Interview : Jeanjass, Lomepal et Caballero

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A la fin de leur concert au festival Le Père Noël est-il un Rocker ? nous avons eu la chance de pouvoir nous entretenir avec Jeanjass, Lomepal et Caballero. Voici ce que ça a donné.

Bonsoir, on espère que votre live s’est bien passé. Pour démarrer cette interview, on parle souvent beaucoup de rap français, rarement de rap belge. JeanJass tu viens de Charleroi et Caballero de Bruxelles, comment ça se passe la scène en Belgique par rapport à la France, comment vous avez fait pour percer, que ça soit au niveau de la scène belge ou de la scène française ?

Caballero : C’est plus ou moins la même chose sauf que c’est plus petit, la scène est plus petite donc il y a moins d’argent à se faire et il y a moins d’argent qui bouge. En France c’est directement un marché beaucoup plus grand. Quant à comment on s’est fait connaître, avec Internet tout simplement, notamment avec Le Singe Fume sa Cigarette, qui m’a permis de me faire connaître en France. Et après ça s’est fait grâce aux collaborations, aux concerts…

Pour revenir sur le fait qu’il y ait moins d’argent en Belgique, comment vous faites pour vivre du rap ? Qu’est-ce qui rapporte dans le rap aujourd’hui : les T-shirts, les lives, les projets ?

JeanJass : On ne vit absolument pas du rap

Lomepal (à voix basse, en riant) : Faut pas le dire

Vous brisez une certaine vision du rap là…

Caballero : En soi il y a de l’argent à faire, mais faut charbonner. C’est comme un travail, tous les jours tu te lèves tôt. Tu dois aller chercher des concerts, des concepts, répéter à fond pour que le live soit excellent, tout donner là-dedans. Peu importe la qualité de la salle, peu importe l’accueil du public, faut le faire comme si c’était le Stade de France à chaque fois. Et là il y a de l’argent qui rentre. Après tu n’es pas P Diddy c’est clair. C’est les concerts et les T-shirts qui te permettent le plus de gagner de l’argent, la vente de CD ne rapporte strictement rien, ou très peu.

Pourquoi, les prix sont trop élevés pour presser des CD, une question de distribution… ?

Lomepal : Non, ce n’est pas la distribution le problème, en tant qu’indé on touche beaucoup plus que si on était sur un label.

Caballero : Déjà il y a moins d’argent en général dans le monde de la musique, et après par rapport à ce qu’on fait, nous en tant que belges – probablement encore plus que Lomepal – il y a énormément de personnes qui rappent et qui veulent se démarquer.

Le monde du rap très compétitif ce n’est pas juste un mythe, c’est votre quotidien ?

JeanJass: Ce n’est pas forcément une compétition, comme l’a dit Caba, il faut le faire comme un boulot, c’est ta passion mais tous les jours tu dois travailler sur un clip, sur un morceau, sur un texte, faut vraiment taffer tous les jours.

A force, vous avez dû vous constituer un réseau, non ?

Caballero : La phrase qui nous résume c’est « Lentement mais surement » pour l’instant. Lentement mais de mieux en mieux, donc ça donne envie de continuer, forcément.

C’est à partir de quel moment que vous avez décidé de tout consacrer au rap, et d’abandonner tout ce que vous vouliez faire d’autre ?

Caballero : Moi le singe fume sa cigarette.

Tu t’es dis que tu avais atteint un palier qui te permettait de tout consacrer au rap ?

Caballero : Non pas forcément, c’est juste que j’ai voulu tester.

Lomepal : Moi c’était un peu plus tard, car j’étais en cours à ce moment là. Cab aussi, mais il a arrêté avant moi.

T’étais en cours de quoi ?

Lomepal : De montage / graphisme, et Caba était en graphisme pur. Du coup je me suis vraiment lancé à fond dans le rap un peu après le Singe, c’était quand le morceau «Les battements » est sorti. J’ai rencontré mon manager à ce moment là, et plein de connections se sont faites, le clip tournait super bien, le projet s’est bien vendu, et je me suis dit « va-y, à partir de ce moment là je tente ».

Juste pour savoir, c’est dans le cadre de tes études que tu as rencontré les gars de l’Ordre Collectif (NDLR : collectif à l’origine de beaucoup de clips de Lomepal, notamment La Marelle) ?

Lomepal : Non pas du tout, c’est eux qui m’ont contacté et on s’est bien entendu. Du coup je travaille avec eux mais pas exclusivement sur mes clips, par exemple le morceau « Relax » de Caba sur une instru de JeanJass, c’est moi qui l’ai réalisé avec un membre de l’Ordre Collectif.

Pour revenir sur un sujet très classique, vos influences, plus précisement est-ce que vous avez des influences en rap français sur lesquelles vous êtes tous d’accord ?

Lomepal : La plupart sont nos amis en fait

Caballero : Nekfeu, Alpha Wann, Espiem pour ma part

Lomepal : En fait on les écoute et on ne se dit pas « ouais je suis influencé », mais vu que je les écoute c’est sûr qu’ils m’apportent quelque chose.

Surtout que vous vous êtes retrouvés sur pas mal de choses, je pense notamment aux Grünt

Lomepal : Ouais enfin on se connaît depuis bien avant les Grünt

JeanJass : Fixpen Sill aussi, Hamza

Lomepal : Moi j’aime beaucoup PNL même si ça n’a rien à voir avec ce que je ferais.

