Interview: Octave One

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Si l’Olympe était une rave, Octave One serait un dieu.

Les frères Burden aka Octave One, font partie des plus grands producteurs de musique électronique du monde. De leur début à Détroit, au hit Black Water, jusqu’à leur dernier album Love by machine, on a discuté des moments marquant de leurs vies, de leurs prods et de leurs ressentis sur scène :

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Version Française   (English version below)

La Nordisque : Salut les gars, bienvenue à Lille. C’est bien la première fois que vous venez jouer ici, pas vrai?

Lawrence : Oui!

Lenny : Oui, je crois bien que c’est la première fois.

LN : Vous aimez bien la France?

Lawrence : On adore la France. On passe beaucoup de temps en France, dans plein de villes. C’est la première fois qu’on vient dans celle-ci, donc on a hâte de découvrir le public.

LN : On aimerait savoir comment les gens réagissent à vos lives en général? Est-ce qu’il y a des différences majeures entre le public américain et européen?

Lenny : On joue beaucoup en Europe en fait. Il y a des différences c’est sûr. Le truc avec les États-Unis, et que beaucoup de gens ont du mal à comprendre, c’est que chaque État fédéral est comme un pays à part entière. Un peu comme en Europe, chaque État a son ambiance. Ça dépend de où l’on joue aux États-Unis. Si on joue à Détroit bien sûr le public est super, parce que c’est là que la techno est née, donc les gens ont une riche histoire de musique électronique underground. Dans beaucoup de coins des US les gens n’ont pas cette culture, ils n’y ont pas été autant exposés, et donc les réactions sont différentes. La plupart des endroits où l’on joue en Europe, surtout les endroits où l’on joue souvent, les gens connaissent notre musique, on joue des sons qu’ils connaissent, ils y réagissent, ils chantent même en cœur avec les sons qui ont des paroles. Aux US, selon l’État où l’on joue, on peut avoir des réactions similaires, ou ça peut être la première fois qu’ils découvrent notre musique. En fait ça dépend vraiment de la ville, de l’État, les réactions sont très différentes.

LN : Quel est le public qui réagit le plus en Europe selon vous?

Lenny : Une fois de plus, ça dépend vraiment de l’endroit où on joue. On a beaucoup joué en France, donc bien sûr on a des super réactions. Paris en particulier. Ça dépend aussi des boites en Europe. On a beaucoup joué en Espagne aussi.

Lawrence : Et en Italie. Dans la majorité des endroits où l’on joue, on obtient la réponse que l’on cherche, voire plus. C’est presque déstabilisant parfois, on est surpris que les gens connaissent si bien certaines de nos musiques. En tout cas ça nous fait très plaisir de recevoir autant de réactions positives.

Lenny : Carrément. Depuis trois quatre ans, on a fait beaucoup de salles combles. On sent qu’il y a beaucoup de dynamisme dans la techno underground en ce moment. On surfe sur cette vague, on se laisse porter. Et oui, les réactions sont super, c’est comme les générations s’étaient interverties, et je pense que celle-ci est prête pour des sons beaucoup plus funky. C’est là qu’on a notre place, dans le melting pot de la musique underground.

LN : Est-ce que l’avis des gens est important pour vous? C’est une forme de validation d’avoir autant de réactions positives?

Lenny : On ne cherche pas forcément une forme de validation, mais on essaie toujours d’avoir des réactions. Quand on créé quelque chose, on essaie d’évoquer des émotions chez les gens, la joie, la peur, la colère… Ça dépend aussi de ce que l’on met dans nos morceaux. C’est pour ça qu’on écrit et qu’on joue de la musique, pas pour que les gens restent plantés là, totalement indifférents. La musique c’est avant tout la “bande-son” de nos vies.

Lawrence : C’est un échange, je te donne quelque chose, tu me renvoies quelque chose d’autre, et ainsi de suite. Surtout en live.

LN : Etes-vous stressés avant de rentrer sur scène, surtout si vous faites un nouveau live, comme ce soir?

Lawrence : C’est toujours un peu stressant, tu trembles un peu, t’as la bougeotte, des trucs comme ça. On essaie de se relaxer avant, de se vider l’esprit juste avant de commencer. Si t’as pas un peu le trac, c’est qu’il y a un truc qui ne va pas.

Lenny : Surtout avec toutes ces machines, il y a plein de choses qui peuvent foirer. C’est pour ça que c’est important de se vider l’esprit avant, comme ça quand tu lances le live tu peux réagir à quelque chose qui ne va pas, le corriger. Même si tout va bien, il y a encore plein de variables à prendre en compte. Je ne sais pas ce qu’il en est pour les sets sur ordi, mais dans notre cas, cela requiert énormément de concentration. C’est vraiment une expérience unique.

LN : La préparation pour un nouveau live est différente ou vous le faites juste comme n’importe quelle autre date ?

Lenny : En fait chaque soir est différent, un show « normal » ça n’existe pas.

Lawrence : On ne sait pas vraiment ce qu’on va faire à l’avance. Entre nous c’est beaucoup d’improvisation, Lenny va jouer quelque chose, on va voir comment la foule réagit et moi je vais répondre en fonction de ça. Je ne sais pas à l’avance ce qu’il va faire et vice versa et avec un peu de chance une osmose se créera et ça sera un succès.

Mais on mixe ensemble depuis tellement longtemps que chacun connaît l’autre sans avoir besoin de communiquer. Donc il n’y a pas de préparation particulière puisque chaque nuit est différente.

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Lenny : C’est d’ailleurs pour ça que certaines personnes viennent nous voir plusieurs fois, ça n’est jamais la même chose. Même pour nous c’est impossible de faire deux fois la même chose, comme on ne sait pas à l’avance ce qu’on va faire, on finit par faire quelque chose qu’on ne pourra pas reproduire.

Lawrence : D’ailleurs il y a des choses qu’on aimerait reproduire (rires) et on pense : “C’était super ça, on devrait le refaire, mais c’était quoi déjà ?”.

