Interview : Fujiya & Miyagi

Fujiya & Miyagi

Tête d’affiche de la soirée rock du festival Le Père-Noël Est-Il Un Rocker ?, les anglais de Fujiya & Miyagi nous ont régalés avec un live où l’artiste s’efface pour ne laisser place qu’à la musique à l’état pur. On a pu rencontrer ses membres fondateurs Steve Lewis et David Best qui nous ont parlés de leur carrière et de leur rapport à la musique en toute simplicité.

Salut les gars, ravis de vous avoir parmi nous ce soir. Pour commencer est-ce que vous pouvez nous rappeler d’où vous venez, quel type de musique vous jouez et aimez ?

David : Je m’appelle David, de Fujiya & Miyagi. Je viens de Brighton, une ville anglaise en bord de mer. Notre groupe est beaucoup influencé par la musique électronique, la pop, le funk … On aime mélanger différents genres.

Steve : C’est parfait, je n’ai rien à rajouter.

D : J’en suis pas sûr…

S : Mais c’est déjà quelque chose… (rires) Ouais, c’est bien !

C’est la première fois que vous jouez à Lille ?

D : Non, on a déjà joué à la Péniche avant. C’est au moins la deuxième fois car je me rappelle être allé au moins deux fois chez le disquaire ici, et c’est toujours bien.

S : Oui nous sommes déjà venus quelque fois. Ça fait 10 ou 11 ans qu’on fait ça, donc…

D : C’est une ville sympa ! Je l’aime bien, surtout grâce à ce disquaire.

S : Oui, on avait un jour ou deux de repos il y a 2 ans quand on a joué à La Péniche. C’était la coupe d’Europe de foot, et la France jouait la Bosnie je crois. Il y avait une bonne ambiance, c’était festif !

Êtes-vous, comme certaines personnes, nostalgiques de l’époque où il fallait aller chez le disquaire pour écouter de la musique ?

S : J’aime vraiment le mouvement actuel. Je n’ai plus de CD, j’écoute de la musique seulement sur Spotify et sur vinyle. Ces deux supports me conviennent parfaitement. Il y a un côté avec les vinyles que j’aime beaucoup, mais j’aime aussi Spotify et ses playlists. Et il faut bien voir qu’avec Spotify, les artistes sont payés maintenant, ce qui n’était pas le cas avant. Même si le montant reste faible et insuffisant, c’est déjà ça.

D : Pour moi, ce n’est pas pertinent d’être nostalgique parce qu’on ne peut rien y changer. Lorsque tu es musicien et que tu gères un label, tu dois vivre avec ton époque. Moi je n’utilise pas Spotify. Je préfère aller chez le disquaire parce que je trouve le contact qui y existe intéressant.

S : Quand j’étais enfant, le vinyle déclinait pour le CD. Et ce qui était sympa chez le disquaire c’était le côté social. Lorsque que ton groupe préféré sortait un album, tu ne pouvais pas l’écouter avant qu’il soit dans les bacs. Donc quand tu allais chez le disquaire tu étais très excité, et tu écoutais l’album sur place, et tu te disais « Oh… ». C’était sympa.

Fujiya & Miyagi Album

Que représente votre dernier album, Fujiya & Miyagi ?

D : Je pense que souvent un album qui porte le nom d’un groupe qui joue depuis quelques années déjà est soit signe d’un manque d’inspiration ou d’un nouveau départ. Pour nous, c’est le premier album avec deux nouveaux membres, le premier album sur notre label, ce qui n’est pas rien. Nous avons voulu le faire seul. En plus notre nom est assez inhabituel et dur à retenir. Et je pense qu’en nommant l’album Fujiya & Miyagi, on a deux fois plus de chances que les gens retiennent notre nom.

Et pourquoi le sortir en trois EP ?

S : En fait c’était nécessaire. On aimait le concept, on venait de lancer notre label et on pensait que ça pouvait être vraiment sympa. Le concept était d’acheter le premier EP, et qu’avec vous aviez la pochette pour les deux suivants. On aimait cette idée. En plus, cette manière de travailler est plus adaptée aujourd’hui, on a tous une famille et ça aurait été plus délicat de l’enregistrer en une fois. Le faire par groupe de 3 ou 4 morceaux nous allait parfaitement.

