Pourquoi Drake est bel et bien le roi du rap game

drake

Il se passe actuellement un truc assez fou dans le rap US : son leader est canadien, fait de la pop sans complexe, mais est en même temps capable d’humilier un paquet de monde sans pression. En fait, Drake est non seulement le roi du rap commercial mais est également une sorte de superprédateur, un véritable T-Rex du rap américain.

Il vend comme personne

Ce n’est pas vraiment un secret, Drake vend pas mal de disques. Mais ce qui est incroyable, c’est la distance qui le sépare du reste des rappeurs : sur l’année 2015, il est le seul MC a avoir un disque de platine, avec 1,1 million de ventes pour If You’re Reading This It’s Too Late. Et on parle là d’un vrai-faux album vendu comme une mixtape sur iTunes avec zéro promo. A titre de comparaison, Kendrick Lamar n’a vendu « que » 725 000 exemplaires d’un To Pimp A Butterfly pourtant acclamé par la critique et le public. De même, le projet commun de Drake et Future s’écoulait à 334k la première semaine, 10k de plus que Kendrick sur la même période, un chiffre impressionnant quand on compare aux chiffres qAir-Jordan-10-OVO-1-622x335ue fait habituellement Future (126k pour la première semaine de Dirty Sprite 2). Et en dehors de la musique, Drake pourrait bien devenir un businessman en puissance : certes il n’a pas encore de casques à son nom ou ne possède pas de marque de boissons alcoolisées, mais son label bénéficie d’un joli partenariat avec Jordan, Drake n’hésitant pas à représenter le Jumpman (https://www.youtube.com/watch?v=ypO5DO53MiU), et son émission de radio sur Apple Music (OVO Sound Radio) lui permet de mettre en avant son label et sa musique.

Il est bien entouré, et est un sacré opportuniste

Pour revenir sur Future, il faut rendre hommage à une autre qualité d’Aubrey Graham : il sait exactement ce qui va marcher, et n’hésite pas à s’emparer de leurs morceaux pour les transformer en énormes succès : tu te F100_Drake_Cover_FINAL_tuqta0souviens du « Versace » de Migos ? C’est Drake qui l’a fait connaître, via un remix assez passable mais qui révélait au grand public le trio d’Atlanta. De même, Drake et Future ont énormément collaboré sur leurs projets respectifs, forgeant une alliance temporaire dont on devine que les profits ont été élevés. Quant à « Hotline Bling » (https://www.youtube.com/watch?v=uxpDa-c-4Mc), il s’inspirerait très librement d’un morceau de D.R.A.M, « Cha Cha » (https://www.youtube.com/watch?v=jzMhcP7ab3k). Interrogé sur les similitudes, Drake refuse de payer quoi que ce soit, compare la situation aux « riddim » jamaïcains, sur lesquels de nombreux artistes composent des morceaux différents, et plus généralement n’hésite pas à piller le son de jeunes artistes désireux de signer sur un label, d’où certaines critiques (http://pitchfork.com/news/61800-earl-sweatshirt-criticizes-drake-the-line-between-paying-homage-and-wave-riding-is-a-blurry-one/) par Earl Sweatshirt. Enfin, Drake c’est également OVO, énorme roaster de producteurs sur lequel on retrouve par exemple Stwo et qui sert de vivier de jeunes talents pour Drake ou ses camarades.

Il sait s’imposer

Vendre des disques et être opportuniste c’est bien, mais tous ces éléments ne sont rien face à l’aspect le plus important du rap : ne respecter personne et savoir s’imposer. Et pendant que tu fais encore les blagues « Drake the type of nigga » dans les commentaires Youtube, lui est trop occupé à s’affirmer dans le rap pour s’en soucier. Partant de loin (on se souvient tous de la cover  de Take Care), le canadien a fait du chemin et il suffit de le voir dans le clip de « 100 » de The Game pour s’en rendre compte : on parle tout de même d’un chanteur de pop canadien qui interrompt un morceau d’un Blood en plein Co90efbd9ee9091147cdd46cb6b5f55e64.600x600x1mpton pour lancer une pique masquée contre Kendrick Lamar, autre natif de Compton : « I would have all of your fans if I didn’t go pop and I stayed on some conscious shit ». Et il peut même se permettre de faire le grand écart entre ce featuring et des morceaux comme « Hotline Bling » sans autre souci que de regarder les milliers de Vine de ses performances en matière de danse. Et à propos de réseaux sociaux, Drake a compris qu’il était nécessaire de les maitriser pour peser en 2015 : comment a-t-il gagné son beef contre Meek Mill si ce n’est en retweetant tout le monde riant de lui ? Certes il a sorti deux diss avant même que Meek Mill dégaine, mais c’est justement le fait que ce dernier réponde quelques jours après « Back to Back » (https://www.youtube.com/watch?v=19DCJ73y9T0) qui a causé sa chute : Aubrey avait déjà tourné tout Twitter contre lui, avec des memes aussi incroyables que celui-ci (http://peacebenwilliams.com/wp-content/uploads/2015/07/MEME-MEEK-2.png). Mais Drake a surtout prouvé avec ce beef qu’il était capable d’enterrer un mec autrement plus street-crédible que lui : « Yeah, you getting bodied by a singing nigga », larguant deux morceaux avant même d’obtenir une réponse et envoyant 6 bouteilles de Dom Perignon à Charlamagne Tha God comme promis dans le morceau alors qu’ils se haïssaient.

Certains diront que le rap est vraiment médiocre en 2015 pour permettre à un ancien acteur de sitcom de régner sur le game. Quoi qu’il en soit, et en attendant ce fameux clash entre Kdot et Drake (annoncé par la verse de Kendrick sur le « Control » de Big Sean et les piques de Drake mais jamais devenu une guerre ouverte), on se contentera pour ceux qui voudraient se mesurer à Aubrey de rappeler cette line sur « Energy » : « I hear fairy tales ‘bout how they gon’ run up on me. Well, run up when you see me then and we gon’ see ». Bon courage.

Côme

There are 2 comments

  1. Paul-Axel

    Article intéressant! Mais je regrette cette comparaison avec Kendrick: le talent ne se mesure pas au nombre de galettes que tu vends. Quantité ne rime pas avec qualité. Et en l’occurrence, malgré une mixtape plus qu’honorable, il n’en reste pas moins que Drake est bien en-deçà de la qualité verbale d’un Kendrick ou d’un Joey Bada$$.
    Drake fait, comme tu le dis justement, de la Pop. C’est cool dans le genre, mais ça reste du rap d’adolescente.

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