Inventer le disquaire gratuit

disquaire

Avant-propos. Il ne faut pas confondre la gratuité et le don. Le gratuit est une notion nécessairement économique, le gratuit fait référence à l’échange, plus précisément à l’absence de contrepartie (pécuniaire ou non) dans un échange. Le gratuit n’est donc pas une action mais un moyen par lequel l’action se passe: le gratuit est un instrument. À l’inverse, le don est une action en soi, celle d’offrir quelque chose à quelqu’un de manière désintéressé. Le don n’admet pas de réciprocité, le don nie l’échange : il est un échange à sens unique, il n’est donc pas un échange.
Parler de disquaire gratuit ne fait pas référence à un illuminé qui offrirait sa collection aux premiers venus mais s’inscrit dans une réflexion économique sur la possibilité de faire évoluer le modèle économique actuel.
J’ajouterai que le titre de l’article est trompeur – c’était pour vous attirer – je m’en excuse. Vous futurs clients de ce disquaire futuriste vous devrez malgré tout mettre la main à la poche, mais rassurez-vous il ne s’agira que d’une faible cotisation de votre part ; la majorité des revenus du magasin n’étant pas assuré par le consommateur final.

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Les trois commandements à l’attention de ceux qui veulent ouvrir un shop novateur.

Un abonnement tu créeras
Toi, futur client de ce disquaire, tu devras t’acquitter d’une faible cotisation afin de pouvoir pénétrer l’enceinte de l’enseigne. En tant qu’adhérent tu auras donc le droit à un nombre limité mais suffisant de galettes par mois. En contrepartie, toi – disquaire novateur – tu devras étoffer ton offre autour de la musique pour assurer un service de qualité à tes clients. Ici à chacun selon ses envies, il est possible d’imaginer l’aménagement d’un coin détente dans ton shop où seraient mis à des dispositions des vieux fanzines d’époque, offrir une sélection musicale hebdomadaire à tes adhérents etc…

L’espace tu loueras
Pour parvenir à cela il faut que le shop parvienne à une certaine notoriété grâce à sa popularité qui lui permettra de monétiser sa clientèle auprès des acteurs de l’industrie musicale. Le magasin de disque deviendrait une vitrine promotionnelle pour les labels, les labels loueraient un espace du rayon pour mettre en avant certains artistes. Bien sûr, toi, futur disquaire, tu ne te prostitueras point face à la monnaie et tu conserveras la main sur les artistes que tu exposeras car une sélection de qualité est au disquaire ce que Lunatic est au rap français : essentiel. A ceux qui pensent que cela est la porte ouverte à David Guetta et aux majors, je répondrai que les grandes maisons de disque se font suffisamment d’argent à travers leur réseau de distribution institutionnel pour ne pas avoir besoin d’investir dans une structure de distribution novatrice.
Toi – disquaire – tu pourras également promouvoir certains événements dans ton shop et monétiser ta clientèle en prélevant une commission sur la vente des billets par exemple.

L’information tu vendras
L’information est le pétrole du XXIème siècle. L’industrie musicale est prête à tout pour savoir les nouvelles tendances, surtout à payer. Ton shop sera donc la fenêtre sur le futur. La gratuité des vinyles, l’offre différente d’ailleurs du fait de la mise à disposition de la part des labels d’artistes à promouvoir (et donc pour l’instant peu connus) font de ton magasin de disque un terreau propice d’où émergera les nouvelles tendances. Tu pourras donc vendre une base de données des artistes, des courants musicaux en vogue etc… auprès de ceux que ça intéresse et ils sont nombreux.
Tu pourrais aller plus loin en transformant tes clients en sondés et en leur soumettant des sondages que tu revendras au plus offrant mais ce serait transformer le métier de disquaire en celui de sondeur…

Post-Scriptum: Si cet article – je ne me fais aucune illusion mes espoirs sont bien minces – a réveillé chez l’un d’entre vous l’idée d’entreprendre j’en serais ravi !

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