D : C’était cool que les sons sortent au compte-goutte plutôt que de faire un album et de disparaitre pendant 2 ans avant le suivant. De nos jours, l’industrie musicale évolue vers un nouveau fonctionnement, et il faut suivre cette évolution pour ne pas disparaître.

S : Oui, parce que parfois tu peux sortir un album, un morceau, et c’est tout. Alors que quand tu as 3 EPs, tu as plus de chances que des gens en parlent, et le projet s’inscrit plus dans la longueur comme l’a dit Dave.

C’est une manière de montrer comment vous avez évolué entre les EP aussi ?

S : Oui, on peut voir ça comme ça, mais le tout reste bizarrement très cohérent. Alors qu’on aurait pu penser que ça ne le serait pas, non ? On a l’impression que le premier EP est un peu plus électronique, alors que le second s’est fait avec deux nouveaux membres dans le groupe et le troisième est une sorte de mélange des deux. Mais lorsqu’on a commencé à rassembler tous les morceaux pour l’album, à les mettre dans l’ordre, tout nous a semblé très cohérent

D : C’était aussi bien plus facile ; je pense que cela vient du fait de se concentrer sur 4 morceaux en une fois plutôt que sur 12. Et le fait que les morceaux soient meilleurs fait qu’ils s’assemblent mieux.

Vous venez juste de dire que vous aviez été influencé par la musique électronique, et j’ai lu que vous aviez des liens avec la scène rave anglaise. D’où cela vient-il ?

S : Quand j’étais jeune dans les années 90, la musique électronique était très importante en Angleterre. Je suis juste tombé dedans, et j’ai adoré cette musique. J’adore les sonorités dansantes des raves, le côté amusant, mais aussi les trucs comme Aphex Twin que tu peux écouter à la maison.

D : Je me souviens d’une fois où tu es allé en rave, et ils ont passé Talking HeadsOnce in A Lifetime, et tout le monde criait  » Woooooohh « .

S : On a eu de la chance dans les années 90. Il y avait beaucoup de fêtes illégales sur la plage, et elles étaient tellement bien. L’atmosphère était agréable. Pas mal de personnes avaient un soundsystem, le frère de Dave en avait un. Il l’installait et les gens devenaient fous. C’était une époque très excitante.

Est-ce que cette scène rave vous influence encore ?

S : Oui, de manière nostalgique je pense. Même si elle existe encore. Les gens continuent de sortir et faire la fête. Mais cela a un peu changé je pense.

D : Nous avons fait ce morceau sur Artificial Sweetness en 2014 qui s’appelle Tetrahydrofolic Acid. C’était censé être un morceau de rave avec des sonorités acides.

S : Personnellement, je ne sors plus tant que ça. Je ne peux plus, j’ai une famille et je suis déjà en tournée tous les weekends. C’était une grosse part de ma vie dans mes 20 ans, mais plus maintenant, je ne vais pas vous mentir.

Justement par rapport à votre morceaux Tetrahydrofolic Acid, il fait référence au corps humain comme beaucoup de titres de vos morceaux. D’où cela vient-il ?

D : Je ne sais pas … Je pense qu’au début et sur Transparent Things, on a fait beaucoup de références au corps humain et à des éléments physiques. Et je pense que cela est dû au fait, qu’à ce moment-là, je n’avais pas encore vécu grand-chose et que mes principales influences étaient dans ce qui m’entourait, mon corps et ce qui lui arrivait. Comme quand j’étais petit et que je me suis cassé la clavicule (Collarbone) ou mon joueur de foot préféré, David Rocastle, qui s’est blessé au genou. Mais j’ai dit que c’était la cheville parce que ça sonnait mieux (Ankle Injuries). Je pense que ça vient de là. L’album suivant c’est Lightbulbs et là je suis passé de mon corps à ma maison, et plus on a voyagé, plus on a agrandi notre champ. Mais ça revient encore maintenant un peu, cette obsession avec le soi physique, ce qui arrive au corps. Je ne sais pas trop pourquoi.

Pour revenir à la musique électronique, quelles sont vos influences aujourd’hui ?

