Etes vous déjà tombés sur le logo du Dorian Gray en écoutant des sons sur youtube (Nicolas Jaar notamment) ? avez vous déjà entendu parler du Robert Johnson, du festival cocoon in the park, du label cocoon ou encore de Sven Väth ? Et bien tous ces éléments ont un point commun : la région qui les a vu naître et fait grandir !

1978 : Le Dorian Gray

En 1978, Michael Presinger et Gerd Schüler promoteurs évoluant dans la région de Francfort furent contactés par l’aéroport local afin d’y ouvrir une discothèque. Le but était d’attirer du monde dans cette région quasi morte. Le « Dorian Gray » ouvrira ses portes quelques mois plus tard, un premier pas pour cette région dans la club culture internationale car le club rencontrera un immense succès à l’époque et ce pour plusieurs raisons …

Tout d’abord le choix d’un l’aéroport comme emplacement était extrêmement intelligent. En plus d’être un lieu atypique, il offrait la possibilité d’être un peu excentré de Francfort et de ne pas trop subir les réticences des locaux, sans quoi le club aurait été rapidement fermé. Un seul inconvénient à ce lieu : n’étant pas au sein d’une grande ville, une mauvaise promotion aurait pu le condamner, mais les deux gérants savaient très bien ce qu’ils faisaient. Deux soirées (puis trois du fait du succès rencontré) non officielles ont lancé le Dorian Gray, le travail de communication a été très important pour l’époque. Notamment les invitations, elles étaient délivrées sous la forme d’une édition spéciale du livre d’Oscar Wilde « The picture of Dorian Gray » avec une couverture argentée.

Les clients ont, par la suite, été rapidement séduits par son soundsystem unique : 4500 Watt de matériels, installés par nul autre que Richard Long, considéré comme le meilleur ingé son de l’époque (On lui doit aussi le Studio 54, le Paradise Garage ou encore le Ministry of Sound). Andreas Tomalla raconte : « Le sound system contenait un amplificateur de basse d’une puissance telle que lorsque le DJ mettait les basses, on pensait la salle secouée d’un tremblement de terre et tout le monde commençait à crier, c’était incroyable ». Un Soundsystem de cette qualité a permis au club de se différencier et de gagner en popularité auprès des initiés, la bouche-a-oreille faisant le reste…

En dehors de la région, le Dorian Gray acquis beaucoup en popularité grâce à la réputation des soirées « sans limites » qu’il accueillait. Cela a été rendu possible par un choix très sélectif des clubbers et habitués : ne rentrait pas au Dorian Gray qui voulait. Le studio 54 eu d’ailleurs une influence importante sur la politique d’entrée du club : Stars du cinéma et de la télé, Drag Queen, travesties , folles, gothiques s’y mélangeaient … En fait, toute personne montrant une certaine singularité dans son accoutrement et /ou comportement y avait une place réservée. A cette époque le club était ouvert 5 jours sur 7 et ne désemplissait pas ! La plupart des clubbers ne venaient pas de Francfort mais de villes plus jeunes et festives comme Hambourg, Mannheim, Wiesbaden, Munich, au fil du temps des internationaux se mêlèrent à la foule locale … A l’ouverture le jeune Sven Väth, âgé d’une quinzaine d’année, se faisait refouler presque chaque soir mais, pour lui, l’observation de l’entrée était à elle seule un spectacle qui valait le déplacement.

Enfin les gérants de la discothèque ont très vite compris la révolution qu’était en train de vivre la musique à cette époque. Leur vision leur a permis de s’adapter rapidement à la demande inhérente de la clientèle. A partir de 4 heures du matin, la musique n’était plus qu’électronique et les Djs avaient toute liberté dans leurs choix. En 1985, Sven Väth y passera ses premières productions. Le Dorian Gray a été le premier club à offrir des soirées consacrées à la musique électronique. Sans lui, la région ne serait sûrement jamais devenu un berceau de la club culture Allemande

1988 : Le Omen

En 1988, Sven Väth, Michael Munzing et Mattias Martinsohn reprennent un club appelé le Vogue (dans lequel ils mixaient), le reconstruisent et ouvre Le Omen à la place. Ce lieu avait pour but de réunir les genres de musiques nés quelques années auparavant : balearic sound, New beat, Acid, industriel … Mais le public était un peu désemparé face à cette diversité musicale, au point que Sven décida en 1989 de lancer sa première soirée entièrement house et techno « let’s sweat, keep your body wet ».

