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Ah Berlin, capitale de l’Allemagne mais surtout paradis pour tous les clubbeurs en herbe que voit naître notre génération. Depuis maintenant un peu plus de 25 ans, la ville s’est élue au rang d’épicentre des musiques électroniques avec Detroit et Londres et non sans raison : Elle compte à elle seule plus de 190 clubs, dont certains ont modelé l’histoire comme le Berghain, le bar 25 (aujourd’hui Katerblau) ou encore le Tresor ; mais aussi plusieurs dizaines de disquaires et des milliers d’artistes qui viennent s’y installer chaque année pour faire des rencontres et élargir leur horizon artistique.

Pas étonnant donc que la ville soit devenue la destination de technogrirlprédilection de nombreux jeunes qui sont plus de 10 000 à s’y rendre chaque week-end dans le seul et unique but de faire la fête, danser et prendre beaucoup trop de drogues.Et c’est peut-être en France qu’on trouve le plus grand nombre d’aficionados de cette hype Berlinoise. Il suffit de voir à quelle vitesse la mode vestimentaire Berlinoise à envahi le sol français : sneakers, pantalons retroussés, anneaux dans le nez,barbes, side cuts et chignons posés sur le haut du crâne, rien n’est laissé au hasard. Avec l’émergence d’une vraie scène électro à Paris et dans le reste du pays, il est donc légitime que nous prenions en exemple nos voisins d’outre-Rhin, à l’image des soirées parisiennes BP (Berlinons Paris) et du nombre croissant d’artistes choisissant pour eux même, leurs labels ou leurs tracks des noms aux sonorités allemandes. Je reste pourtant convaincu que nous nous fourvoyons en tentant d’imiter à tout va ce qui par essence ne peut être imité et ce pour plusieurs raisons :

Horaires tardifs

C’est bien connu, à Berlin les nuits n’ont pas de fin. Les Berlinois purs et durs arrivent en boîte vers 3h30-4h (pour éviter la foule de touristes clubbeurs qui n’ont que faire de préserver l’atmosphère naïve et joviale des torrides nuits de la capitale) et y reste jusqu’au soir voire jusqu’au surlendemain soir.

Et, comme souvent à Berlin, il faut remonter dans l’histoire pour trouver l’explication de ses nuits « ohne Ende » : Après la seconde guerre mondiale, la ville est coupée en deux : un bloc pro-capitaliste et un bloc pro-communiste. Le couvre-feu y est d’abord fixé à 21h mais pour faire toujours faire mieux qu’à l’ouest, le gouvernement de Berlin-Est décide de fixer le sien à 22h. L’ouest décide par la suite de s’aligner sur cette horaire, provocant une réaction immédiate des Russes qui repoussent encore leur couvre-feu jusqu’à 23h. Heinz Zellermayer, patron du syndicat des hôteliers et restaurateurs décide alors de se lancer dans une croisade pour des nuits sans fin, il va voir chacun des responsables de chaque zone du bloc-ouest pour demander la suppression du couvre-feu. Il se heurte tout d’abord au refus catégorique des commandements militaires français et anglais mais c’est finalement le général américain Frank Howley qui accepte, cédant à l’argumentaire de Zellermayer. Une période d’essai est décidée pour une durée de 14jours, elle ne sera jamais levée !
Pas la peine donc d’espérer recréer l’impression de fête infinie en France lorsqu’on sait que la plupart des boites de nuits ferment au plus tard à 7h et ce n’est pas notre Hollande national ou son successeur, quel qu’il soit, qui se lancera dans une réforme sur le sujet. Et même si l’on peut souligner les efforts de Concrète dans le domaine, avec leurs afters du dimanche matin jusqu’au soir, on est encore très loin du compte.

Gouvernement

C’est bien connu, le gouvernement Français est de loin le pire ennemi de ceux qui souhaitent faire la fête. Et bien figurez-vous, qu’outre-rhin, c’est plutôt l’inverse. Les Allemands ont en effet pris conscience de toute la valeur des nuits berlinoises qu’ils ont presque érigées au rang de patrimoine national.
Et plusieurs actions gouvernementales vont dans ce sens : pour continuer de rester une ville cheap, les loyers sont encadrés et leur augmentation fortement limitée. Par ailleurs, depuis début 2015, toute habitation construite sur le sol berlinois et à proximité d’une boite de nuit devra respecter des normes drastiques d’isolation sonore, ce ne sont donc pas les boites de nuits qui se plient au bon vouloir des riverains mais l’inverse: le paradis !

