Interview : Weeding Dub

Weeding Dub

Pour la deuxième fois consécutive, nous avons eu le plaisir d’accueillir lors du concert Reggae, l’artiste lillois Weeding Dub. Il lui a fallu à peine quelques secondes pour chauffer la salle de l’Aéronef tout entière et nous transporter dans une ambiance roots et dub comme on les aimes.
Il a gentiment répondu à nos questions et nous raconte en détails son parcours, ses influences et quelques petites anecdotes sur sa vie de scène.

Bonjour Weeding Dub, tout d’abord merci beaucoup d’être venu jouer ce soir. En quelques mots quel est ton parcours ? Qu’est-ce que ça te fait de revenir jouer à Lille devant un public qui est finalement le tiens ?

J’ai sorti un premier album en 2004 Steppactivism, un second en 2009 Sound of Reality, Inna Digital Age en 2013 puis le dernier Still Looking For en 2015.
Je prépare actuellement mon 5ème album qui sortira en février prochain, vous avez d’ailleurs pu entendre ce soir en exclusivité quelques titres.
Pour ce qui est de jouer sur une scène comme l’Aéronef, en tant que nordiste ça a une image particulière. Le tout premier concert auquel j’ai assisté était à l’Aéronef dans les années 90.
Quel plaisir et accueil du public lillois, je suis surpris du retour très positif des gens qui viennent au Perno avec une vibe particulière. Un bon esprit s’installe et les gens sont très réactif.

As-tu l’occasion de te produire souvent à Lille ?

L’année dernière j’ai joué dans un petit bar avec des potes mais pour le moment je n’ai pas d’autres dates de prévue à Lille.
Sinon c’est la 3ème ou 4ème fois de ma carrière que je me produis à l’Aéronef.
Ah si ! Cet été, j’ai fait l’Open Estiva, organisé par l’association musicale de la métropole lilloise Art’N’Bass avec laquelle j’aime bien bosser.
Ayant joué un peu partout en France depuis des années, je vois bien qu’à Lille on a la chance d’avoir un vrai terreau musical pour le reggae. C’est Chalice Sound System qui a ouvert la voie il y a maintenant 20 ans. Ils avaient pour habitude de faire des soirées tous les mois avec un état d’esprit similaire au Perno. Les concerts avaient toujours lieux le 1er samedi qui suivait la tombée des prestations sociales.
Mais au début j’ai pas mal joué dans les petits bars etc, notamment au Détour où j’ai fait mes armes, big up à Phillipe du Détour d’ailleurs.

La ville de Lille a vraiment eu une influence notable sur ta carrière ?

Oui tout à fait ! La Chalice fait partie des premiers Sound System que je suis allé voir étant plus jeune. On a la chance ici à Lille d’avoir 4/5 capitales européennes à portée de main.
Avec les copains, on a vite bougé dès la fin des années 90 en session à droite à gauche, à Amsterdam, Paris, Londres, etc.

Mais d’ailleurs on te compare très souvent à des artistes de la scène anglaise ?

Comme vous savez, la scène dub est aujourd’hui très large, moi je m’inspire principalement du reggae, contrairement à d’autre dub maker qui ont une influence qui est plus tirée du hiphop, de l’électronique ou autre.

Mais finalement lorsque l’on a écouté ta prestation tout à l’heure on retrouve tout de même des inspirations électroniques.

C’est une scène que j’aime bien, j’ai d’ailleurs été DJ techno il y a très longtemps. C’est une scène que j’aime beaucoup, la scène free notamment qui fut très riche à Lille à la fin des années 90, avant les grandes répressions.
Mais avant tout je fais du reggae et de la musique pour le Sound System. Le fait que ce soit mixé live c’est un peu la spécificité maison. Ce n’est pas des disques, c’est vraiment mixé live, vous vous en être peut-être rendu compte ce soir mais du coup c’est vrai que ça peut prendre parfois des accents un peu électro.

Weeding Dub 2

Du coup plutôt roots ou digital ?

J’ai autant de plaisir à faire du digital, qu’un morceau très posé, comme le morceau d’ouverture de ce soir, très calme et très reggae. J’aime vraiment ça !
La culture club c’est pas ma culture, ma culture est reggae et même si je joue avec des machines électroniques, ça reste du reggae.

