Claude Nori Ali Terme, Sicile, 1983 

Claude Nori et l’été italien

«Sur la plage abandonnée
Coquillages et crustacés
Qui l’eût cru déplorent la perte de l’été…»

Brigitte Bardot – La Madrague (paroles de Gainsbourg)

Ainsi pourraient être caractérisées les photographies de Claude Nori, tant elles fleurent bon les vacances en bord de mer, à l’heure des premiers émois et flirts adolescents.

Claude Nori, photographe et éditeur français d’origine italienne, proche des Humanistes tels que Robert Doisneau, ou des cinéastes italiens à l’instar de Fellini ou Rossellini, occupe une place importante dans l’histoire de la photographie française : fondateur des éditions Contrejour qui réhabilitèrent de nombreux photographes humanistes comme Willy Ronis, et des Cahiers de la Photographie, il s’illustre également dans la « photobiographie » où l’on peut retrouver des thèmes qui lui sont chers telles que l’adolescence, l’Italie et la fragilité du bonheur.

Claude Nori Portofino, 1983

En ce moment exposé à la Maison de la Photographie de Lille (située dans le quartier de Fives, dans une superbe bâtisse de style contemporain, anciennement usine à papier qui a été réhabilitée dans les années 2000 et qui vaut le détour pour ceux qui seraient encore sceptiques), Claude Nori nous offre une incursion dans les photographies qu’il a prises depuis les années 1975 jusqu’à aujourd’hui, lors de ses vacances dans son Italie natale; s’ouvre alors tout un monde fait d’insouciance, de fraîcheur et d’exaltation juvénile, commenté à travers des morceaux choisis qui parsèment l’exposition.

Dès le début, le ton léger -qui fait sourire- est donné : si Claude Nori s’est adonné à la photo, c’est moins par une ardeur artistique irrépressible que par une volonté de se rapprocher de ses modèles féminins -pour le moins très séduisantes. S’opère alors un véritable « flirt photographique » comme il le qualifie lui-même : les lolitas italiennes à la chevelure brune au vent sont photographiées de près et donnent l’impression de nous inviter à jouer avec elles, tandis que les jeunes couples qui s’enlacent lascivement sur la plage nous dévoilent un moment d’intimité, auquel l’oeil du photographe (et donc nous aussi) est gracieusement convié.

Les beaux paysages siciliens, Naples, Rimini et les plages italiennes sont également des personnages photographiques à part entière ; tantôt en noir et blanc, tantôt aux couleurs vives, effet sépia, donnant l’illusion que la photo a été instagrammée avant l’heure, en témoigne cette photo où le short rouge flamboyant du modèle rappelle le rouge du logo Coca-Cola et contraste vivement avec le bleu de l’océan et du ciel.

Claude Nori « Tutto va meglio con Coca Cola »- Coca-Cola, Rimini, 1983

Il émane ainsi de la photographie de Claude Nori un sentiment d’évasion et de nostalgie d’un temps perdu, celui des amours insouciantes, ce qui n’est pas sans rappeler l’oeuvre proustienne en quête de sensations enfouies dans la mémoire de chacun: ici, la vue de la mer et des paysages de Sicile, l’odeur de sel de mer, le goût des gelati parfumées à la fraise, la douceur des cheveux des italiennes et la bande-son des vacances (c’est la chanson un peu kitsch Sapori di Sale qui tourne en boucle au premier étage de l’exposition), sont les sens que le photographe tente de faire revivre à travers ses photos.

Un peu comme les gelati italiennes colorées et promesses de douceur, l’on fond pour cette expo qui nous transporte jusqu’en Italie et nous permet d’oublier, le temps d’un instant, la grisaille lilloise de ces dernières semaines.

Claude Nori Les amants de Rimini, 1983

Quelques infos pratiques :
Exposition à la Maison de la Photographie (www.maisonphoto.com)
18 rue Frémy
Lille, Métro Fives, comptez 8 minutes pour vous rendre ensuite à la Maison de la Photographie.

Entrée libre

Marine

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