Émergence et naissance du label

Dans cet article, la Nordisque vous propose de voyager entre le Maghreb et le Machrek pour se plonger dans le monde magique de la funk arabe qui a eu sa période de rayonnement entre les années 1970 et 1980.

Cet attrait pour les musiques disco orientales refait surface en 2015 quand un Dj allemand du nom de Jannis Stürtz (co-créateur du label Jakarta Records) découvre, après ses multiples voyages en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, toute la richesse des musiques populaires du monde arabe. En rentrant de son voyage, il décide de créer un sous-label sous le nom d’Habibi Funk. (Habibi signifiant « mon amour » ou « chéri » en arabe).

La force de ce label exotique tient du fait que son créateur et ses équipes ont voyagé énormément à travers les pays arabophones pour digger et faire resurgir les meilleurs sons traditionnels afin de les réediter et de les compiler dans des playlists de funk, de disco ou encore de jazz. Le but du label est également de rassembler et de valoriser la magnifique diversité des musiques arabes en puisant dans tous les styles possibles en passant de la disco egyptienne, du jazz soudanais ou encore de la bossa-nova libanaise.

Des difficultés pour digger et retrouver les sons dans les confins des pays arabophones

Excepté au Caire où il fut plutôt facile de retrouver les musiques de cette période-là, la plus grosse difficulté pour les membres du label Habibi fut de retrouver les disques, les vinyles et surtout les cassettes qui passaient dans les années 70-80 ainsi que les auteurs, parfois inconnus, pour pouvoir obtenir leur accord et leur droit. Dans un article pour une radio, le co-fondateur explique avoir dû faire 6 voyages au Maroc pour retrouver la famille d’un des tous premiers artistes qu’ils ont réedité car ce dernier était décédé au début années 90. Il raconte que c’est finalement en se baladant dans un vieux café marocain, avec la photo de l’artiste, qu’un client s’est souvenu où habitait sa famille il y a plus de 15 ans et a pu leur permettre de retrouver son frère et sa sœur.

Le créateur du label raconte également à quel point il fut difficile d’extraire de la musique du Soudan, pays dans lequel l’État contrôle tout, y compris les droits sur la musique et le copyright. Heureusement, il y existe encore des sessions radios qui lui ont permis de retrouver des extraits.

Une épopée sonore

Je vous propose maintenant de voyager au travers d’extraits musicaux dans les trois pays (l’Égypte, la Libye et le Soudan) qui me semblaient les plus intéressants à étudier pour comprendre dans quel contexte ces musiques ont été faites.  Ces trois-là ont en effet connu des histoires très différentes et ont tous été influencés par des styles de musique différents : l’Égypte avec la disco, la Libye avec le reggae et le Soudan avec le jazz. C’est en puisant dans la diversité des styles musicaux de ces pays que sont nées la richesse et l’originalité musicale du label Habibi.

L’Egypte, cœur de la disco arabe

Dans les années 1970, l’Égypte voit déferler une vague de disco, mélangée au jazz et à la pop, dans ses clubs et ses bars. Au même moment, les égyptiens découvrent les tout premiers instruments de musique électronique importés tout droit d’Europe ou des États-Unis. Des chanteurs venus de tout le Maghreb viennent tenter leur chance et se produisent au Caire avec leur groupe de musique pour tenter d’accéder à la célébrité. C’est ce que va faire le jeune chanteur et compositeur lybien Hamid Al-Shaeri, le même qui deviendra plus tard l’un des principal représentant de la pop et disco égyptienne occidentalisée, accompagné de son célèbre synthétiseur.

Ayonha, son principal tube qui lança sa carrière
Son magnifique morceau Reet, resté étonnement peu connu du public

La Libye et l’influence reggae

La Libye, avec sa voisine l’Égypte, restent les deux pays les plus marqués par l’émergence de la disco et de la funk. Cependant, dans ce pays, ce n’est plus vraiment la pop occidentale mais le reggae qui va influencer les productions des chanteurs. Des chanteurs libyens contemporains comme Ahmed ben Ali vont fortement puiser dans ces deux styles de musique pour composer des tubes nationaux, notamment dans les années 2000. En Libye, la mode est également à l’imitation arabisée de tubes disco américains et européens célèbres. C’est ce que va faire le grand chanteur Najib Ahloush avec sa reprise du morceau « Staying Alive » des Bee Gees.

Ya Aen Daly, version arabe des Bee Gees
Subhana, le titre reggae majeur d’Ahmed Ben Ali
Tous les sons reggae & disco libyen compilés dans une playlist

Le Soudan, entre jazz et régime socialiste

Sharbabeel Ahmed, pionnier de la groove soudanaise

Le Soudan, débarrassé de la tutelle britannique en 1969 mais encore sous la dictature d’un militaire soudanais communiste puissant, retrouve ses artistes et ses jeunes musiciens dans les nombreux bars et clubs où viennent les différents expatriés encore présents dans le pays. Dans ces boîtes vont se produire des artistes de passage qui commencent à mélanger les musiques traditionnelles locales du pays avec de le jazz et de la soul, deux styles directement importés pendant la guerre. Condamné à s’adapter à son public, de nombreux artistes soudanais laissent libre cours à leur créativité et inventent des sons reprenant jazz et musiques traditionnelles. C’est ce que va faire Sharbabeel Ahmed, le « Roi du jazz soudanais » qui va à tout jamais transformer l’histoire musicale du pays.

Son morceau jazz/rock le plus célèbre, Argos Farfish
Ya Dunya, mon morceau coup de coeur

Si tu veux approfondir les trésors d’Habibi Funk avec une playlist qui m’a fait kiffer sur Spotify :  

Le lien de leur chaîne YouTube :

https://www.youtube.com/channel/UCSzlOYn5Ae0KO94AWy7XeVw

PIERRE F.

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