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A l’occasion de leur passage au festival lillois Le Père Noël Est-Il Un Rocker ? en novembre dernier, nous avons interviewé GROOVANOVA, le quintet de deep soul aux multiples influences, qui a ouvert la semaine de concerts de cette 21ème édition du festival caritatif. Avec Joanne Loiseau, chanteuse et claviériste, et Mauricio Santana, guitariste et rappeur, nous sommes revenus sur les débuts du groupe, leur vision de la musique et leur objectif de rester musicalement libres et sans limite, ainsi que sur la préparation de leur deuxième album, déjà bien amorcé.

Quelles sont vos impressions sur le concert de ce soir ?

Mauricio : On avait vraiment flippé que le concert soit annulé, mais nous aurions compris si ça avait été le cas. Une fois la soirée maintenue, on a eu peur qu’il n’y ait pas grand monde. Mais finalement tout s’est bien passé et on a vraiment kiffé ! Le concert a eu lieu et on a vraiment senti le support de la part du public. C’était intense !

Est-ce que le fait d’être programmé sur une soirée estampillée « rock » vous faisait peur ?

Mauricio : Non car notre musique est difficile à mettre dans une case, et qu’on ne se limite pas ! On peut être programmés dans une soirée soul, dans une soirée funk comme il y a quelques mois, ou dans une soirée hip-hop sans se sentir en décalage avec la soirée. Tout simplement, nous voulons faire de la musique qui ait une teinte soul, sans pour autant caricaturer la soul. Mais si tu t’intéresses à notre musique, notre démarche est d’avantage une démarche rock.

Joanne : La nouvelle direction que l’on est en train de prendre, qui se dessine depuis la finale du tremplin du Père Noël Est-Il Un Rocker ?, est très influencée rock. Avec Vincent, notre batteur, nous écoutons pas mal d’indie rock ces temps-ci.

Pouvez-vous vous présenter par rapport au lien que vous avez avec la musique et la place qu’elle a dans votre vie ?

Joanne : Je fais de la musique depuis l’âge de 4 ans et demi, j’ai eu un parcours très classique : j’ai fait de l’éveil musical, du conservatoire, de l’initiation au jazz. Puis ensuite j’ai commencé à faire partie de projets, et c’est là que j’ai rencontré Mauricio.

Mes parents sont de grands mélomanes, ils ont toujours voulu que ma sœur et moi fassions de la musique, et dans mon enfance il y avait toujours un moment dans la journée dédié à ça. Plus le temps passe, moins je peux m’en passer, jusqu’à en vouloir faire mon métier, tout en voulant faire d’autres métiers à côté. J’ai fait en sorte de rester dans le milieu, je travaille dans la production musicale, et il y a aussi ce côté artistique qui fait partie de moi, et ce serait tant mieux si j’arrivais à allier les deux.

Décider de laisser autant de place à la musique dans sa vie, c’est un dur cheminement !

Mauricio : A l’âge de 10 ans j’ai commencé la musique et j’ai eu ma première guitare. Au bout de deux semaines j’ai arrêté le conservatoire, mais mon père a voulu que je continue la guitare, que j’ai donc appris tout seul. A partir de ce moment j’ai toujours voulu être musicien, et j’ai tout fait pour. Depuis 5 ans je suis intermittent et ma vie ne se base que sur la musique, le but premier étant de se produire en concert, et ce soir c’est un réel aboutissement de tout le travail qu’on fait avec GROOVANOVA.

Parlons de vos influences. Quand vous décrivez votre musique vous parlez d’un mélange de new soul, de hip hop, de jazz…

Mauricio : En fait, il y a des influences cachées que l’on n’entend pas au premier abord. Chaque membre du groupe a ses propres goûts et inspirations : la folk pour Joanne…

Joanne : Oui énormément, on ne l’entend pas forcément mais elle est très présente dans ma manière d’écrire et de chanter.

