The Skints

Voici une interview de Joshua Waters Rudge, le guitariste des Skints, qu’accompagnent Jamie Kyriakides, le batteur, Jonathan Doyle, le bassiste, et la belle Marcia Richards, au chant et clavier. The Skints font, selon leurs mots, du East-London Reggae, mélangeant reggae, ska, punk, hip-hop, et dub. Nous avons interviewé Joshua juste après sont concert pour Le Père-Noël est-il un Rocker? 

La Nordisque — D’abord, merci pour ce super concert!

Joshua — Merci à vous de nous avoir regardé jouer.

La Nordisque — Alors, vous venez tous les quatre des quartiers-Est de Londres, comment vous êtes-vous rencontrés?

Joshua — Marcia et moi on se connaît depuis très longtemps, depuis qu’on a 5 ans. On était dans la même école primaire, puis on s’est retrouvé tous ensemble dans le même collège. Marcia et moi on avait 11 ans, John et Jamie en avaient 13 je crois et on était tous genre des skaters, des petits punk rockers, donc on traînait ensemble tu vois. On était amis à l’école depuis très longtemps avant le groupe, et c’est comme ça qu’on s’est rencontrés.

La Nordisque — Par conséquent, cette attitude punk fait-elle partie de vos racines?

Joshua — Ouai c’est sûr, enfin, avec le groupe on a toujours écouté toutes sortes de musiques. Tu sais, à une époque j’étais un petit punk rocker et j’avais une crête et tout. Mais on était jamais fermé d’esprit dans ce qu’on écoutait. Il y avait du reggae, de la jungle music [l’ancêtre du drum and bass] qu’on écoutait beaucoup, du hip-hop, du ragga, de la soul, et du punk. Et quand on a commencé à jouer on l’a fait sur la scène punk.

La Nordisque — Aujourd’hui décrirais-tu ton groupe comme un groupe de reggae?

Joshua — Je dirais qu’on est un groupe aux influences reggae. Je ne dirais pas qu’on est un groupe strictement reggae, on n’est pas strictement dans un style de musique, The Skints sont The Skints, évidemment notre musique sonne reggae, c’est sûr, mais on n’est pas nécessairement un groupe de reggae, si ça a du sens…

La Nordisque — Mais comment réagissez-vous quand la presse et les blogs vous comparent à Madness, The Specials, et d’autres groupes de ska?

Joshua — Sans aucun doute Madness et The Specials sont des groupes légendaires, donc c’est très bizarre en tant que jeune groupe d’être comparé à des groupes qui ont plus de trente ans. Je ne trouve pas que notre son soit comme celui de Madness ou des Specials, je pense que c’est parce qu’on est anglais comme eux que beaucoup de gens disent qu’on leur ressemble. Mais évidemment on a énormément de respect et d’admiration pour ces groupes, et donc d’être mentionnés dans le même blog ou article ou quoique ce soit c’est très flatteur tu sais.

La Nordisque — Sinon, que penses-tu de la scène reggae actuelle, des groupes de reggae actuels?

Joshua — Personnellement je préfère écouter de la musique old school de Jamaïque, mais je pense qu’aujourd’hui, à l’échelle mondiale, c’est super que la scène reggae soit internationale. Tu sais j’écoute du super reggae de Nouvelle-Zélande comme Catch A Fire, ou d’Allemagne comme Gentleman, Alborosie qui est Sicilien, ou Million Stylez de Suède. A mon avis, dans les années 60 en Jamaïque personne ne pensait que quarante ans, cinquante ans après, tous ces gens joueraient du reggae. Donc je pense que c’est super. Tu sais, j’aime certains des nouveaux trucs qui sortent, mais pas autant que les vieux. C’est parce que je trouve que la production musicale d’aujourd’hui, des studios, a un son très digital, fait sur ordinateur, alors qu’avec le business old school les groupes se produisaient en direct, tous ensemble, genre: « one, two, braac ». Maintenant tu n’as plus vraiment cette vibe quand tu fais tout à l’ordinateur. Mais je pense que c’est pareil pour tous les styles de musique, je pense que le hip-hop dans les années 80 et 90 était meilleur que ce qu’il est aujourd’hui. Mais il y a encore du super reggae qui est fait aujourd’hui tu sais, je ne veux pas écarter tout ça.

La Nordisque — On a senti que votre premier album Live, Breathe, Build, Believe était beaucoup plus punk que le dernier, où cette influence a disparu, pourquoi ce changement ?

Joshua — On ne s’est pas dit: « on veut plus jouer de punk rock », c’est juste qu’on conçoit chaque album comme un projet à part entière et qu’on ne veut pas être comme ces groupes qui ont dix albums qui sont identiques. D’abord c’est pas intéressant, et puis c’est pas une manière excitante de développer un groupe. On veut faire l’interprétration « Skints » de beaucoup de genres de la musique jamaïcaine: du ska, dancehall, reggae roots, rocksteady, dub… Et c’était comme ça qu’on voulait écrire, pas en se disant « ça va pas être cool si on met pas de punk dessus ». Pour ces chansons [du dernier album], la punk vibe ne marchait pas vraiment mais on a fait de nouveaux trucs qui ont un côté punk, c’est pas comme si on l’avait perdu à jamais, et c’est juste que pour cet album ça n’avait pas vraiment de sens. Mais sur un prochain album on peut faire de tout, c’est pas comme si on était limité par un style.

