Interview: WWW

3-e1445856788404

Créé en 2012, le groupe Wild Wild Waves s’inspire de la musique électro, des rythmiques jazz et rock, et le cocktail est explosif. La musique des quatre lyonnais Koji (à la contrebasse et aux voix), Submarine (à la MAO et aux machines), Ssokaa (à la batterie et aux machines) et Keyjah (aux vibraphones et claviers), est le résultat d’un minutieux mélange d’instruments et de machines. Leur premier single sorti en 2013, “The Cricket & The Whales” illustre très bien leur style. Le terme « illustrer » est ici à prendre au sens premier, tant il y a un lien étroit entre leur musique et les arts plastiques, que ce soit dans leurs morceaux ou dans leurs vidéos. Au fur et à mesure, ils se sont éloignés de leur formation d’origine et de leur répertoire plutôt jazzy (ils ont tous les quatre joué au Conservatoire de jazz de Lyon où ils se sont rencontrés) pour produire aujourd’hui des morceaux qui se rapprochent davantage de l’abstract techno.

Nous avons eu la chance de les rencontrer lors du festival du Père Noël Est-il Un Rocker?, pour une petite interview.

*  *  *

La Nordisque : Vous vous appelez Wild Wild Waves qu’est-ce que ça veut dire ?

Ssokaa : Ça veut dire sauvage sauvage vagues (rires).

Koji : En fait au début il n’y avait pas Grégoire (aka Keyjah, vibraphone et clavier) mais un saxophoniste, et on voulait s’appeler Barre-Code mais on n’arrivait pas à l’écrire comme on le voulait sur Facebook, du coup on a fait une grande soirée brainstorming et Alan a eu l’idée de WWW et on a tous accroché : ça sonnait bien et notre logo était à la fois un dessin (WWW accroché ça fait des vagues) et quelque chose que l’on peut dire « WWW ».

LN : Tu disais qu’il y avait un saxo avant, vous avez eu plusieurs formations dans le groupe ? 

Koji : Juste deux, d’abord avec le saxophone et ensuite avec le vibraphone/synthé avec Grégoire.

LN : Vous avez tous une formation jazz, à quel moment vous avez décidé de faire des productions plutôt électroniques ?

Koji : A quel moment on est passé du côté obscur de la force?  (rires).

Keyjah : Je ne sais pas si c’est arrivé à un moment précis, c’est plutôt venu au fur et à mesure.

Koji : Moi je trouve que ça a commencé à changer quand tu es arrivé (à Keyjah).

Keyjah : Ouais enfin moi quand je suis arrivé je jouais du jazz, j’avais un groupe de dub. En fait on a tous toujours écouté d’autres musiques que le jazz, et même si on a tous une formation jazz on a eu envie de jouer la musique que l’on écoute aussi.

LN : Vous écrivez d’une manière assez particulière, il y a quelque chose de progressif dans vos musiques, d’où vous est venue cette envie ?

Koji : En fait on compose 90% du temps en improvisant, on fait des sessions pendant toute une après-midi où va énormément jouer, et on enregistre tout. Ensuite on réécoute cet enregistrement et on se dit « ok ça, ça peut faire partie d’un morceau, ça aussi ».

LN : Justement, sur votre site vous dîtes « peindre des tableaux sonores », vous avez un rapport très visuel avec la musique (dessins pour les jaquettes, les vidéos), est-ce vous pouvez nous parler un peu de ce lien entre musique et dessin ?

Koji : Pour moi c’est complètement lié, quand on joue de la musique on s’imagine des choses, et le fait de mettre une image en plus je trouve que ça permet de transmettre à celui qui écoute ce que nous on s’imagine.


15003460_715407025273187_1557942157064095189_oLN : Vous faites tous un peu d’arts plastiques ?

Koji : Moi je m’y mets, mais les premiers collages qu’on a fait c’était plutôt instinctif.

Keyjah : Depuis le début on fait des collages régulièrement, on prend une feuille A4 et on colle tous les 4 des trucs pour représenter une image qui nous plaît, ça nous met dans un certain mood.

Koji : On en fait à certaines périodes de l’année (hiver, printemps, etc.).

Keyjah : Ce côté fait maison ressort beaucoup sur notre EP : on a pris des grandes feuilles en carton, on a collé de trucs, on a graffé des CDs, etc.

LN : Vous parliez de vos débuts en tant que groupe tout à l’heure, mais en cherchant un peu des infos sur vous on a vu que vous faisiez tous partie d’un autre groupe, c’est quelque chose qui existait déjà avant ou c’est venu après ?

Ssokaa : Un peu après, au bout d’un an après WWW, même si Rémi (Submarine, non présent à l’interview) avait déjà son projet solo. On s’est tous rencontrés dans le conservatoire de jazz et on avait tous envie de sortir un peu de notre formation dans nos projets perso, et on s’est tous retrouvés autour d’une certaine idée de ce qu’était la musique actuelle et on a voulu monter un collectif, l’Affect.

LN :  Ah vous êtes à l’origine de l’Affect ?

Ssokaa : Oui absolument, à la base il y avait 3 groupes, dont Grégoire faisait partie c’est d’ailleurs comme ça qu’on l’a rencontré, qui se sont associés pour fonder l’Affect.

LN : Vous donnez une description assez imagée de l’Affect sur le site, c’est « un gang, une constellation », est-ce que vous pourriez préciser un peu ?

Koji : L’idée c’était de faire de la musique actuelle mais avec nos connaissances de jazz, avec une certaine exigence.

Keyjah : Et aussi d’arriver à parler au public, qui n’est pas forcément à même de comprendre que tourner des boutons ça peut être aussi difficile que de pincer des cordes, du coup on a aussi des projets participatifs avec le public (on le laisse agir sur les pédales).