Lenny : Parfois un mec l’a enregistré quelque part ou l’a mis sur Youtube et du coup on regarde et on se dit “ahh alors ça rendait comme ça notre show”. Sur le coup on n’arrive pas a se rendre compte de ce qu’on fait.

Mais c’est ce côté unique qui est génial. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on fait ça. T’es debout devant la foule, tu joues, on veut partager quelques chose avec cette foule, on réagit en fonction du public et chaque public est diffèrent, donc tu ne réagis jamais pareil.

LN : Donc il n’y pas d’ordre précis dans vos sets ?

Lenny : Non, en général il y a quelques tracks avec lesquelles j’aime bien commencer le set parce que ça nous donne le temps d’ajuster le son, de tout réajuster. À partir de là tu te laisses porter.

Lawrence : Oui j’allais dire environ 3 sons. Les deux premières tu remets tout en ordre, surtout si le DJ avant toi a fait n’importe quoi!

Lenny : Beaucoup trop de basses!

Lawrence : Du grand n’importe quoi (rires)!

LN : Vous dites que parfois vous produisez une track en pensant que c’est un chef d’œuvre, et en revenant dessus plus tard vous ne l’aimez plus. Il y a-t-il une release que vous regrettez ?

Lawrence : Pas nécessairement, parce qu’il y a 5 frères Burden, et si tout le monde n’est pas d’accord sur une des chansons, alors elle ne sortira pas du studio. Parfois l’un de nous est en train de produire en disant “Oh cette track est géniale”, à ce moment-là un frère arrive et lui balance “C’est horrible ! Qu’est-ce que c’est que ça ?”, c’est terrible quand ça t’arrives. Tout ce que je sais c’est que celles qui sont sorties ont toutes eu notre accord et ce n’est pas facile.

Lenny : Évidemment il y aura toujours des petits détails à changer. Au moment où tu écoutes la version finale, tu vas sûrement regretter de ne pas avoir ajouté des hi-hats, ou tu aurais dû changer un peu le kick, mais bon ça fait partie de la musique. On n’a jamais produit un album parfait, et on n’en produira jamais un. Mais il n’y a pas un album que nous regrettons d’avoir produit, tout simplement parce qu’il y a tous ces filtres, le plus grand critique d’Octave One est Octave One. Quand on sort un titre, c’est une représentation du groupe et pas seulement nous qui publions un enregistrement. On laisse les gens entrer chez nous, c’est personnel.

LN : Blackwater est probablement votre plus gros tube. Lorsque que vous l’avez composé vous attendiez-vous à un tel succès ?

Lawrence : Pas du tout! C’est vrai qu’avec certains sons on sent bien qu’il y a quelque chose de différent. Celui-là nous a fait une sensation particulière, mais on ne savait pas qu’il allait donner ça. On l’a produit parce qu’on l’aimait, on ne savait pas pourquoi on l’aimait, pourquoi il était différent. Et heureusement les gens l’ont autant aimé que nous. Mais c’est arrivé progressivement.

Lenny : Quand il est sorti, il s’est à peine vendu. C’est un peu comme ça avec tout nos disques. Ils commencent tous doucement. Parfois ça va prendre des mois, pour Blackwater ça a pris deux ans pour qu’il marche vraiment. Sincèrement on ne savait même pas que ce morceau marchait super bien, c’est Jeff Mills qui nous l’a annoncé par téléphone. On n’y avait pas prêté attention. On fait un morceau, on le sort et après on va de l’avant. On espère que les gens vont l’aimer, et si ils l’aiment c’est cool, si ils ne l’aiment pas tant pis, on avance. On n’aurait pas pu avoir de carrière si on attendait a chaque fois en espérant que les gens aiment. Quand les gens aiment c’est super, mais on arrive pas vraiment à le prédire à l’avance.

On ne savait pas pourquoi Blackwater a autant marché, on en parlé plein de fois avec de gros producteurs. Il n’y a pas de liste d’éléments à simplement reproduire pour faire un hit.

C’est un peu la magie de la musique, tu ne peux pas précisément dire pourquoi c’est bon. Et ça devrait toujours être comme ça, ça doit être un sentiment, quelque chose qui vient de toi. On essaie de faire des morceaux intemporels.

LN : J’aurais aimé savoir pourquoi vous séparez Octave One de Random Noise Generation. Est-ce c’est parce que vous samplez ? 

Lawrence : C’est à peu près ça.

Lenny : C’est bien les samples. Lorsqu’on a commencé à faire de la techno, il y avait une frontière entre l’utilisation de samples et la création pure. Beaucoup d’artistes de Détroit avaient tendance à le faire, Carl Craig par exemple avait comme alias BFC puis Psyche. La frontière est fine mais c’est pour cela qu’on a créé Random Noise Generation. En fait au début on apprenait seulement à sampler, on venait de recevoir un vieux sampler, un Mirage. Mais on samplait mal, on coupait les vocales, les mots en plein milieu, on a un style particulier justement parce qu’on ne savait pas sampler.

LN : Vous produisez un peu séparément ou vous travaillez toujours ensemble ?

Lawrence : On fait à peu près tout ensemble, parfois c’est l’un des frères qui travaille davantage sur une track particulière mais on ne va pas la sortir sous un nom d’artiste différent parce que ça reste quand même nous.

LN : Quelle est l’ambiance dans le studio ? C’est plutôt détendu ou très sérieux ?

Lenny : On doit en profiter. Ce n’est pas du travail, on est chanceux de pouvoir en vivre, mais à l’origine c’était notre hobby. C’était ce qu’on produisait quand on rentrait de l’usine, quand on avait un moment pour décompresser on se rendait au studio. Nos 3 autres frères occupent toujours un emploi, c’est toujours un hobby pour eux. Si ça devient trop sérieux ils ne veulent plus le faire. Ce qu’on aime vraiment dans la musique c’est la création, et si on ne s’amuse plus en studio alors on arrête d’en faire.

