James Carr

Lorsqu’on parle de soul, généralement l’ombre de quelques mastodontes écrasent tout le reste. Bien sûr, ces géants imposés méritent ce statut; Otis Redding et Marvin Gaye c’est très bon point barre. Cependant, d’innombrables labels obscurs ont également produit des choses fantastiques mais mal distribuées.

Ca vaut d’autant plus le coup de redécouvrir ces pépites oubliées qu’aujourd’hui, on n’a plus grand chose à se mettre sous la dent dans ce domaine, Gnarls Barkley et Amy la droguée mis à part. Dans le rayon “artistes cultes de la soul”, James Carr c’est le graal absolu, la pierre de rosette, le nec plus ultra. J’entends les sceptiques: “ben pourquoi qu’il est pas connu alors ?”.Hé bien le pauvre homme était fou (il avait plus exactement un “désordre bipolaire”, veillons à ne stigmatiser personne). Une plaie qui lui coûtera sa carrière et transformait, dans ses mauvais jours, les sessions d’enregistrement en un véritable calvaire.

Malgré la maladie, son premier album, you got my mind messed up, réussit à s’installer confortablement dans les charts R&B de 1967 grâce notamment à the dark end of the street, récit douloureux d’un amour adultérin: un des plus grands morceaux soul jamais entendus. Ecoutez ça, ça donnera tout de suite un peu de cachet à une déprime passagère. Carr ne retrouvera pas les sommets himalayens de ce morceau (ni lui ni personne d’autre d’ailleurs) mais livrera pour le modeste label Goldwax de plus que délectables moments de soul. Ses deux albums (parfaitement réédités chez Kent) constituent un répertoire restreint (50 titres à tout péter) mais invariablement génial, que Carr se transforme en soul pleureur (très douteux ce jeu de mots) sur life turned her that way, these ain’t raindrops, search your heart et son final en apothéose, qu’il rayonne dans son désespoir (pouring water on a browning manI sowed love and reaped a heartache, lucky loser) ou qu’il se remémore sa jeunesse sur des titres gospel (to love somebody des Bee Gees, let it happen). Sans rival dans le registre “ballade soul qui fait chialer”, Carr est aussi un expert des up-tempo qui bottent le cul (le génial losing gamesock it to me baby, le langoureux et blues you don’t want me), lorgnant même parfois vers le punk (stronger than lovelove is a beautiful thing, who’s been warming my oven). Sa voix caverneuse et implorante transforme tout en or, et même une reprise étonnante, tendre et belle à pleurer du ring of fire de Johnny Cash.

Certains esprits chagrins déploreront une proximité vocale trop grande avec le bon Otis. James s’approprie bien certains de ses tics (you got to…you got to got to got to, ce genre de choses) mais après avoir écouté ça, le doute n’est plus permis: James enterre Otis. Mais l’histoire est à peine commencé que c’est déjà la fin. Carr présente des signes de plus en plus préoccupants de déséquilibre mental (aggravés par une consommation immodérée de joints ). Après une tentative de come-back désastreuse (lors d’une date au japon, Carr, apparement bourré d’anti-dépresseurs se fige devant l’audience, incapable de sortir le moindre son) et deux albums anecdotiques sortis en 1991 et 1994, Carr s’éteint dans l’indifférence générale en 2003 alors que des “greatest hits” de Lionel Richie (beuh) ou Seal (re-beuh) se vendent par camions entiers. Va comprendre…

A écouter également : a man needs a woman (idéale pour sortir du métro), le feministe you gotta have soul, row row your boat, you got my mind messed up, dixie belle…Vous avez tout écouté? Bien. C’est le moment d’un petit tour sur Amazon.

Vianney G.

Catégories : Découvertes

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