De manière globale tu as des influences assez diversifiées, par moment saxo et cuivres qui donne un côté un peu jazz, dernièrement un peu plus afro beat, où puises-tu ces influences ? Est-ce c’est une volonté de ta part d’élargir au maximum ton style musical ?

Nan pas du tout ! Il faut se rendre compte qu’on ne choisit pas la musique qu’on fait. Là je viens de finir l’enregistrement d’un album et il y a un morceau en particulier « Roots 14 » qui est un morceau de base très peace auquel j’ai finalement rajouté sur la fin un gros stepeur bien vener.

Cette diversité se voit aussi dans ton prochain album, tu es allé chercher des collabs avec des artistes d’horizons différentes : rap mais aussi classique, parle nous de ces collaborations.

Dans mon prochain album il y aura des chanteurs issus de la scène Sound System comme Dixie Peach, du célèbre et très respecté Sound System londonien Jah Tubbys World System qui fête ses 30 ans d’âges.  Il y aura des locaux, j’aime bien enregistrer avec des chanteurs locaux.
Il y a aussi beaucoup d’intervenants musiciens, un bassiste, un percussionniste, des cuivres, …

Petite anecdote en référence à la question précédente : Un des morceaux qui est sur cet album a complètement changé de direction après le passage du musicien en studio. En une nuit je suis reparti de 0 et j’ai tout refait sur un autre opus. Le lendemain le musicien est revenu et a validé ce nouvel opus. Morceau qui d’ailleurs a ouvert le set de ce soir.
Donc vraiment on ne choisit pas je crois.

Après c’est plus dans le live selon le temps que tu as pour jouer, les gens que tu as en face, l’heure à laquelle tu joues, tu ne vas pas jouer les mêmes morceaux aux mêmes moments.
Samedi prochain par exemple je joue entre 3h30 et 5h00 du matin, ce n’est pas pareil que ce soir 21h. Les morceaux les plus posés risquent de rester aux placards et inversement.

Où te produis-tu le plus ? En France ? À l’étranger ?

En France et en Europe, c’est là où ça marche le plus : Angleterre, Allemagne, Espagne, Portugal, Italie, on a aussi fait une tournée dans les Balkans : Croatie, Macédoine, Grèce, Bulgarie, Hongrie, Roumanie, environ 25 pays au total. C’était une très bonne expérience et l’occasion de visiter des pays où je ne serais jamais allé sans la musique.

Ces voyages influencent-ils tes futures productions ?

Surtout les grands voyages comme l’Amérique Latine durant lesquels je reste généralement plus d’une journée. Sur l’album de 2013 par exemple, il y a un morceau complet que j’ai produit avec un dub maker de Mexico. Quand j’étais au Pérou, j’ai aussi mixé un morceau avec un chanteur local Rebel-I qui n’est jamais sorti mais que je joue en live.
Après en toute honnêteté, pour ce qui est des destinations comme la France ou l’Allemagne je reste seulement une journée voir quelques heures. J’ai aujourd’hui des enfants en bas âges, j’essaye donc de limiter au maximum mes déplacements qui se concentrent généralement le weekend.

Parce que t’as toujours vécu qu’en France ?

Ouais toujours.

Du coup tu commences à bien connaître la scène du reggae et de la dub en France. Qu’est-ce qui change par rapport à d’autres pays ? En mieux, en moins bien. Comment tu vois l’évolution de la scène française depuis que tu as commencé il y a 15-20 ans ?

En France, le dub a d’abord été une musique de groupe avec Improvistor Dub puis Itone, Zenzilé. Toute cette scène-là joue en bande. En parallèle, la scène Sound System a commencé à s’organiser et se monter petit à petit. Après l’Angleterre, nous sommes aujourd’hui le pays le plus actif en Sound System, en dub notamment et de manière générale.

En Europe ou dans le monde ?

Dans le monde. Clairement l’Angleterre reste le numéro 1, c’est la Champions League comme on dit. Outre-manche, les festivals français comme le Dub Camp, festival 100% dub sont tout de même très réputés. J’y ai déjà joué cet été.
Super festival, super ambiance, super cool ! Vraiment je recommande. C’est familial, les gens sont gentils et calmes, j’aurais pu venir avec mes gosses. C’est un immense festival, il y a des dizaines de chapiteaux et des centaines d’artistes sur 4 jours. Et t’arrive et t’as l’impression qu’il y a que toi qui va jouer. Ce n’est pas la grosse machine comme quand tu joues à Dour (ndlr : Weeding Dub a joué à Dour en 2015).

