Je suis allé manger (gratuitement) au salon de l’Agriculture

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Cet article aurait pu se placer directement dans la rubrique {bons plans} – rubrique qui n’existe pas d’ailleurs. Je sais aussi que lorsque cet article sortira sur votre site préféré, il n’aura plus aucune valeur car le salon aura clos ses portes. Mais retenez bien ce conseil l’année prochaine si vous êtes sur Paris cette semaine-là : allez faire un tour du côté du Salon de l’Agriculture.

Vendredi, je me suis donc préparé en vue d’aller au Salon, ça tombait bien car je n’avais plus rien dans le frigo. En dépassant les portes du Salon j’ai remarqué que je n’avais aucune idée de ce que j’allais pouvoir trouver ici. Les seules images que j’avais du Salon, c’étaient celles de Jacques Chirac serrant des mains aux agriculteurs et caressant des vaches.
Me voilà flânant à travers les allées en regardant ces magnifiques animaux – j’oublie la raison première de ma venue. J’aurais pu titrer cet article Ce que la vue des porcs m’a appris sur les Hommes mais cela aurait été injuste. Si bien sûr le manque de tenue est flagrant, qu’importe l’âge chacun chercHE à caresser les animaux. Cela reflète une réalité et notre rapport à la nature. Nous, citadins, nous ne voyons jamais un animal sauf bien sûr en steak ou en saucisson, cela ne peut que nous étonner de voir la même bestiole vivante. En fait nous agissons avec ces animaux comme si nous voyions un animal exotique venu de très loin. Le Salon est un zoo rural. D’ailleurs, le bœuf est bien différent en vrai que dans notre assiette et je pense que peu sont ceux qui abattraient un animal avec une frimousse si rigolote pour le manger. La vie est ainsi faite, voir de la viande sous vide ne nous fait en rien culpabiliser et puis – avouons-le – le goût est si bon.
Je me suis perdu à admirer les porcs. Ces animaux ont tout pour eux, ils dorment d’un sommeil de roi, mangent – les plus chanceux sont nourris aux glands – boivent, n’ont pas besoin de se déplacer pour faire leurs besoin – en fait cela n’est peut-être pas si merveilleux à la longue –, certains ont des noms originaux – mention spéciale au porc cul noir du Limousin – et finissent par donner une viande délicieuse qu’importe la partie du corps que l’on découpe.
En plus de nourrir les jeunes hommes affamés, le Salon a ceci de génial : faire découvrir à des enfants le monde rural, quel émerveillement pour un enfant de voir un bovin d’une tonne six ou une portée de porcins accrochés aux mamelles de leur mère. A la bouille de ces animaux une idée germe peu à peu : devenir végétarien. Heureusement, pour l’article, l’idée est balayée à la vue du premier sandwich qui passe ; et je reprends ma délicate marche vers mon but.

Une fois passé le hall des animaux je me dirige à grands pas vers le hall des régions, le but de ma visite. Manger gratuitement n’est pas aussi facile que vous pouvez l’imaginer, il ne suffit pas de tendre la main et d’attraper tout ce qui passe. Les plus doués le savent et ont déjà un discours affuté suivant ce dont ils veulent se goinfrer. Si vous voulez savoir si la personne à côté de vous s’y connaît en pâtisserie bretonne ou en charcuterie corse il suffit de tendre l’oreille. L’utilisation de mots techniques et passepartouts tels que « fermage » ou « salaison » doit vous mettre la puce à l’oreille : vous avez affaire à un pique-assiette professionnel. Moi, jeune, sans un sou, avec ma veste Nike, j’ai l’air d’un pique-assiette et les personnes qui tiennent des stands les repèrent facilement. Je vais donc devoir lutter contre ce préjugé. Voici mes conseils si vous voulez en faire de même.

Soyez patient. Les offres les plus intéressantes viennent des stands qui valorisent leur produit en les cuisinant. Il faut donc être patient et chanceux. Il faut tomber au bon moment sur le bon stand, le stand où un chef cuisinier prépare un petit plat avec de bons produits. Il y en a pour tout le monde mais si vous voulez être sûr d’avoir droit à votre part il faut venir plutôt en avance et bien se faire voir du représentant, il sera d’autant plus généreux. À noter que ce genre de stands attire le plus grand nombre de pique-assiettes, d’où ma présence, il faudra donc faire attention à ne pas se faire voler sa place et son dû.
Soyez indulgent. Ce Salon est comme n’importe quelle foire de villes, en immense. L’essentiel est de copiner avec les personnes qui tiennent les stands. Pour ce faire rien de mieux qu’être capable de parler du produit et de tenir une conversation avec cet amoureux de sa région. Plus longtemps vous serez capable de discuter avec lui, plus vous aurez de chances de goûter aux délices qu’il vend. N’hésitez pas à rire aux éclats si vous entendez une blague douteuse, c’est toujours un plus. Il faut surtout être capable de prendre sur soi. J’avoue que lorsqu’une gentille dame de la région Paca osa cette blague « attention aujourd’hui vous allez goûter le loup (en parlant du poisson) eh non je ne vous parle pas du loup garou mais bien d’un poisson » au bout de la troisième fois je me suis demandé si le jeu en valait la chandelle.
Ayez l’œil. Afin d’éviter de devoir tenir la jambe aux commerçants ou de perdre une occasion de manger un délicieux foie gras il faut avoir l’œil vif. Il faut repérer les clients potentiels ou bien les visiteurs suffisamment à même de demander à goûter. La technique est simple : il suffit alors de se rapprocher et d’attendre – le graal est proche – que ces derniers soient servis et vous n’aurez plus qu’à goûter par vous mêmes.
Si la faim vous tiraille je ne saurais trop vous conseillez d’aller vers les stands des marques. Il est assez horrifiant de voir des marques telles que McDonald’s – qui n’offre rien je précise – Lidl, Ebly s’afficher aux côtés du monde paysan quand on sait la politique de ces enseignes. Quoique McDo a ceci d’ambigu que l’enseigne possède une certaine légitimité. Passons, les marques ont ceci de non négligeable : elles offrent. Ici, vous pouvez vous goinfrer sans culpabilité. Je remercie encore Lidl pour m’avoir proposé un saucisson sec encore mou et du jambon de pays sans saveur après avoir eu la chance de goûter du jambon basque.
Durant ce périple j’ai remarqué que la société française avait eu un fort impact sur ma façon d’être. Je suis bien trop gêné pour me servir à nouveau lorsque les regards sont tournés vers moi, ni même demander à goûter sans me sentir obligé d’entamer la conversation. J’ai également compris pourquoi Jacques Chirac se plaisait tant à venir chaque année – on y mange bien.

Durant ce périple la tentation de succomber au délice d’un sandwich au jambon basque, au foie gras cuit, à une crêpe bretonne ou à n’importe quel délice issu de nos régions est immense. J’ai moi-même craqué et me suis offert un délice de pâtisserie portugaise nommé Pasteis de Nata. J’invite donc tous les boulimiques à éviter ce Salon au risque de faire une crise et de se retrouver endettés pour les dix prochaines années.

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