La Nordisque — Tu dirais donc que l’identité de ton groupe c’est la diversité, la pluralité, dans le son, dans les albums…

Joshua — Absolument, et s’il y a quelque chose dont on est fier c’est que personne ne vient nous dire: « vous ressemblez vraiment à ce groupe ». C’est très important pour nous. Et il y a beaucoup de groupes dont les gens disent: « Oh! Ils sont bons mais on dirait ce groupe ou cet autre groupe… » Pour nous, le secret c’est qu’on vole les idées de tout le monde quand beaucoup de groupes volent les idées de deux ou trois groupes. Les gens ne peuvent donc pas vraiment dire qui on imite (rires). Non je rigole, mais la diversité est un ingrédient très très important chez The Skints.

La Nordisque — Avez-vous une idée de ce que sera le futur son des Skints?

Joshua — Ouai, en fait on vient juste d’enregistrer de nouvelles musiques à Londres. On vient juste d’enregistrer ce qui sera probablement une des chansons les plus politique qu’on ait jamais faite. Et j’espère que ce son pourra ouvrir les yeux des gens sur ce qu’il se passe en ce moment au Royaume-Uni vis-à-vis de l’économie et du gouvernement. Nous ne sommes pas un groupe qui fait de la politique ni vraiment un groupe militant tu sais, on n’est pas comme un groupe végétarien et on ne va pas essayer de brûler le parlement, mais on pense que parfois la musique doit essayer d’engager les gens dans leur pensée. On a aussi enregistré un autre nouveau son, hip-hop cette fois, avec un rappeur de Londres appelé Random Impose. C’est très cool et encore une fois on essaye quelque chose de nouveau, le hip-hop.

La Nordisque — Sera-t-il sur scène avec vous?

Joshua — Ouai on va faire ça quand il sera disponible ou s’il part en tournée avec nous. C’est très dur parce que sur le dernier album on a eu un artiste britannique qui fait du dancehall, un gars qui s’appelle Coopah Libey, il a fait un featuring dans l’album, et il a fallu voir quand est-ce qu’il était disponible, quand est-ce qu’il pouvait venir une semaine en tournée. Mais quand tu peux avoir le featuring en concert c’est vraiment un concert exceptionnel.

La Nordisque — Votre dernier album a été produit par Prince Fatty, qui est un producteur légendaire, qu’a-t-il apporté au groupe?

Joshua — Tu connais les films de Kung-Fu? T’as les jeunes qui vont voir le Sensei, il les entraîne et il leur apprend le Kung-Fu. Prince Fatty est le Sensei du reggae. Et c’était comme aller à l’école du reggae. On va travailler avec lui pour quelques chansons du prochain album je pense, avec plus d’influence dub. C’est le meilleur producteur de reggae en Angleterre je pense. Et c’est aussi un bon ami à nous donc c’est cool.

La Nordisque — Que penses-tu de la situation actuelle en Angleterre d’un point de vue économique et politique?

Joshua — C’est vraiment vraiment le bordel mec. Je pense que le gouvernement conservateur n’est pas quelque chose qui pourra fonctionner pour qui que soit. Certains disent qu’il n’est pas bon pour les pauvres, c’est vrai, mais ceux qui se croient épargnés parce qu’ils sont dans la classe moyenne se trompent. Ils ne peuvent pas gagner les élections de nouveau, surtout parce qu’ils essaient de vendre le NHS (National Healthcare System) alors que c’est une bonne chose en Angleterre, pour le remplacer par une institution privée, et ça serait affreux. Mais il y a de pires endroit pour vivre. Le sytème est vraiment mauvais mais il y a des endroits dans le monde où tu peux marcher dans la rue et te faire tirer dans la tête pour, quoi, 50 centimes? Nous sommes très chanceux de vivre là-bas mais je ne pense pas que le système soit le meilleur pour les gens.

La Nordisque — Vous avez lancé une campagne de financement participatif (crowdfunding) pour votre dernier album et ça a été une totale réussite, avez-vous été surpris? Comment expliquer ce succès?

Joshua — Ouai on a été surpris parce que je pense que ça reste une nouvelle idée pour les gens, clairement l’industrie musicale change beaucoup en ce moment, et c’était aussi une nouvelle idée pour nous. On est amis avec beaucoup d’autres groupes mais on ne connaissait personne qui l’avait fait à l’époque. Et c’est aussi beaucoup demander aux gens, aujourd’hui que la musique est à ce point gratuite, de payer pour quelque chose qui n’existe pas encore. Oui ça nous a beaucoup surpris tellement c’est allé vite.

La Nordisque — Et penses-tu que ce pourrait être une solution pour l’industrie musicale?

Joshua — C’est d’abord très mauvais pour les maisons de disques. C’est dur pour les labels indépendants, pour lesquels j’ai une grande sympathie, mais pour les majors, qui exploitent les artistes depuis des années, c’est plutôt un « coma ». Je pense que ça ne marche que pour les artistes qui sont assez connus pour avoir des fans mais pas assez pour avoir de l’argent, ce qui était notre situation. Je pense que si tu es un très petit groupe, que personne ne te connaît encore, ça ne va pas marcher. Je pense que ça a marché parce que c’était notre deuxième album, parce que les gens avaient écouté notre premier album et en voulaient un deuxième. Si ça avait été notre premier album, ça aurait été très difficile parce qu’on aurait dit: « on va faire faire un album » et les gens auraient répondu: « okay, on s’en fout ». Si tu avais à le faire je te dirais d’être intelligent parce que si tu ne récoltes pas 100% de l’argent, tu n’as rien du tout, et ça pourrait être une perte de temps.


1 commentaire

Ben · 11 mars 2017 à 1 h 00 min

Merci pour l’interview et la traduction, les gars! La première en français sur laquelle je tombe.
Bonne continuation!

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