Ssokaa : On a voulu se concentrer sur le son, dire que le son c’est le fond de la musique, et l’harmonie, la rythmiques, l’arrangement tout ça c’était de la forme.

LN : Vous avez d’autres amis qui font parti de l’Affect ? 

Koji : Oui il y a Dalhas Umaï, le petit frère de Rémi, qui vient de faire un remix de “Silence” qu’on a joué ce soir ! Et oui il y a d’autres groupes.

LN : Et vos amis qui font également partie de l’Affect, ils font plutôt quel type de musique ?

Keyjah : Il y a tout un volet de producteurs d’électro, 5 ou 6 je sais pas trop, mais avec pas mal de styles différents, après il y a quelques groupes variés.

Gaspard : Il y a un groupe qui mélange de d’électro et du jazz avec de la poésie, il y a un groupe de math rock avec une dimension électro…

Ssokaa : Il y a un duo d’ambiant aussi

Koji : Oui qui font avec de la vidéo-projection aussi !

LN : Est-ce que vous travaillez beaucoup sur vos lives ? Quelle différence avec lorsque vous composez tous ensemble ?

Koji : Oui parce qu’on répète dans un local pas terrible et souvent sans notre ingénieur du son Gaspard, qui depuis 1 mois et demi deux mois fait vraiment partie du groupe et qui peut jouer sur pas mal de pédales pendant le concert (il joue sur les voix, etc.).

Gaspard : Ça nous permet d’avoir une dimension en live qu’on n’a pas quand on répète.

LN : Et plus largement, comment est-ce que vous définiriez la scène électro lyonnaise, qu’est-ce que vous en pensez ?

Koji : Tu mets le doigt sur une question qu’on se pose pas mal : est-ce qu’on fait plus partie de la scène électro ou de la musique actuelle/instrumentale ? A chaque fois qu’on doit choisir une catégorie pour les tremplins auxquels on participe on hésite un peu à mettre électro. En fin de compte nos dernières compositions ne sont plus trop électro, on est sur des formats très couplet-refrains donc on se demande.

Keyjah : Du coup la scène électro lyonnaise eeeuh moi je sais pas (rires).

Ssokaa : Il y a quand même pas mal de monde, moi je découvre quelques artistes que je ne connaissais pas et qui font des trucs vachement biens et avec qui j’espère qu’on pourra travailler avec notre label.

Koji : Notamment le collectif Orbite qui est vraiment cool, justement Dalhas umaï en fait partie, Kuna Maze qui travaille plus sur la scène off beat, qui font venir des artistes de scènes complètement différentes et du coup ça donne quelque chose que tu n’as jamais entendu autre part et c’est trop chouette, il n’y a pas beaucoup d’artistes qui font ça.

Ssokaa : Après au niveau de la scène un peu plus techno y a le collectif du disquaire Groovedge, ils ont monté leur label et ils sont super sympas et ils font des choses assez originales, beaucoup des DJs mixent uniquement avec des vinyles et rien que ça c’est cool.

LN : Par rapport à Lille on a l’impression que Lyon est une ville plus propice à l’émergence d’artistes.

Gaspard : Non je pense pas, tous les gars dont on vous a parlé, personne ne reçoit d’aide de la ville ou d’autre et c’est pas facile de trouver une salle où se produire. Il y a les Nuits Sonores mais c’est différent, c’est plutôt un amas de musiques commerciales.

Koji : On joue Le Péléscope, le Ganzero qui était un squat avant, les salles avec qui tu as des deal (mais du coup tu touches pas de sous) et sinon on organise des trucs chez nous.

Ssokaa : Il y a des structures à Lyon mais nous on n’y a pas accès, ça marche beaucoup au piston.

LN : Sinon, vous êtes en plein enregistrement de votre nouvel album ?

Ssokka : Il est fini !

Koji : Il est mixé et mastérisé, on bosse avec un label qui s’appelle Archipel, on n’en n’a pas trop parlé mais c’est pour bientôt.

Gaspard : Mais c’est quand même secret… (rires)

LN : Comment vous avez trouvé Archipel ?

Ssokaa : C’est des amis à nous, ils sont un peu plus âgés et mieux implantés dans le milieu professionnel, il y a Romain Bunel et Benoît Bel (proprio du studio Microcosme), deux associés qui viennent de monter une maison d’édition.

LN : Maintenant pour sortir un peu du cadre, est-ce qu’il y a un artiste que vous avez particulièrement aimé cette année ? Peut-être pas forcément un artiste d’abstract ?

Tous : Cette année ?  Beaucoup de choses !

Keyjah : Weval ils m’ont tué cette année.

Ssokaa : Moi je dis Nicolas Jaar, pas sur Sirens mais sur Nymphs. Et puis Nils Frahm!

LN : Et est-ce qu’il y a des artistes en particulier qui vous ont inspiré ou qui vous inspirent quand vous écrivez ?

Koji : On a eu une question dessus dans une autre interview la semaine dernière et ça a un peu été un débat, ça dépend carrément de chacun de nous et on est en constante évolution par période.

Ssokaa : Moi l’année dernière j’ai fait 6 mois uniquement de techno pour apprendre à mixer et là je me fais une cure, que 6 mois de pop !

Keyjah : Bon Iver j’ai failli dire tout à l’heure, j’ai découvert cette année je ne connaissais pas.

Ssokaa : Ouais j’écoute beaucoup Bon Iver aussi et beaucoup Radiohead en ce moment, du Grizzly Bear, Arcade Fire (toujours)…

15272158_1238833346139383_5741530204319901524_o

LN : Merci beaucoup pour votre temps et merci beaucoup d’être passés au Perno !

Tous : Merci beaucoup à vous, c’était très cool comme interview !

Post Your Thoughts