LN : Quel était le processus créatif pour votre label 430 West Records ? C’était comment Détroit à cette époque ?

Lenny : Le nom du label vient du lieu où était notre premier studio. C’était au 430 West 8 Mile Road, à Ferndale Michigan, c’est littéralement à une rue de Detroit. À cette époque on avait besoin d’un endroit pour notre musique, donc on est venu au 430 West et on avait aussi beaucoup d’amis qui avait besoin d’un endroit ou produire leurs sons. Du coup on leur disait : “ Hey mec, viens on a un label”. A cette époque on a eu Terrence Parker, Eddie Fowlkes, et beaucoup de gens qui venaient au studio, c’était marrant.

LN : Donc c’était très créatif Detroit a cette époque.

Lawrence : Exactement. Je sais pas comment c’est aujourd’hui, mais  à l’époque il n’y avait pas grand chose à faire à Détroit, donc on passait notre temps à créer. L’art est très important à Détroit, les gens ne s’en rendent pas forcément compte. Surtout l’art underground, que ce soit des peintres ou des sculpteurs, et tout particulièrement des musiciens. On avait une communauté très étroite, et on s’inspirait toujours les uns les autres par notre travail, c’est probablement pour cela que nous avons tous produit autant de musique. “Ah mec, j’ai entendu ce que tu as fait récemment, ça m’a inspiré d’aller faire autre chose”. Ça se passait beaucoup comme ça à l’époque.

LN : C’est pour ça que la techno est devenu aussi importante à Detroit ?

Lenny : C’était une communauté. Et puis c’était tout neuf pour nous aussi. On découvrait les synthétiseurs, on découvrait ce qu’était la techno, ou en tout cas ce que nous pensions que c’était. À vrai dire, il n’y avait pas beaucoup de repères, peu de disques étaient déjà sortis, donc c’était à nous de découvrir les choses par nous-mêmes. En gros, ce que l’on faisait, c’était de prendre toutes nos influences musicales – que ce soit de la soul, du rock, de la musique classique – et de les mettre dans ces machines, qui à leur tour les réinterprétaient. C’était une période où il y avait tant qui n’avait pas encore été fait, et où chacun cherchait son propre style, son propre son, pas selon une idée préconçue de ce que devait être la Detroit techno, mais selon la vision que chaque artiste avait de son travail. Nous nous cherchions. Le plus sympa c’était la partie découverte, toutes les erreurs que l’on a fait sur le chemin, tout ce que l’on faisait mal qui est devenu juste par la suite. Par exemple, c’était nous qui ne savions pas comment enregistrer…

Lawrence : Correctement… On avait probablement notre son si particulier parce que le canal d’enregistrement était sale! (Rires)

Lenny : C’était plein d’erreurs de ce style, on en a fait plein, vous seriez surpris! À l’époque aussi, on n’avait pas Youtube où tu pouvais chercher par exemple comment faire de la techno minimale. Maintenant, il suffit de regarder sur Google. Plus encore, il n’y avait MÊME pas de techno minimale, il fallait d’abord que quelqu’un l’invente! Beaucoup d’innovation et de découverte donc, nous découvrions comment être nous-mêmes musicalement. C’est de là que vient toute la diversité de styles nés à Détroit.

Lawrence : La radio aidait beaucoup aussi. On avait un Dj local, qui s’appelait Electrifying Mojo (Charles Johnson, de l’émission Midnight Funk Association), et Mojo jouait de TOUT. Il passait du rock n’ roll, du new wave, de la deep soul, le tout dans une même émission. Et tout cela était retransmis à un auditoire urbain de Détroit, ce qui nous a beaucoup influencé, parce qu’on n’avait pas d’autre média pour nous exposer à une telle diversité musicale. Ses goûts musicaux étaient vraiment très variés. C’est en partie cela qui nous a nourri dans notre création. Il pouvait te passer du Ted Nugent par exemple, et tu pouvais finir par être influencé par ses gros riffs de guitare, et te retrouver avec une ligne de basse super aggressive sans savoir d’où ça vient, tout ça parce que tu écoutes la radio. B-52s, Barry White, Prince… C’était vraiment super varié ce qu’il passait.

Lenny : La musique n’avait pas de limites pour nous. On n’était pas freinés par les tropes d’un genre, c’était très libre. Ce qui a donné ce son unique de la Detroit techno, c’était ce processus de reinterpretation de nos influences par les machines, qui leur donnaient ce côté mécanique… De toute façon on aurait été incapables de savoir comment les rendre plus humaines! Nous laissions les machines être elles-mêmes, en s’en servant comme outil de transformation de ce que nous entendions, c’est de là que vient le genre. C’était ça le côté fun, de faire quelque chose d’entièrement neuf.

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LN : Qu’est-ce que ça vous a fait, quand vous vous êtes rendus compte que vous aviez créé quelque chose sans précédent, avec tout ce qui se passait à Détroit?

Lenny : En fait, pour nous, le but avait toujours été le produit fini, le disque vinyl. C’était vraiment notre seule aspiration. On n’avait aucune ambition de devenir de grands DJs, ou de grands numéros live.

Lawrence : On voulait juste ce morceau de vinyl.

Lenny : Et quand le disque revenait de la fabrique, et qu’on l’écoutait, c’était comme le Sacré Graal, de savoir que c’était nous là-dessus. Et du coup on en voulait plus, ça nous donnait envie de refaire des disques, c’est ce qui nous poussait à continuer.