Une autre raison au sentiment de liberté que l’on ressent dès lors qu’on pose un pied dans la ville est qu’il y a très peu de policiers et que les contrôles sont tout aussi rares. Et cela ne vient pas de nulle part, en une année à Berlin je n’ai jamais été témoin de quelques violences que ce soit. Comment expliquer cela ? D’abord parce que les allemands ont encore enfoui au fond d’eux un sentiment de culpabilité dû à la grande guerre qui les pousse à toujours se comporter respectueusement et ce, même avec les touristes les plus horripilants. Mais aussi pour une raison beaucoup plus simple : la population de clubbeurs Berlinois, composée de dizaines de nationalités différentes, use en grande quantité de drogues diverses et variées (extasy, mdma, kétamine, speed, cocaïne, 2-CB, 4-FMP, etc). Et le propre de ses drogues est bien qu’elles ne rendent très peu voire jamais agressif contrairement à l’alcool qui en plus de rendre parfois violent, nous rend tous sans équivoques totalement débiles. Ne trouvez pas cependant dans mes propos une apologie de la drogue mais plutôt une constatation, l’atmosphère « bisounours/tout le monde s’aime » ressentie durant les nuits berlinoises en est la meilleur preuve. C’est donc une sorte de cercle vertueux : plus il y a de drogues dans les soirées, moins il y a de violences, moins les policiers sont à cran, plus on se sent libres, plus l’atmosphère de fête est bonne, plus on prend de drogues.
Vous me direz, les drogues ne manquent pas dans les soirées Françaises, alors pourquoi n’y retrouve-t-on pas la même atmosphère ?
Une seule raison : le public.

Public

Le public Berlinois est un public très ancien, présent dès les premières heures de la musique électronique, ce qui le rend plus apte à être éducateur. Et oui, lorsqu’on arrive dans une ville où la norme la nuit est d’être heureux et de partager ce bonheur, on ne peut que faire de même. Le respect de l’autre est d’ailleurs la pierre angulaire de cette philosophie de vie du clubbing à l’allemande et quiconque y déroge est très vite mal vu. Les touristes français à Berlin le sont d’ailleurs car, et je cite un videur qui me refusa l’année dernière l’accès à Stattbad, « ils ont aucun respect pour rien ». En effet en France la génération d’enthousiastes dont l’intérêt pour la musique électronique et le clubbing se développe exponentiellement ne possède malheureusement pas de génération plus ancienne à laquelle s’identifier. Conséquence ? Nous ne savons pas faire la fête ensemble. Et qu’en je dis ensemble je ne parle pas de ta bande de copains, je parle de tous les gens qui dansent autour de toi lorsque tu te rends en boîte ou en festival. J’ai la triste impression que la façon française de faire la fête est très individuelle, on vient avec ses copains se « mettre cher » et c’est tout ce qui compte. Le côté humain et communautaire de la fête que défendent ardemment les Berlinois est ici inexistant. Sans parler de notre totale irresponsabilité vis à vis des drogues (combien de fois n’avez-vous pas vu des pauvres gamins à peine majeurs totalement décalqués, les yeux sortis de leurs orbites et la mâchoire prête à éclater, incapable de savoir qui ils sont et ce qu’ils font là au Weather ou autre festival ?)

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Et tout cela est pour moi la raison principale au fait que Paris ne sera jamais Berlin.

Avant de nous lancer dans de grands projets de Berlinisation, apprenons donc à nous comporter comme de vrais Berlinois. Cessons donc de prendre des photos à tout va, pousser les gens qui nous gênent dans la foule, nous jeter au premier rang pour être le plus proche du dj possible et nous plaindre constamment que « c’est mieux à Berlin ». Apprenons à aimer tout simplement le fait d’être tous ensemble, solidaires, unis autour d’une seule et même chose : la musique. Car au fond sans elle tout ça n’existerait pas et n’aurait même aucun sens. Observons donc un peu de respect pour elle dont le message n’est autre qu’un message d’amour et de fraternité, nous n’en ressortiront que plus grands !

Eudes

Catégories : ArticlesInsolite

1 commentaire

Michel808 · 10 décembre 2015 à 11 h 15 min

C’est bizarre de comparer deux cultures et de juger que l’une est mieux que l’autre. C’est comme si je disais que les japonnais sont vraiment des beaufs avec leurs karaokés. Nous faisons juste la teuf à notre manière, parfois mieux, parfois moins bien, mais différemment et ça c’est bien !
Si tu n’as pas envie de prendre des photos n’en prend pas, si tu ne veux pas être au 1er rang n’y vas pas, mais ne te sent pas obligé de juger ceux qui le font (sans tomber dans l’excès, bien sur)…
Et puis la drogue c’est mal m’voyez

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