Mauricio : …La soul, particulièrement l’évolution de la soul, je pense par exemple à What’s Going On ? de Marvin Gaye, qui a été sa libération du carcan Motown, et qui a ce côté libre et sans limite. Le jazz aussi est très important pour moi ; le hip-hop dont on s’intéresse beaucoup aux rythmiques et aux breaks. Vincent et Thomas (le batteur et le bassiste), ont beaucoup joué de reggae. On ne l’entend pas forcément mais la précision dans leur jeu vient aussi de là. Le rock aussi, car c’est une musique libre, qui ne se limite pas en termes de tempo et de structure.

Joanne : Plus que des influences, ce sont des directions : essayer d’atteindre une forme de liberté, ne pas s’enfermer, rester cohérent.

Quand vous êtes en studio, quand vous composez, est-ce que vous pensez à des artistes ?

Joanne : Je pense surtout à des albums. Je pense à mes 3 albums préférés sur le moment et le son que j’aurai envie de faire en sera la synthèse. En ce moment mes disques préférés sont ceux de Mura Masa, Lianne La Havas et Angus & Julia Stone.

Mauricio : A l’époque où on a fait notre premier album Bad Dayz, je me suis beaucoup inspiré de What’s Going On ? de Marvin Gaye. Aujourd’hui, je m’inspire de Miles Davis dans ma vision de la musique : la manière d’envisager la musique, la place de l’instrument, la manière de faire un concert. Aujourd’hui la direction que je suis, c’est un mélange entre Jimmy Hendrix et Miles Davis. Tu ne l’entendras pas dans la musique car c’est dans l’esprit et la manière d’aborder les choses.

Joanne : Tout à fait, ces façons de travailler et de penser la musique nous servent d’orientations.

Mauricio, à côté de GROOVANOVA, tu fais aussi du rap et tu injectes cette influence dans la musique de votre groupe, est-ce que tu peux nous parler de cette activité ?

Mauricio : Comme je le disais tout à l’heure, j’ai commencé la guitare à 10 ans, et je me suis mis au rap à l’âge de 14 ans, en 1994. Même si j’écrivais mes textes avec ma guitare à la main, je n’ai pas mélangé immédiatement la guitare et le rap, il a fallu que je vois des artistes comme les Fugees ou The Roots pour me dire « Je peux le faire ! ». En 2008, j’ai lancé mon projet solo, qui existe toujours, et à côté de ça je fais plein de choses en tant guitariste, et c’est d’ailleurs parce que je suis guitariste que je vis de la musique aujourd’hui. Le rap est toujours là, et j’accompagne beaucoup de rappeurs.

Avec GROOVANOVA, on s’est dit qu’on avait plus besoin d’inviter sur scènes des rappeurs ou des chanteuses comme on le faisait de temps en temps, et qu’à cinq on pouvait vraiment faire un show à nous : Joanne chante, je peux apporter quelques couplets de rap, et Thomas (le bassiste) fait des chœurs. Je pense qu’on a tous des points forts, et il y a certainement des choses qu’on n’a pas encore exploitées. On va essayer à chaque fois d’enrichir notre musique et notre live avec tout ce qu’on peut apporter.

Joanne : C’est ça, il ne s’agit pas de placer absolument du rap juste parce que tu sais rapper, mais plutôt de se dire : « Tu sais rapper, qu’est-ce que tu peux apporter avec cette manière-là de faire de la musique ? Est-ce que c’est nécessaire ou pas ? »

Mauricio : On a par exemple un nouveau morceau, « Tito », qu’on a joué ce soir et qui est encore en chantier, pour lequel on est parti du rap, alors qu’avant on partait plutôt du chant.

Vous travaillez avec d’autres artistes, récemment vous avez composé l’album de Enz, avec notamment le titre « Selfie » dont le clip est disponible sur Youtube.