S : J’aime vraiment beaucoup l’italo-disco, mon morceau préféré reste I Feel Love de Donna Summer. Je le trouve juste parfait. J’aime aussi tout ce qui a été influencé par ce morceau. Mais souvent, ils n’ont pas les moyens ou la valeur pour l’égaler, et il y a certaines imperfections, qui n’en restent pas moins agréables. Souvent ils font un son et ils disparaissent. Et pour trouver ce son brillant, tu dois chercher à travers tellement de déchets ringards. Je pense qu’en fait nous nous voyons tous les deux comme un groupe de musique électronique. On a des guitares, une basse, un set acoustique, mais dans le fond, on est et on veut être un groupe de musique électronique.

Donc vous voyez moins comme un groupe de rock ?

D : Oui, je n’ai jamais pensé qu’on était un groupe de rock, et j’ai toujours voulu qu’on soit un groupe de musique électronique

S : Je pense que lorsqu’on joue sur scène, on a choisi de se rapprocher d’un mix entre les deux, parce que ça marche mieux que d’être simplement derrière un ordinateur. Donc on a décidé de le faire avec une guitare, une basse, et je pense que ça marche.

Du coup, vous écrivez vos morceaux plus pour les jouer sur scène ou pour qu’ils soient écoutés à la maison ?

S : Parfois on écrit un morceau qui commence de manière très électronique. Puis on le joue en live et il devient un truc totalement différent parce qu’il ne marchait pas vraiment en tant que morceau électronique. On a fait ça pas mal de fois.

D : On se demande souvent ce qu’il manque à un set live et ce qui pourrait le rendre meilleur, alors qu’avant nous sortions juste les morceaux que nous faisions. C’est la grande différence. Avant nous étions influencé par d’autres groupes. Mais maintenant, nous faisons juste la musique de Fujiya & Miyagi.

Vous chuchotez souvent dans vos morceaux, d’où cela vient-il ?

D : Eh bien, cela vient de mon incapacité à chanter juste.

S : As-tu déjà essayé ? (rires)

D : Quand j’étais plus jeune, je n’avais pas la confiance pour chanter. Mais j’adorais Serge Gainsbourg, c’est un grand héro pour moi. Lorsqu’il arrêtait de chanter pour chuchotait, je me suis dit  » Ah ouais, je pourrais faire ça ! « . Damo Suzuji de Can chuchotait aussi. J’ai toujours été attiré par ce genre de non-chanteurs comme Mark E. Smith de The Fall ou John Lydon de PiL. Il ne chuchotait pas mais avait une voix unique. Même Bowie avait cette façon de parler, et j’adore David Bowie. Quand Steve et moi avons commencé, nous étions vraiment instrumentaux. Quand tout le mouvement post-rock est apparu avec des groupes comme Tortoise ou Mogwai, on avait suivi le mouvement. Je n’ai jamais voulu être un chanteur, c’était ridicule.

Et maintenant, quand vous regardez en arrière, qu’a pu ajouter le fait de chuchoter à votre musique ?

D : Je pense que chuchoter est en quelque sorte très personnel. J’aime me dire que les personnes qui écoutent ma musique ont l’impression que je leur parle directement. Ce serait totalement différent si je criais. Chuchoter ajoute peut-être un peu plus de passion. Et j’aime ça, je ne peux rien y faire …

Pour conclure cet interview, nous aimerions vous poser une dernière question que nous posons souvent. À la Nordisque on aime faire découvrir de nouveaux morceaux. Vous pouvez partager quelques morceaux ou albums que vous avez aimé en 2017 ?

D : J’adore James Holden et son album The Animal Spirits qui vient de sortir, il est génial. Nous sommes aussi amis avec Annie Hart de Au Revoir Simone. Elle vient de finir un album solo qui est brillant. Je vous conseillerais surtout celui-là.

S : J’ai vu Colin Stetson sur scène et il m’a vraiment époustouflé. Il joue du saxophone et utilise le truc de la respiration circulaire. Ça fait des années qu’il tourne mais je viens juste de le découvrir.

D : Il y a tellement de choses de nos jours, c’est vraiment excitant. Grâce à internet, il y a des nouveautés toutes les heures. C’est plus facile d’avoir accès à la musique aujourd’hui, si on vous conseille un morceau, vous pouvez tout de suite l’écouter sur YouTube ou Spotify.

Merci pour votre temps et bon concert !

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