Mais est-ce que vous n’avez pas non plus des influences américaines qui vous paraissent évidentes ? On pense surtout à toi JeanJass, c’est quelque chose que tu as toujours revendiqué, notamment dans tes textes

JeanJass : Ça me fait plaisir que tu dises qu’il y a un peu d’Amérique dans ma musique. C’est ma première source d’inspiration. Vu que je fais de la production en plus, les Américains ont toujours fourni plus de qualité que les Français, même si il y a des trucs très chauds qui se font chez les Français. Mais ouais j’écoute principalement du rap US. Même en flow, je suis beaucoup plus impressionné par l’anglais rappé que le français rappé, même si en France, pareil que pour les prods, il y a des choses excellentes.

Tu écoutes quoi en ce moment par exemple ?

JeanJass : L’album de Freddie Gibbs qui arrive. Dans un autre genre, j’apprécie beaucoup ce que propose Post Malone, ou le dernier Drake.

Au niveau de Post Malone, c’est des sonorités que tu souhaiterais ramener en France et en Belgique ?

JeanJass : Avant tout, ça existe déjà

Lomepal : Je pense qu’on ne pense pas à ramener ça, c’est juste que si c’est un style qu’on aime bien alors on va le faire aussi parce qu’on a pas de raison de se priver. On part vraiment sur le principe que l’on fait ce que l’on aime, et que si quelque chose nous plaît du jour au lendemain, ce n’est pas parce que l’on a retourné notre veste ou que notre carrière prend un tournant. On continue avec la même démarche mais si quelque chose nous plait on va le faire.

JeanJass : C’est important de savoir maitriser le plus de choses possible aussi.

Quelle a été ta première démarche : le rap ou la production ?

JeanJass : J’ai rappé bien avant de produire. Je me considère plus comme un MC qui fait du beatmaking que l’inverse.

Lomepal et Caba, la production vous n’avez jamais essayé ?

Caballero : Non jamais.

Vous avez pas mal collaboré, que ça soit à trois ou dans le cadre de « A notre tour », notamment à Dour. C’est quoi la suite de ce collectif ? J’imagine que ça doit être assez compliqué de se réunir tous ensemble ?

Caballero: C’est très compliqué ouais.

Et vous l’aviez composé comment ?

Caballero: Très naturellement.

Lomepal : On s’est enfermé tous ensemble dans une maison une semaine, et on a tout fait.

JeanJass : On a fait 17 morceaux et on en a gardé 12 je crois.

Je n’avais pas vu le live à Dour de « A notre tour » mais ça se présentait comment, que des morceaux de ce projet ?

Lomepal : Non

Caballero : Il y avait des morceaux de chaque collectif, des morceaux de « A notre tour » ensemble.

Lomepal : On n’avait pas fait assez de promotion autour du projet pour pouvoir faire un live entièrement autour de celui-ci. On a dû faire 20% du projet et le reste on a fait des classiques de chaque entité.

Un autre artiste avec qui tu as collaboré Lomepal c’est Stwo, qui aujourd’hui a pas mal percé en étant signé chez OVO. Vous vous êtes rencontrés comment ?

Lomepal : En fait je l’ai rencontré par Jean, qui gère le Grünt. Il le connaissait à l’époque car il l’avait mis en avant sur Nova et ils s’entendaient bien. Moi je venais de découvrir ce que faisait Stwo, j’aimais beaucoup, donc j’ai demandé à Jean s’il pouvait nous mettre en contact. De son côté Stwo écoutait déjà ce que je faisais, il avait écouté le Singe fume sa cigarette, du coup c’était parfait.

Toi et JeanJass venez de jouer un inédit ce soir. En même temps tu as annoncé un album il y a pas longtemps. Il sort bientôt ? Ce morceau est dessus ?

Lomepal : Pour l’album je suis en plein processus de création, il n’y a rien de structuré, je suis sur pas mal de pistes en même temps et je ne sais pas ce que je vais garder. Le morceau avec Jass on l’a fait en Janvier dernier donc il y a assez longtemps, mais on l’aime tous les deux beaucoup donc il va se retrouver soit sur un projet à lui soit sur un projet à moi.

Histoire de bien finir cette interview : vous vous voyez où dans 10 ans ? C’est quoi votre rêve ?

Caballero : Moi je me vois dans un endroit de rêve (rires). Honnêtement je ne souhaite que le meilleur pour moi, donc ouais j’espère être dans un endroit avec beaucoup de confort, ne pas avoir à m’en faire.

Lomepal : J’espère être riche (rires). En vrai ouais j’aimerais bien avoir de l’argent, car j’ai des tonnes de projets et ils ne se feront qu’avec de l’argent. Et je me vois à l’étranger, j’ai vraiment le projet de me dépayser pendant longtemps, genre une dizaine d’années. En tout cas je me vois pas finir ma vie en Europe, je suis trop curieux, j’ai trop envie de bouger.

JeanJass : Moi j’espère encore faire de la musique. En vrai je me vois dans le meilleur studio du monde. Et je l’aurais construit moi-même.

Merci beaucoup et bonne continuation à tous les trois.

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