Lawrence : C’était vraiment une sensation incroyable, tu ouvrais le paquet, et quand tu voyais apparaître le vinyle dans l’emballage c’était comme un rayon de lumière, genre “aaaaaaah”… (Rires) Et on était là à jubiler, “oui, oui, oui!”. T’avais l’odeur du vinyle tout neuf, c’était dingue!16521514_10208080501636533_1554559570_n

Lenny : Et on passait la journée à demander à tout le monde, “Vous avez entendu mon nouveau disque? Vous avez entendu mon nouveau disque?”. Et après tu veux juste en refaire un autre, et un autre, et un autre. Voilà ce qui nous motivait, pas de devenir célèbres, ou de se faire l’argent sur les ventes de disques. Il faut savoir que faire un disque à l’époque n’était pas une mince affaire, ça demandait beaucoup d’argent, beaucoup de travail, donc quand tu décidais de sortir un disque, c’était un vrai engagement. Il  ne suffisait pas comme aujourd’hui de le mettre sur Internet, sur Soundcloud par exemple, et d’espérer que quelqu’un aime ça. C’était un gros pari.

Lawrence : Pour nous à cette époque, il n’y avait pas de contrats de pressage et de distribution, notre seul contrat c’était le chèque que l’on recevait après trois semaines de galère, à récolter de l’argent par ci par là, en évaluant si l’on avait suffisamment de fonds en commun.

Lenny : Si c’était le cas, on pouvait faire presser quelques disques, et si ceux-là vendaient, et qu’avec un peu de chance tu récupérais l’argent, tu en repressait quelques-uns en plus… C’était ça le processus. C’était risqué, mais aussi très excitant! Du coup, il fallait vraiment que t’aimes ta musique, tu ne pouvais pas te permettre le moindre doute. C’était un tel engagement de sortir un disque, que ça servait de filtre. Tu avais intérêt de vraiment aimer ce que tu sortais, parce que c’était des milliers de dollars investis dans un seul disque.

LN : Pour notre part, on pense que cet objectif de sortir un vrai vinyl est encore une réalité. Nos amis qui se lancent dans la production nous le disent, c’est leur rêve de pouvoir presser leurs propres vinyles.

Qu’est-ce que vous pensez de la nouvelle génération de producteurs, ont-ils persévéré dans l’esprit dont vous êtes les pionniers, où est-ce que les mentalités ont changé?

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Lawrence : C’est plus dur pour eux je pense. À notre époque, il y avait tellement de territoire qui n’avait pas encore été exploré. Ce qu’il y avait devant nous, c’était des forêts sauvages, ça a été à nous d’y faire des allées. Aujourd’hui, la forêt est devenu un autoroute, un entrelacs de routes déjà tracées, c’est pour cela que je pense que c’est plus dur. Je suis admiratif d’une grande partie des jeunes producteurs, parce qu’ils ont ce défi d’innover dans tout ce qui a déjà été fait musicalement. Je ne pense pas que ça soit un processus aisé. Pour notre part, on est encore dans un certain espace mental quand on créé notre musique. Il y avait des clubs à Détroit où l’on adorait aller, comme The Institute, c’est pour ce genre d’endroits que l’on fait notre musique. C’était des clubs sombres, avec quelques lumières, un gros sound system, et des gens qui allaient là-bas pour dancer jusqu’à ce que le soleil se lève. On a des repères dont on peut tirer. Honnêtement, je n’image pas être un jeune producteur aujourd’hui, parce que ça doit être dur.

Lenny : C’est aussi la tentation de devenir un grand DJ mondialement connu, ou un artiste live mondialement connu, d’avoir le jet privé, tout ça… On n’avait pas tout ça nous. Il n’y avait pas d’Internet, on ne savait même pas ce qui se passait en Europe au même moment, qu’il y avait toutes ces énormes rave parties. Notre influence était un petit club à Détroit. C’était une chance incroyable de grandir dans notre petite petite bulle comme ça, et de ne pas être influencé par le miroitement de la célébrité. Aujourd’hui c’est difficile, quand tu es chez toi, en train de produire sur ton ordinateur portable, de ne pas penser “un jour je serai célèbre”, parce que comment tu peux ne pas y penser? On y est tout le temps confronté, que ce soit sur Facebook, sur Twitter… “Ce mec-là a un million de likes”, etc. “J’aimerai bien avoir quelques dates, ce mec-là en a cinquante dans son emploi du temps”… Bien sûr que c’est ce que tu veux, c’est dur de penser “je veux juste faire de la bonne musique”. C’était ça notre mentalité, on voulait juste sortir de bons disques, parce qu’on ne savait pas qu’il pouvait y avoir quelque chose derrière. Cela étant dit, il y a de très bonnes choses qui sortent en ce moment, de très bons disques. Je pense que le plus grand défi aujourd’hui est de trouver sa propre identité musicale, et de pouvoir dire “je suis le seul qui ressemble à ça”.

LN : Vous avez toujours utilisé beaucoup de matériel dans vos productions, et votre dernier album s’intitule Love By Machine. Quelle est votre relation à vos machines?

Lenny : Ne vous laissez pas tromper par le titre de l’album, qui peut sembler évident. Ce que l’on explore dans cet album et depuis un bon moment est la relation entre technologie et humanité. Encore une fois, en ce plaçant dans le point de vue que l’on avait en tant que jeune artiste, quand on se développait, tout était personnel quand on écoutait de la musique. C’était un truc communautaire, même lorsque nous nous critiquions mutuellement, c’était en face-à-face, pas par email. Ce que l’on observe maintenant, c’est que les gens commencent à se sentir bien plus connectés, alors qu’en réalité il n’en est rien. Ils pensent que parce qu’ils peuvent parler à quelqu’un qui se trouve à l’autre bout du monde sur leur ordinateur, qu’ils connaissent cette personne. Alors que c’est l’interaction personnelle entre individus qui permet de sentir ce que les gens sont en profondeur, par opposition à tous ces écrans auxquels nous sommes attachés, nos smartphones et autres appareils. On se croit plus connectés, que l’on est plus proches les uns des autres…

Lawrence : … Mais en réalité on est de plus en plus aliénés, on est de plus en plus seuls. En ce moment, on est ensemble, assis, en train de discuter. Plein de gens ne font plus ça, ils sont assis avec leurs ordinateurs et leurs téléphones, ils s’envoient des messages à travers la même pièce!