Mauricio : Et le reste arrive prochainement ! Pour ce projet on a travaillé très vite, ça s’est fait en quelques semaines.

Joanne : Enz, on l’avait déjà invité avec Oligarshiit sur notre album. Il a beaucoup aimé notre travail sur notre premier disque, ça l’a beaucoup inspiré. Mais Mauricio le connaissait déjà depuis longtemps et avait déjà travaillé avec lui.

Mauricio : J’avais déjà commencé à composer son album il y a plus de deux ans, mais il l’avait un peu laissé de côté pour se consacrer au projet Oligarshiit qui prenait de l’ampleur. C’est en écoutant notre album qu’il a été motivé pour terminer ce disque. Il y avait une base qu’on a affinée avec GROOVANOVA : parties instrumentales, arrangements, voix, tout cela s’est fait très vite.

Joanne : C’est aussi parce qu’on avait été rapides dans la confection de notre premier album (réalisé en 9 mois). On avait trouvé une vitesse de croisière, une efficacité dans notre travail, et on a profité de cette lancée pour bosser avec lui. On a utilisé la même méthode et le son de notre album intéressait beaucoup Enz, donc on l’a conservé pour le sien.

Mauricio : Pour notre premier album, on avait travaillé avec deux ingénieurs du son : Antoine du studio Redroom Records qui nous a beaucoup aidés pour les enregistrements, et pour le mix on a travaillé avec Jee du studio Sweet Basement. Il a fait un travail magnifique sur notre album. Dès le mixage du premier morceau, on a réalisé que ça rendait encore mieux que ce que ce qu’on espérait. Il a sublimé notre travail ! Du coup, on a dit à Enz que s’il voulait ce son-là, il fallait que son disque soit mixé et masterisé par ce gars-là.

Pouvez-vous parler plus précisément du titre « Selfie », qui tourne en dérision la folie des photos-autoportraits ?

Mauricio : J’ai d’abord composé une ligne de basse, puis on a enregistré l’instru, avec une structure précise, sans avoir de texte. Ensuite Enz a écrit les paroles par rapport à la musique, il s’est dit qu’il fallait qu’il se moque de quelque chose dans cette chanson. C’était le bon moment pour choisir ce thème du selfie, ça fusait de partout ! C’était marrant de travailler sur ce morceau car en plus on n’est pas du tout dans ce truc de prendre des selfies n’importe où, tout le temps.

Joanne : En revanche, quand on a fait le clip, on a joué à ce jeu-là et on a bien rigolé.

Vous travaillez en autoproduction, on peut notamment s’en apercevoir dans les vidéos que vous postez où on vous voit travailler dans un appartement.

Mauricio : En travaillant sur le premier album de GROOVANOVA, on a compris plusieurs choses. On a compris qu’il faut que le duo basse-batterie et les voix soient enregistrés dans un vrai studio, pour avoir un son sublime. En revanche, pour les claviers et la guitare, on a travaillé en studio et chez moi, et on s’est rendu compte que les prises faites chez moi étaient aussi bonnes que celles faites en studio.

Joanne : Ça c’est ce qu’il s’est passé pour notre premier album et pour le disque de Enz. Mais je pense que pour la suite, ça va changer, car il y a un vrai travail sonore que j’ai envie de faire et qu’on n’a pas forcément sur le premier album.

Mauricio : Oui car on l’a fait avec les moyens du bord, artisanalement. Si on veut aller plus loin, il va falloir qu’on délègue certaines choses. Et justement, on fait pleinement confiance à Jee, qui nous a demandé récemment de travailler avec lui sur le choix des sons.

Joanne : En ce moment, on est en train de préparer nos maquettes chez nous. Quand l’album sera fait, on partira en studio pour triturer un peu les choses, les affiner. C’est cette étape qui va prendre du temps : insérer Jee dans ce processus et sortir avec quelque chose d’intéressant.

Mauricio : Quelque chose de splendide tu veux dire !