Et c’est quoi qui te fait vibrer quand t’es en festival ou sur scène. A quel moment tu te dis que t’as réussi ta soirée ? Qu’est-ce qui te fait dire que t’es content ? C’est le retour du gens ? l’ambiance, la musique que tu passes, quand tu ne loupes rien ?

Je n’aime pas me rater sur scène mais bon personne n’aime ça. Un live ca reste tout de même hyper improvisé. Certains des morceaux que j’ai produits, peuvent durer 3 minutes comme 20 minutes pour des grosses sessions.
Et puis ouais le retour des gens. Comme là ce soir quand je descends de scène, que je salue les gens devant 600 paires de mains en l’air c’est … tu vois. Ce n’est pas une question d’égo mais quand t’as passé des jours à bosser en studio, tu te dis que ça a pas servi à rien. Le dernier album j’ai mis 9 mois à le faire, c’est long. Et je faisais que ça.

Du coup tu préfères le live au studio ?

C’est deux choses différents. En studio t’as ce côté magique que tu retrouves parfois aussi en live. Ce soir en particulier je me suis merdé à un moment, j’ai tout de même continué à monter, les gens sont montés et dès que c’est parti c’était bien cool. Il y a des petits moments comme ça où tu veux lâcher la basse, et puis non, les gens kiffent, tu continues, et là ok, ça repart après c’est plus mastoc.

As-tu déjà créé un son sur scène ?

Ça non ! Le morceau arrive et tourne en boucle. Je peux faire chanter le mec pendant 3 minutes avec un skank, derrière ça monte et puis tu lâches tout. La comme j’ai joué qu’une heure je pouvais pas trop trainer dans mes mixes. Quand c’est des soirées vraiment Sound et Dub, où les gens viennent chercher ça, tu peux faire des sons de 10/15 minutes.
Mais en studio t’as ce côté magique ! Tu crées ton morceau, tu rajoutes la petit caisse claire et bam ça groove, et là c’est bon.
En général, comme sur le dernier album, quand tu mets ce petit truc, ça peut être une note à la con, une flûte ou autre. Et hop, quand tu l’as trouvé, dans l’heure qui suit t’as torché le morceau parce que tout arrive après, percu, piano, les réponses entre les instruments, et très vite. Pareil j’ai un copain, Knarf, le batteur d’impro dub, qui adore ce moment en studio quand tu te mets en dehors de l’espace et du temps. Et quand tu trouves ce fameux coup de caisse claire à minuit, d’un coup il est 4h. Ça arrive à tous les producteurs. C’est un truc vraiment génial. Mais après quand t’es sur scène et que t’as tous les copains qui sont là, que ça fait 9 mois que tu dis que tu bosses et que tu leur montre ce qui s’est passé, et que les gens kiffent, c’est cool tu vois.

C’est la deuxième fois que tu viens ici, je suppose que le côté solidaire du festival te touche ? 

Comme je t’ai dit, on passe des heures à faire de la musique en studio. Quand tu tournes régulièrement, tu es amené à faire de longs déplacements et parfois perdre un peu le sens de ce que tu fais. Lorsque t’arrives sur une date comme celle-ci où, non seulement tu vas sauter partout, avoir du bon son, et qu’en plus y a un gamin qui dans 15 jours va sourire, bah c’est cool tu vois ! J’ai expliqué ça à mon fils et il n’a jamais été aussi fier de son papa. Il me dit ça sert à rien musicien papa, tu ne sais pas faire de voiture, tu sais pas faire de maison. Et quand je lui dis que là je ramène des cadeaux aux gamins, il dit que ça c’est cool, ça sert à quelque chose.

Une dernière question pour clôturer l’entretien peut être : le but de La Nordisque c’est de faire découvrir de nouveaux morceaux et de nouveaux artistes. Y’en a-t-il un qui t’as particulièrement marqué et que t’aimerais nous faire partager ? 

Scracthatic. Genre Hip-hop avec des scratchs mixé live, il m’a bluffé. C’est un groupe de Lille, ils ont fait leur tout premier live au flow la semaine dernière ou y a deux semaines.

Super merci beaucoup. Au plaisir de te revoir pour la prochaine édition peut être J

Vous pouvez trouver le dernier album de Weeding Dub ici.

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