Lenny : Love By Machine est davantage un oxymore en réalité. On pense être plus proches grâce à la technologie, et l’expérience humaine est en train d’être bradée, d’être oubliée. Même dans les clubs, autrefois, on était tous investis dans cette experience, maintenant on le vit tous à travers un petit écran. Tout le monde filme ces jours-ci. Qui le vit vraiment? Je pense que c’est juste différent, qu’il faut qu’on réinvestisse plus l’experience humaine. Il faut la vivre dans l’instant, non pas la documenter pour la vivre plus tard. Tout est documenté maintenant : “regarde comme je m’amuse”, mais est-ce que tu t’amusais vraiment? T’étais en train de filmer. C’est une autre raison pour laquelle le Berghain à Berlin est une expérience si unique. Beaucoup de gens n’ont jamais eu l’expérience d’être dans un club, et que personne ne filme.

Lawrence : Ils n’autorisent aucun appareil photo, on te demande de garder ton téléphone dans ta poche, si ils te prennent avec un portable sorti, ils te jettent dehors direct. Ce genre de soirée est TRÈS différent. Les gens y vont pour sueur, pour se perdre dans la musique… Ils se laissent emporter, c’est juste fou. Et puis ils font des trucs que tu ne verras jamais dans d’autres soirées! (Rires) Parce qu’ils n’ont pas peur qu’un mec mette ça sur Internet. C’est FOU, complètement dingue.

Lenny : Ça nous manque ce genre d’ambiance, parce que Institute était très similaire. Quand on a commencé à faire de la musique, c’était comme ça. T’allais au club, après avoir travaillé toute la semaine, t’étais fatigué, à bout de nerfs, et tu te laissais aller! Tu t’en foutais de ton apparence, parce que tu n’avais pas peur d’être jugé.

Lawrence : Tu commençais à un bout du club, et quand tu ouvrais les yeux, tu te retrouvais à la porte d’entrée, et tu venais de dancer pendant trois heures sans t’arrêter, tu ne savais même pas comment t’étais arrivé là. Et t’es là, “ok c’est cool, tu t’appelles comment?”. (Rires) C’était ça l’esprit.

Lenny : La vraie expérience humaine. C’est un des thèmes qu’on explore avec ce nouvel album, le fait d’essayer de retrouver ça. Même dans la manière dont on a enregistré cet album, on n’a pas utilisé les technologies plus récentes, on est revenus à notre ancienne manière de procéder. On s’est débarrassé du superflu, on a juste branché notre matos à notre console de mixage, appuyé sur Start et enregistré. On n’a pas essayé de mettre ça dans ProTools pour nettoyer un peu.

Lawrence : Si c’était crû, c’était comme ça que ça serait…

Lenny : Et les gens nous demandent, “comment vous faites pour avoir ce son?”. Et bien, c’est juste comme ça qu’on a toujours fait! On a arrêté de courir après la technologie. Juste parce que l’on peut se permettre d’acheter du très bon matériel ne veut pas dire qu’on doit le faire.

LN : Merci beaucoup pour cette interview!

Lawrence : Merci à vous!

Lenny : Merci à vous!

OO avec la Nordisque

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English Version:

La Nordisque: Hi guys, welcome to Lille. It’s the first time you come play in Lille right?

Lawrence: Yeah!

Lenny : Yes I believe so, first time.

LN: How do you like France?

Lawrence: We love France. We spend a lot of time in France, lots of different cities. First time here so we look forward to finding out what the crowd is like.

LN: We’d like to know how the public generally appreciates your live performances? Is there any major differences between the American public and the European one?

Lenny: We play a lot in Europe, really. There definitely differences. The thing about the US, that a lot of people don’t understand, is that each state is like a different country. It’s like how Europe is separate countries, the States is kind of the same way where everyone has his own pulse. So I guess it depends on where you play in the US, if we play in Detroit of course the crowd is great, basically because Techno started there. So they have very rich history of underground electronic music. A lot of parts in the US don’t have that kind of background, they haven’t been exposed to it a lot, so the reactions are different.

In many places in Europe where we play, especially places where we play a lot, they are educated to our music and we play records and they know those records, they react to them, they even sing along to the records that have vocals.

In the States depending on where we play we might have the same reactions, but in the other places it might be the 1st time they are exposed to our music. So I guess it depends on where we play, what cities, what states, the reactions are different.

LN: Which countries in Europe would you say are the most responsive when you play a show ?

Lenny: Again it really depends on where you play, we’ve been playing a lot in France, so of course we get great reactions. Paris for sure. We play a lot of different venues in Europe and every venue is different. We played also a lot in Spain.

Lawrence: A lot in Italy as well. Pretty much in every place we play we get the response we are looking for, probably even more, it’s kind of overwhelming at times, we’re surprised people know certain songs that we thought “hey man they’re not gonna know that song” and they all know it. It’s actually very interesting to us, we’re really really pleased cause we’ve been getting a lot of positive responses so there is no one place.

Lenny: Definitely. I mean, for like the last 3 or 4 years we’ve done a lot of sell-out shows. You can feel there’s a lot of momentum going on with underground techno. So we’ve been riding that momentum, but yeah the reactions have been great man, the generations kind of flipped, and I think this one is ready for something a lot more funky and with a lot more feeling into it. And that’s where we fit into, you know: the melting pot of underground music.

LN: Is this response you get from people something you’re looking for in music? Getting so much positive responses, is it kind of an approval of what you are playing?

Lenny: Not necessarily an approval, but you’re always trying to get a reaction. I mean whenever you make something, you’re trying to evoke emotions, that’s the reason why you’re making and playing music, we don’t want people to stand there and not feel anything. We’d rather people feel joy, anger, whatever… depends on what you’re putting into the music. That’s what music is about, it’s a soundtrack to your life.

Lawrence: It’s a give and take, if I give you, you throw something back at me, it’s just back and forth. Especially in a live environment.

