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Comment écrire sur un artiste pour lequel on ne possède aucune information ? C’est ce que je vais tenter de faire ici en vous parlant de mon ami Jacob B. Ce jeune producteur de seulement 23 ans a enfin résolu le conflit intérieur qui m’habitait depuis maintenant plusieurs années : la house et la techno sont-elles des catégories totalement distinctes ? Pourquoi doit-il toujours y avoir une scène techno et une autre house ? N’est-il pas possible d’associer les deux ?
La réponse a cette question est toute simple : il n’y a pas de catégories, pas de limitation et tout est conciliable. Pourquoi cantonner un artiste à un genre parce que sa musique est proche de celle de tel ou tel autre ? Chaque artiste évolue dans sa propre direction avec sa propre sensibilité musicale et de fait ne peut donc être rangé dans un « tiroir ». Nombreux sont ceux dont les productions flottent entre plusieurs styles différents, créant ainsi des passerelles et décloisonnant la musique.

Et il m’aura fallu longtemps pour trouver parmi eux celui qui associe avec brio la house et les sonorités sombres et industrielles de la techno.

Du fond de sa campagne polonaise, Kuba Biedrzycki aka Jacob B est un féru passionné de house et de garage britannique. Ses influences sont d’abord soul et disco, il écoute dans sa jeunesse des artistes comme Love Comittee, Hamilton Bohannon, D Train ou encore Yello.

S’il vous plait, en tant que mélomanes qui se respectent, faites moi le plaisir d’écouter tous les morceaux qui suivent au casque ou sur un soundsystem correct, cet article perdrait tout son sens si vous ne pouviez appréhender ceux-ci dans leur entièreté. 

 

Plus tard il découvre l’Angleterre, la UK garage house et ses sonorités si particulières qui le poussent peu à peu à s’intéresser à la production.
La UK garage house ou speed garage est la version anglaise de la garage house née au début des années 90 ; elle est caractérisée par une vitesse accrue autour de 130 bpm, des high-hats (cymbales) dansantes qui sonnent comme la respiration de quelqu’un d’essoufflé, des snares (caisse claire) au rythme saccadé et haché retombant toujours sur le premier temps de chaque mesure et l’utilisation –presque abusive- du sampling (voix féminines et masculines, bruitages, …) Parmi les artistes phares du genre on compte Double 99, Northbank , Mr Spring ou encore 187 Lockdown.

On retrouve dans les premières productions musicales de Kuba, notamment You Give Good love (Deep Sh*t EP) beaucoup d’éléments de Gunman. Les high-hats dansantes, la ligne de basse quasi-identique, les nappes crées par des synthétiseurs et le sampling (sirènes de police, bruits de pistolets pour Gunman / voix de foule, enregistrement analogue d’une batterie, chanteuse féminine pour You Give Good Love). Le rythme se fait toutefois plus lent autour de 122bpm ce qui l’empêche indéniablement d’être qualifiée de speed garage et qui dénote de ses influences deep-house.

La deep-house est de fait l’un des genres musicaux ayant influencé la création musicale de Kuba dès ses débuts. Sous genre de la house music, née dans les années 90 alors que house music était un terme beaucoup trop générique pour décrire le flots de productions diverses et variées de l’époque. Il se veut une fusion d’éléments jazz-funk, de soul et de percussions africaines et se caractérise alors par une musique très mélodique avec beaucoup de chants et d’instruments acoustiques, à rendre heureux un endeuillé et faire danser le plus empoté d’entre vous ! Marshall Jefferson en est l’un des acteurs principaux du genre et vous connaitrez sûrement un des morceaux qui ont fait sa célébrité : Move Your Body.

Avec le temps le genre évolue, les sonorités se font aujourd’hui plus « espacées » avec moins de vocaux, des tonalités plus profondes, des accords lourds d’orgue et des synthés hypnotiques. Pour vous donner une idée, une track suave et mélodieuse de Kassem Mosse.

Kuba pique donc dans cette musique son coté « lourd » et ténu ainsi que ses sonorités métalliques. De cette fusion avec ses influences garage naquit son EP Wroclaw, du nom de sa ville natale. Le timbre se fait plus underground, plus sombre et s’éloigne déjà des classiques garage. On est encore une fois impressionné par son sens rythmique notamment avec Worclaw Imagination, une bombe sonore qui mêle calme et tempête tout en gardant toujours ce côté épuré et saccadé, avec des « nappes » synthétiques tout droit issues de la deephouse, des high-hats dansantes et le sampling (toujours plus !) de voix masculines.

La dernière grande influence musicale de Kuba se devait d’être la techno. Il y pique l’utilisation de la reverb (effet d’echo), le travail effectué sur le kick pour le rendre plus « plein » et l’aspect noir, agressif presque dans l’esprit rave. De cette dernière rencontre ressort un track qui est pour moi un chef d’œuvre musical et rythmique dont jamais je ne pourrai me lasser (à écouter et partager). Elle incarne le parfait juste milieu entre techno et house dont je parlais au début de cet article ce qui la rend totalement inclassifiable.


Je m’arrêterai ici par peur de me répéter et que cet article finisse par ressembler à un catalogue musical promotionnel. S’il ne fallait retenir qu’une chose, c’est que Jacob B est un avant-gardiste qui brise les genres et ne cessera de nous étonner qu’après sa mort. Je ne saurai vous conseiller que d’aller écouter toute sa discographie qui ne laisse pas de place à la médiocrité, chaque morceau étant capable de retourner le dancefloor après seulement quelques secondes. Ca « boom », ça « tchak », ça « clap » et on en redemande toujours plus !

 

Eudes

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