Parallèlement, le mouvement musique électronique se diffusait largement aux EU et en Europe et le rythme des productions permettait aux Djs de spécialiser leur discographie techno/house tout en comblant la foule de nouveautés. C’est ce que Sven fit et le Omen suivit. Dès lors, le club qui initialement fermait à 4h du matin commença à prolonger ses nuits jusqu’à 6h, le nombre de personnes participant aux soirées augmenta aussi drastiquement. Il était alors le seul club à proposer une programmation musicale de qualité et non commerciale puisque son directeur artistique, Sven Väth refusait tous compromis commerciaux pour plaire et était extrêmement pointilleux dans ses bookings. Pour preuve dès 1991, il invita Underground Resistance et accueilli la première soirée du label Warp. Les années 90 ont aussi été la période pendant laquelle les gens commençaient à accorder de l’importance au line up, le fait que Sven ait été un Dj eut alors aussi son importance puisque son réseau lui permettait d’inviter les meilleurs Djs du moment dans son club.

Le Omen devint un véritable lieu de pèlerinage pour les clubbers. Ainsi quand le club ferma du fait d’un problème avec le propriétaire des terres, la dernière soirée eut un tel succès que des enceintes furent placées à l’extérieur du club et les gens dansaient depuis la rue (cf vidéo). De ce club il ne reste qu’une discographie de plus de 10000 vinyles … Mais aujourd’hui il reste considéré comme un des lieux de naissance de la techno en Allemagne.

1990 : Love parade

Dès la fin des années 80, les personnes et clubs qui composaient la scène de Francfort inspiraient à travers le pays et même au delà des frontières Allemande. D’une part c’était la scène Allemande qui s’était le plus rapidement spécialisée techno/house répondant ainsi à l’appétit et à la folie des clubbers des années 80 et 90. D‘autre part, cette mutation s’est faite sans lésiner sur la qualité des soirées, car les personnes qui composaient la scène étaient alors des passionnés, présents par amour de la musique et non de l’argent (l’argent était souvent directement réinvesti dans les clubs sans passer par la case salaire). Les acteurs de la scène formaient un réseau extrêmement soudé et envié. Le Omen leur avait permis d’acquérir une popularité très forte en Allemagne. C’est donc naturellement qu’ils eurent droit à un bus pendant la love parade de 1990 à Berlin. Il était recouvert de stickers avec écrit « Don’t mess with Francfurt ».

Sven Väth raconte : « C’était incroyable, je pense que c’est un de ces évènements qui a planté les graines de ce que l’Allemagne représente aujourd’hui sur la scène électronique. Pendant des années les USA et l’Angleterre dominaient. Qui aurait pu croire qu’un jour on les dépasserait ? »

Cet évènement imposa une bonne fois pour toute le rôle de Francfort comme pilier de la club culture techno dans l’inconscient collectif.

Le Delirium record shop

Dans les années 90, Henze (alors Dj au Plastik) et Ata (Dj et actuel directeur du Robert Johnson), ouvrirent un record shop appelé Delirium. Ce shop joua un rôle important pour la scène. Rappelons qu’à l’époque il n’y avait pas internet et sa base de donnée musicale infinie, Shazam n’existait pas non plus. Les clubbers se baladaient sur le dancefloor avec une feuille à la main pour noter les sons qu’ils aimaient et tentaient après des les dégoter auprès de disquaires, ce qui se révélait souvent long et fastidieux. En fait, être un bon Dj à l’époque se résumait surtout à avoir un disque avant tout le monde. Ainsi dès l’ouverture du shop, les deux gérants passèrent leurs soirées au Omen pour tenter de récupérer les références jouées par Sven Väth. Les clubbers et DJs savaient alors où se procurer les disques qu’ils avaient entendus la veille et Delirium se créa rapidement une clientèle fidèle. Gagnant en popularité, le shop se développa peu à peu et ses gérants passionnés étendirent rapidement leur périmètre de récolte de pépites au delà du Omen et de la région. Ils devinrent ainsi le disquaire favori de Sven. A partir de cet instant, le shop était devenu un lieu important de rencontre et d‘échange entre les différents acteurs de la scène et participa activement à la création d’un réseau fort. D’ailleurs le jeune Ricardo Villalobos, natif de la région, s’y fournissait lui aussi.

Bien sûr, citer ces quatre seuls éléments de la scène, ce n’est pas lui faire justice. Il y a eu beaucoup d’autres clubs, bars et personnes qui ont joué un rôle important dans son émergence mais il est compliqué d’être exhaustif lorsqu’on ne l’a pas vécu.

Si vous voulez en savoir plus je vous conseille de lire « Come on in my kitchen », le livre retraçant l’histoire du Robert Johnson, duquel j’ai tiré nombre de mes informations pour écrire cet article (attention il n’existe qu’en anglais et allemand). Pour en vivre plus, je vous conseille d’aller passer une soirée au Robert Johnson …

Mathilde

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