LN: Are you stressed out before hitting the stage, especially when you’re doing a new live like tonight?

Lawrence: It’s always a little stressful, you always get a little nervous, you shake a bit, you pace back and forth, stuff like that. We just try to calm down before a show and relax, and kind of let everything go right before we hit the stage. But yeah, if you don’t get the butterflies, then you know something is wrong.

Lenny: Especially with all these machines, there’s so much that can go wrong. That’s why you try to clear your mind so when you hit start you can react to something you know isn’t right, you can fix it. Even if everything is doing fine during the show there’s still so much to think about. I don’t know if laptop shows are as simple as having one thing to concentrate on, but in our case there are a lot of things to concentrate on. There are so many different things you want to react to, so it’s quite an unusual experience, and it’s very difficult to duplicate this kind of experience doing anything else. We always look forward to that unique experience.

LN: Does the preparation for a new live differ from that of any regular show?

Lenny: Every night is different, there is no such thing as a regular show.

Lawrence: That’s because we don’t know what we are gonna do. We base a lot of what we do on improvisation between us. It’s like that give and take with the audience, we do that with each other, he might do something and I might react to it, we don’t know, we don’t practice this. I have no idea what he’s gonna do, he has no idea what I’m gonna do tonight, and hopefully, it will come together and be a success. But we’ve been playing together long enough that we kind of know each other’s vibe so we don’t communicate anything, he just does it or I just do it. So there is no prep, every show is special because they are all different.

Lenny: It’s the reason why some people have seen us several times, they are not seeing the same show. For us, it’s almost impossible to do the same show, there are things that we do that we’ll never duplicate.

Lawrence: There are things we’d LIKE to duplicate. Sometimes we’re like: “that was amazing (laughter), if only we could do that again, what was it that we did?”

Lenny: Some kid might have videotaped a live show and put it on Youtube, and you think: “is that what that was?” (laughter). You don’t know what you did. But that’s the fun part of it, every time is unique. That’s definitely the reason we’re doing this. We’re not just standing there and pressing play, we’re reacting to the audience and every audience is different as well, so you’re never going to react the same way.

LN: So you have no set order?

Lenny: No a lot of times there are a few tracks I like to start the set with because it gives us a chance to adjust the system, to EQ the room out. From there you just let it go.

Lawrence: Yeah I was going to say about 3 songs. The first two songs you can adjust everything, especially since the DJ before you could’ve been totally crazy.

Lenny: Too much bass!

Lawrence: Yeah totally mad (laughter)!

LN: You say that sometimes, you produce a track and say it’s a masterpiece. And two days after you don’t like it

Is there some tracks that you released and you don’t like anymore?

Lawrence: Not necessarily, because we’re five brothers and if we don’t all agree on the tracks, they don’t go out. But there has been times where even one of us might have been creating something and saying « Oh this is an awesome track » and one of the other brothers might walk into the studio and go like « Man that’s terrible! What is that? », and the others guys agree and say « That’s pretty bad, that’s terrible man ». So there is a lot of that from time to time but as far as I’m concerned if the track comes through, it’s been approved by five different guys, which isn’t an easy thing.

Lenny: I mean it’s always gonna be some little thing. You’ll be listening to the final mix wishing you brought up the high hats, maybe the kick could have been tuned differently. But you know, that’s part of music. We’ve never made a perfect record, we never will make the perfect record. We’re not perfect people. So I mean it’s always gonna be something that you wish you could change. The problem is that if you changed the record, you would probably have messed it up anyway. There is no record we put out thinking « man I wish I hadn’t produced that record », because we have so many filters, the biggest Octave One critic is Octave One, we’re extremely critical of our music. When we put something out, it’s a representation of us as a group, and it’s not just us putting out some audio, it’s a piece of us we are letting go, and we’re allowing people to participate in a part of us and it’s personal.

LN: Why you separate Octave One from Random Noise Generation. Is it because you use more samples? Another part of your personality?

Lawrence: That’s pretty much it.

Lenny: It’s the samples. Back when we started making techno, there was a separation between the use of samples and pure synthesisers. A lot of people used to do this: Carl Craig did this with BFC then Psyche, for example. There was a separation when you sampled other peoples’ records. There is definitely not much of separation now but that’s the reason why we did Random Noise Generation, because we were sampling records. It was us learning how to sample, we had just got one, a Mirage. But we were  actually doing it  all wrong, we were cutting off the beginning of vocal samples, and we ended up with our own style because we didn’t know how to sample.

LN: Do you work on separate productions, like does each brother make a couple of things just from himself or do you always work together?

Lawrence: Well we pretty much do all kind of work together, it might be a brother who does more on a particular track, so it’s really not necessary to come up with a different artist name for the project. Because it’s still us, we still have a certain sound.

LN: And how is the vibe on the studio ? Do you have lots of laughs or is it really serious ?

Lenny: We gotta enjoy it man. That’s the thing about it, this isn’t work, we’re actually thankful to be able to make a living out of it, but realistically it was our hobby. It was what we looked forward to when we came back from work at the factory, when we got a chance to decompress we would go inside the studio. Especially for my other brothers, because Lawrence and I are the only ones traveling and playing live. The other three brothers are still in the regular workforce and this is a hobby for them. If it becomes too serious they don’t want to do it, their jobs are serious enough. This is a chance we get to enjoy ourselves, the making of music is the process that we truly love. And if we are not having fun, we’re not in the studio, we’re not feeling it, we’re not making music. So yeah like you say laughs and joy. We’re serious about the process but we’re enjoying it, when we stop enjoying making music, we’ll start doing something else.

LN: Blackwater was a hit. Did you know when you were producing it that it would be this successful?

Lawrence: Absolutely not, no. You know certain songs make you feel something that’s different from another song. It made us feel a certain way but we didn’t know it was going to catch on the way it did. We just produced it because we loved it. It was different to us, we liked it. We didn’t know why we liked it, but fortunately people liked it as well when it came out. But it started out kind of slow.

