Sans titreÀ l’occasion de la sortie du dernier Anderson .Paak, partons à la découverte de ses amis de Hellfyre Club.

Il y a quelques jours, Anderson .Paak a sorti son nouvel album intitulé Malibu. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Anderson .Paak fait partie des artistes que l’on aura le plus vu en featurings cette année (avec E-40). De The Game au dernier projet de Med, Blu & Madlib, il est littéralement partout. Mais son featuring le plus notoire de l’année est son travail sur le nouvel album/bande-son de Dr. Dre, Compton, où il fait une apparition sur pas moins de 6 titres! Il se trouve que le D.R.E. a eu vent de son travail au sein du groupe NxWorries (prononcé « No worries »), où il s’allie avec le producteur californien Knxwledge (au passage, allez jeter un coup d’œil sur sa page Bandcamp, c’est une mine d’or) pour créer un mélange assez surprenant de hip-hop et de R&B sexy. Leur premier morceau « Suede » aurait retenu son attention… On comprend pourquoi.

Depuis la sortie de Compton, Anderson .Paak a fait l’objet d’un buzz soutenu, grâce en partie à Dr. Dre qui lui a fait la pub sur son émission de Beats 1, The Pharmacy. Comme dans son album précédent, intitulé Venice (en hommage à Venice Beach à Los Angeles), Malibu fonctionne comme une sorte d’accumulation de styles propres à l’histoire de la ville de L.A. et aux communautés noires. Le son de .Paak est imprégné par la musique soul, le gospel (.Paak a fait ses débuts de chanteur à la chorale de sa paroisse), la funk, le jazz et bien sûr le hip-hop. Là où des artistes comme Kendrick Lamar, Kamasi Washington, Madlib ou Dr. Dre adoptent des approches focalisées sur un style en particulier, .Paak brasse très large. Le résultat est un album tout en couleurs, où ça sent bon la Californie. L’écriture est parfois un peu inégale, malgré tout on a le droit à des beaux moments. Dans « The Waters », .Paak est rejoint par son pote BJ the Chicago Kid sur une production de Madlib ; avec « Am I Wrong » on a le droit à un mélange de funk et de swing infectueux concocté par le canadien POMO (de HW&W) ; enfin sur plusieurs morceaux, .Paak nous donne un aperçu un peu plus personnel sur son passé et ses fragilités, avec « The Bird » et « The Season/Carry Me ».

À l’occasion de la sortie de Malibu, je me suis dit que cela serait propice pour parler de quelques autres artistes talentueux de l’entourage de Anderson .Paak, et notamment du label/collectif californien dont ce dernier fait partie, Hellfyre Club, créé en 2011 par un producteur/rappeur de Los Angeles, Nocando. Ancien animateur de Low End Theory, une soirée dédiée aux producteurs de hip-hop et de musique électronique expérimentale de L.A., Nocando était à l’origine beaucoup plus impliqué dans ce que l’on appelle la « beat scene » de la côte Ouest, qui a vu émerger des artistes tels que Daedelus, The Gaslamp Killer, The Glitch Mob, Nosaj Thing ou encore Flying Lotus. C’est après avoir passé quelques mois au Japon pour l’inauguration de la nouvelle antenne de Low End Theory que Nocando décide de lancer son propre label, davantage centré autour du rap, mais toujours avec cette approche plus expérimentale de la production. Hellfyre Club compte aujourd’hui près de douze membres (la liste varie régulièrement), et trois compilations dont la dernière, intitulée Dorner vs. Tookie et sortie en 2013 sert de première vraie introduction au public.

Aujourd’hui nous nous arrêterons seulement sur les plus grands noms du collectif, par souci de temps, néanmoins je vous invite à aller écouter les projets des artistes moins connus, qui sait, peut-être trouverez vous quelque chose plus à votre goût que ce que je vais vous présenter ici.

  • Open Mike Eagle :

Originaire de Chicago, Open Mike Eagle se destinait à l’origine à une carrière dans la psychologie, avant de se reconvertir dans le rap. Il fait partie de multiples collectifs de rap californiens, dont Project Blowed et Thirsty Fish, et a aussi une carrière solo assez prolifique. Son dernier album sorti en 2014, Dark Comedy, met en scène l’humour décalé du personnage (comme son nom l’indique) avec en guest star l’humoriste Hannibal Buress, un de ses amis de longue date. Mieux encore, son dernier EP A Special Episode contient l’un de mes morceaux préférés de l’année dernière, où il pousse cet humour noir à son paroxysme.

  • Milo :

Milo est également un originaire de Chi-Town. Venu du Wisconsin pour rejoindre ses idoles Open Mike Eagle et Busdriver, Milo est l’artiste étant resté le moins longtemps sur le label. Malgré tout, il mérite d’être ici nommé, pour la qualité de ses raps et un flow qui ressemble par moment plus à une élocution naturelle qu’à autre chose. Son dernier album, So the Flies Don’t Come (entièrement produit par un autre artiste de Hellfyre Club, Kenny Segal), est une véritable pépite que je vous recommande chaleureusement.

  • Busdriver :

Enfin, Busdriver peut être considéré comme le vétéran du collectif. Son premier album solo, Temporary Forever, date de 2002, et constitue une influence majeure pour beaucoup d’artistes du label pour son approche « alternative » au genre du hip-hop. Il créé avec Nocando le duo Flash Bang Grenada, avec lequel il sort 10 Haters en 2011. Son projet solo, Perfect Hair, sorti en 2014 marque son retour à un style de rap excentrique, à la fois dans les productions et dans le flow. Son dernier album, Thumbs, poursuit cette dynamique avec quelques morceaux assez géniaux, où l’on retrouve d’ailleurs quelques membres de Hellfyre Club, comme avec « Worlds to Run » :

Il semblerait qu’aujourd’hui le futur du collectif soit compromis. Pour des raisons encore un peu floues, Hellfyre Club n’est plus. Comme le disait Busdriver lui-même lors d’un interview avec Anthony Fantano de The Needle Drop : « It was time to leave the umbrella ». Dans ce même interview, il fait allusion au départ de Milo comme un des tenants de cette séparation, avant de rajouter que cela n’a aucune importance : selon lui le plus important est que chaque artiste trouve son espace de création optimal. Il argumente que de toute façon, ce genre de formation est irrémédiablement destiné à la destruction. Qui plus est, il finit par nous rassurer : beaucoup de projets des anciens membres sont en route, et l’on peut donc s’attendre à de belles choses de ce côté.

La mort de Hellfyre Club n’est donc que le début de quelque chose de plus grand et de plus beau. Ça vous tente ?

Cyril

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