-end pour s’oublier dans une fête infinie, pour oublier son quotidien et revenir le lundi matin des images folles plein la tête afin de démarrer la semaine du bon pied, il y a une raison de s’inquiéter. Avant même d’arriver à Berlin, nous savons que nos chances de rentrer dans le célèbre club Berghain sont faibles, ce qui ne nous empêchera d’essayer et de nous faire refuser l’entrée par le célèbre Sven, le gentil physio. Pour ceux qui auront la chance d’entrer dans ce club continuez quand même la lecture de l’article car le mal qui nous guette est plus profond que le refus d’un physio.

Les autorités locales s’inquiètent de l’arrivée massive de touristes venus à Berlin pour faire la fête avant tout. Ce tourisme inquiète les autorités car il est suivi par une montée de petits actes de vandalisme, d’une dégradation des lieux publics, d’une pollution sonore dérangeante pour la population locale, d’une pollution de la ville (déchets, vomis, rues servant de pissotières pour les fêtards…). Berlin est victime de son succès, succès inimaginable au lendemain de la chute du Mur, les infrastructures de la ville ne sont pas adaptées à cette situation et les dérives arrivent vite. En dix ans, la capitale allemande aura enregistré une hausse de 150% de touristes.

Ce sont les mêmes risques et les mêmes problèmes qui ont poussé les autorités berlinoises à arrêter la Love Parade en 2010 après le tragique accident qui a causé la mort de 19 personnes suite à un mouvement de foule. À cause similaire, réaction similaire les autorités menacent d’accroître les restrictions  et c’est la nuit berlinoise dans son ensemble qui est menacée.

Les habitants de Berlin s’élèvent également contre ce tourisme de masse et on a vu fleurir dans toute la ville de jolies graffitis tels que «Touristen fisten» (« Fistez les touristes ») ou «Du bist kein Berliner!» («Tu n’es pas un Berlinois»). Au-delà des dérangements logiques qui découlent d’un accueil massif de personnes saoules et souvent intenables, cet afflux de touristes a aussi des effets négatifs pour les habitants, certains quartiers voient les loyers flambés car ils sont devenus les lieux fétiches des touristes et ce qui faisait la force et l’attrait de la ville (les loyers bons marchés) est en train de disparaître. L’inflation des prix ne s’arrête pas aux loyers, car les commerçants voient dans les touristes souvent de classes aisés une raison d’augmenter les prix. L’attitude souvent grossière des voyageurs qui ne se soucient pas de polluer les sites, de déranger les vies quotidiennes de la population en recherchant, par exemple, ostensiblement de la drogue sans souci de ces derniers.

Tous ces petits gestes sont des actes irrespectueux qui vont à l’encontre de la vision ouverte qu’ont les Berlinois de leur ville et de la fête. La réalisatrice allemande Nana Rebhan qui nous a offert le joli documentaire Welcome Goodbye résume magnifiquement la situation en ces mots « Des millions de personnes viennent expérimenter l’exceptionnelle qualité de vie berlinoise et en faisant ça, inévitablement, ils la détruisent.». (Slate.fr)

Le problème de Berlin est plus profond et ne devrait pas s’arrêter à une simple réflexion des autorités locales sur comment contrôler les touristes. A mon sens, cette problématique devrait alerter toutes les grandes villes car le problème n’est pas l’afflux massif de touristes à Berlin mais l’absence d’alternatives sérieuses dans le paysage nocturne européen. Aucune autre ville en Europe n’offre 72h de fête non stop, aucune ville en Europe n’offre de lieux aussi insolites et une politique aussi ouverte au monde de la nuit.  Berlin est devenu une soupape nécessaire aux jeunes à travers l’Europe pour se déchaîner le temps d’un week-end. Les autres villes européennes doivent agir, le but n’étant de concurrencer Berlin dans le tourisme de la fête, ni d’accélérer la commercialisation de la nuit mais bien d’offrir à la jeunesse un moyen différent de s’exprimer dans la nuit.

N’ayez pas peur de la nuit, elle porte conseil. Un tel effort de la part des autres capitales européennes pourrait désengorger la ville allemande. Ainsi les jeunes fans de techno music verront toujours Berlin comme la Mecque, le passage à Berlin resterait un rite immanquable dans sa construction personnelle mais ce rite serait plus marqué par le respect que par la crainte de détruire cette idylle.

Mathias

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