Ce soir vous avez commencé et conclu le concert avec deux nouveaux morceaux. Ils seront sur le deuxième album ?

Joanne : Pas le premier mais le dernier qui s’appelle « Travel Lovers », oui ! C’est notre « première composition post Bad Dayz ». Le premier morceau, c’est en fait un CV créatif que j’ai dû faire pour l’école, j’ai composé une musique sur laquelle je décline mon CV. Mauricio a kiffé, du coup on s’en sert comme introduction de concert. C’est bien d’avoir des morceaux instrumentaux dans le live, ça nous tient beaucoup à cœur parce que nous sommes des instrumentistes.

Mauricio : Le dernier morceau qu’on a composé pour notre premier album, c’est « Bad Dayz », et c’est aussi ce morceau qui donne une nouvelle direction, qui dit ce qui va se passer après. Sur le premier album tout est soul/funk dans l’ensemble, sauf « Bad Dayz ».

Joanne : C’était l’idée de départ de faire un album soul/funk. Après, j’écoute énormément de musique, et avec toutes ces influences, j’ai parfois envie de faire autre chose et je compose d’autres trucs à côté. Et un jour j’ai soumis « Bad Dayz » aux autres membres du groupe et ils ont été chauds pour bosser dessus.

On parlait du travail du son tout à l’heure, est-ce que pour cet album vous avez un objectif en termes de style, de composition ?

Joanne : Oui, ce sera deep soul. On veut faire un album très profond. Ces dernières années, j’ai pris une grosse claque avec la musique de James Blake, l’objectif ce n’est évidemment pas de faire du James Blake, mais ça fait partie de ces façons de penser la musique qui sont incroyables et dont il faut s’inspirer.

Est-ce qu’il y a des artistes que vous avez beaucoup écoutés récemment et qui vous ont inspirés ?

Mauricio : Ça m’a pas encore inspiré, mais récemment je me suis penché sur Jamie Cullum. Il y a un morceau en particulier sur son album Twentysomething, qui s’appelle « But For Now », qui est une chanson d’amour que je trouve magnifique et à laquelle je suis accro en ce moment.

Joanne : Pour moi ce serait le dernier album de Lianne La Havas, Blood, qui est une vraie tuerie. Je n’arrive pas à me passer de cet album, il faut que je l’écoute une fois par jour ! En ce moment j’aime bien aussi « No No No » de Beirut, ce morceau est plutôt cool.

Si vous aviez un disque à offrir à Noël, ce serait lequel ?

Mauricio : L’album live de Lalah Hathaway, Lalah Hathaway Live, parce qu’avec ma femme on s’est rencontré sur du Lalah Hathaway, on l’a vue deux fois en concert, et cet album est super. Donc ce disque sans hésitation !

Joanne : Moi ce serait celui de Nao, qui a posé sa voix sur un titre du dernier EP de Mura Masa. February 15 vient de sortir et il défonce ! Il est soul et groovy à mort, avec une touche d’électro, des beats saccadés, c’est un disque très très prometteur !

Mauricio : Et si je peux en rajouter deux autres, je dirais To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar et Compton de Dr Dre. La première écoute m’avait déçu car je m’attendais à écouter du Dre, mais quand je l’ai réécouté je me suis rendu compte qu’il avait fait mieux que du Dre, il y a plein de belles choses. Pour la fin d’un morceau pendant le concert, on s’est même inspiré d’un truc de son album : il finit l’un de ses titres avec un long passage où il y a seulement un charley qui joue. C’est tout bête mais je trouve ça incroyable, c’est fou pour du rap !

Joanne : Alors j’offrirais aussi l’album précédent de Kendrick Lamar, Good Kid, M.A.A.D City !

Un crowdfunding a été crée sur le site diggers factory pour produire leur premier album sur vinyle !

Soutenez le projet ici :https://www.diggersfactory.com/pro…/66/groovanova-bad-dayz


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