Lenny : When it first came out it barely sold. That’s kind of the way our records have all been. They’re slow burners. We don’t put records out and they just blow up. It might take months and Blackwater took two years. It took two years before it started to really work out. We didn’t even know that the record was doing well. We got a phone call from Jeff Mills who told us that the record was really cool and was doing really good. We weren’t really paying attention. We make a record, we put it out and we kind of move on. And hopefully if people like it they like it and if they don’t they don’t, we move on and we just keep moving. We would never have  had a career if we had just sat there hoping that people like us. We just allow records to do what they’re supposed to do and we play them live. If people like them that’s just beautiful for us. We don’t know what a hit record is, if we did, we’d keep making them. It’s a lot of factors that make a record successful. We don’t know what made Blackwater that successful, we had a lot of discussions with big producers about it. I think it’s a little bit of everything put together that makes the record work. There is no list of elements to replicate in order to get a hit record. None of our records are made that way. The fact that you can’t really tell why it’s good, that’s the magic of music. And it should be that way, it should be a feeling. We’re trying to make records that are timeless.

LN: What were the guidelines for the creation of your label 430 West Records? What was the situation in Detroit?

Lenny: The label name comes from the location of our first studio. It was on the 430 West 8 Mile Road and it was actually in Ferndale Michigan, which is exactly across the street from Detroit. That’s where the actual label name came from. Our guidelines for the music at that time: we needed an outlet for our music, so we decided to come up with 430 West and we had a lot of friends who were also producing music and they wanted outlets for their music too. And we were like « hey man, come on over, we got a label ». At that time it was for example Terrence Parker, Eddie Fowlkes, there were a lot of people coming through that studio. It was a lot of fun actually.

LN: So there was a lot of creativity at that time in Detroit?

Lawrence: Yeah, exactly. I don’t know about now, but at that time there wasn’t much to do in Detroit, so we created. The community created, and created, and created. Art is a big thing in Detroit, a lot of people don’t realise that. Underground art for the most part. Even underground artists that are painters, sculptors, it’s huge in Detroit, and especially music. Our community was close near, and we always vibed off of each others works, so that’s probably why we all produced so much. « Oh man, I heard what you just did, that inspired me to go do something else ». There was a lot of that going on.

LN: Is that why techno got so big in Detroit?

Lawrence: Easily, easily. We used to do stuff on cassette tapes that we would pass around and ask, « hey man, what do you think about this? ». That lets you know how long ago this was, you probably like: « Cassette? What a cassette tape?» (Laughter)

Lenny: It was a community. And it was all so new to us too. Discovering synthesisers, and discovering what techno was, or at least what we thought it was. I mean there wasn’t a lot of guidelines, there wasn’t a lot of records out, so it was kinda just discovering things on your own. Basically what you were doing was taking your influences from everything else you’d been listening to, soul, rock, classical, and putting it into these machines, and having these machines reinterpret it. So it was that kind of period where we were discovering things, where there was so much that wasn’t done, and everybody was looking for their own style, how THEY were supposed to sound, not how Detroit techno was supposed to sound, but how the artists themselves were supposed to sound. We were all looking for ourselves. The fun part was the discovery, the mistakes that we made along the way, it was all the things that we did wrong that became right later on. It was us not understanding how to record…

Lawrence: Properly… I mean, that could’ve had a certain sound because the channel was dirty! (Laughter)

Lenny: Yeah! It’s stuff like that, a lot of times, you’d be surprised! A lot of us learning, not having any guidelines. There was no Youtube where you could say « hey, how do you make minimal techno? ». Well now you can just Google it. There WAS no minimal techno, somebody had to first make it! There was so many things that had not been done. We were just discovering how to be ourselves musically. That’s where all the different styles came from.

Lawrence: The radio helped too. We had a local Dj, Electrifying Mojo (Charles Johnson, of Midnight Funk Association), and Mojo would play EVERYTHING. He would play rock n’ roll, he would play new wave, he would play deep soul, and all of these were all in the same show. And this was broadcast to a urban Detroit audience, and that influences us a lot because we didn’t have an outlet to have that kind of exposure. His musical taste was just all over the map. So that fed what we did. We might listen to some Ted Nugent you know, and there might be this deep riff in his guitar lick, and you might end up in the studio influenced by that, and you don’t know why you’re aggressively hitting these bassline chords, but it might be something you heard on the radio. B-52s, or Barry White, or Prince… He was all over the map.

Lenny: So music had no boundaries to us. It wasn’t a genre, it was all music. The reason why techno sounds the way it is, is because we were taking all these machines and reinterpreting all these influences that we had. The machines were giving it the mechanical feel… Heck, we didn’t even know how to make them feel human! We knew how to let the machines be themselves, but we were using these machines reinterpreting what we had heard, which is basically where this whole genre came from. That was the fun part about it, that we were making something new.

LN: How did it feel when you realised that you had released something entirely new, with everything that was going on in Detroit?

Lenny: For us, realistically, the making of a vinyl record was the end product for us. We didn’t have any aspirations past making a vinyl record. We didn’t have aspirations of being big DJs, being big live acts.

Lawrence: We just wanted that piece of vinyl.

Lenny: When that vinyl record came back from the factory, you listened to it, it was like the Holy Grail, it was like « I can’t believe I’m on a record » type of thing. And you wanted more of that, « now I need to make another record », that was what fed us.

Lawrence: Seriously, you opened that box man, and by the time you got it open it was like a beam of light was coming out, like « aaaaaaah »… (Laughter) And we were like « Yes, Yes, Yes!!! ». You could smell the fresh vinyl, it was great!

Lenny: You’d be telling everybody, « Have you heard my new record? Have you heard my new record? ». And once you do that you want to make another, and another, and another. That was what fed us, it wasn’t fame or selling records, none of that. Just the fact of making a record. It was such a big deal, it was hard, and it was expensive, so when you decided to put a record out, you made a huge commitment. It wasn’t just like putting it out on the Internet, putting it on Soundcloud and hoping somebody liked it. It was a commitment.

Lawrence: For us at that time, there were no pressing and distribution deals. Our pressing and distribution deal was the pay check that we got at the end of three weeks of putting money together, saying « hey man, do we have enough between us to make a record?».

Lenny: So you can press up some, and if those sold, hopefully if you got the money back, you pressed up some more… That was the process. It was a risky process, but it was fun! And you HAD to like that music, it wasn’t like « I’m not feeling quite right about it ». No, it was such a commitment, because it was a lot of work involved in putting a record out so that was a huge filter. You better love what you’re putting out, because you’re putting thousands and thousands of dollars down to put that record out. You better love it, not just like it.

LN: We think that this process of putting out a real vinyl record is still very real. Our friends that are into producing tell us that their dream is to be able one day to put them down onto vinyl, sell it, and continue.

What do you think of the new generation of producers, have they continued in the spirit you had when you started, or has it changed?

Lawrence: For them I think it’s harder. For us, there was so much territory that wasn’t pioneered yet. We just saw forests and trees, we had to make lanes to go through all of that. Now, there are a lot of lanes, you just see the freeway, you see streets, so I think it’s harder. I admire a lot of the younger producers, just because they have to try and dig up from a lot of things that have already been done musically. And I don’t think that’s an easy process. For us, it’s easier because we still live in a time, mentally, when we create, there were certain clubs that we liked to go to, like the Institute, and we still make music for that place. They were dark CD clubs, with a couple of lights, a big sound system, people just went in there and danced until the sun came up. So we have things that we can pull from. I can’t imagine being a young producer now man, cause it’s hard.

Lenny: It’s the temptation of wanting to be a big world-class DJ, world-class live act, private jet… We didn’t have all these things, we didn’t have all these temptations of « look, we’re making this record, and one day we’re going to be big DJs ». There was no Internet for us, we didn’t even know what was going on in Europe, we had no idea that there were these big rave parties, or any of those things. Our influence was a small little club in Detroit. It was cool to grow up in our little bubble like that, and not be influenced by possibly having fame or anything like that after the production of a record. It’s very difficult now, where you’re in your home, with your laptop, making a record, and not think about « one day I’m going to be famous », because how do you not think about that? You’re looking at it all the time, you’re on Facebook, on Twitter, and « this guy has a million likes » and such and such; I wouldn’t mind having a schedule, this guy has fifty shows on his schedule… Of course that’s what you want to do, it’s hard to say « I just want to make good music ». That was our mindset, we just wanted to make a good record, because we didn’t know there was anything after that. That being said, there’s some great productions, great records coming out now. I think the hardest part now is finding yourself and saying « there’s nothing I’ve heard that sounds like this ».

LN: You’ve always used a lot of tech in your productions, and your latest album is called Love By Machine. What is the relationship between you and these machines?

Lenny: It’s not necessarily what the title of the album means. That seems kind of obvious. With this album, what we were exploring, and what we’ve been exploring for a while is the relationship of technology and humans. What we find now is that, once again we’re talking about us in the day when we were developing as musicians, where everything was personal when we were listening to music. Music was a community thing, even when we were critiquing each other, it was « me in front of this guy », not « me sending him an email ». What we find now is that people are starting to feel a lot more connected and they really aren’t. They think that because I can talk to someone across the world on my computer that I know this person. But it’s the personal interaction of people that develops, that you start to feel who people really are, as opposed to these screens that we’re tied to, our smartphones and everything else. We feel like we’re more connected, that we are all so much closer to each other…

Lawrence: …But we’re really doing stuff more and more by ourselves. There’s a lot more alienation than before. We’re sitting here in a group, talking. There are not a lot of people who do that, who sit around with their laptops and their phones, they’re texting each other across the room!

Lenny: Love By Machine is really an oxymoron. We feel like we’re so much more together because of technology, and the human experience is being discounted, is being forgotten about. Even in a club, before, we were all really into this experience, now we’re all experiencing it through a little screen. Everybody’s filming these days! Who’s feeling it? I think it’s just different, and we need to get a little more back into the human experience. Let’s experience it now, and not document it so that we can experience it later. Everything is so documented: « look how much fun I’m having », well were you really having fun? You were filming things. That’s another reason why Berghain in Berlin is such a different experience. A lot of people have never experienced being in a club, and not having everybody filming.

Lawrence: They don’t allow any phones, no photography, you have to put your phone in your pocket, if they see you with a phone out they throw you right out the club. THAT party is different. People just come there to sweat, to get lost in the music… They’re vibin’ man, it’s just crazy. And they do things that you would never see in other parties! (Laughter) Because they’re not scared of some guy putting it on the Internet. It’s WILD, totally wild.

Lenny: We kind of miss those days, because Institute was like that. When we first started making music, that’s what it was about. You went to that club, you’d worked all week, you’re tired, you’re upset, and you just let it go! You don’t care how you look, because you’re not scared that someone will see you later.

Lawrence: You start at one end of the club, and when you open your eyes, you’re at the front door or something, and you just danced for three hours straight, you don’t even know how you got there. You like « oh okay, cool, what’s your name? ». (Laughter) That’s what it was about.

Lenny: The real human experience. That was one of the themes we were exploring with this record, trying to get back to that. Even HOW we made this record, we didn’t use any of the newer technology, we went back to how we used to do things. We stripped it back, we just plugged the equipment up to our mixing console, hit start and just recorded. We didn’t try to put it into ProTools and clean things up, we didn’t try to use all the new technology.

Lawrence: If it came out dirty, that’s what it was going to be…

Lenny: And people are thinking, « how do you get this sound? », well it’s just the way we used to do it! We stopped trying to chase technology. Just because we could afford to buy some really nice stuff doesn’t mean that we need to use these things.

LN: Thank you very much for this interview!

Lawrence: Thank you!

Lenny: Thank you!

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