Tueurs Nés, Oliver Stone

C’est encore un de ces dimanche soir, aussi sombres et déprimants que le dernier album de Björk. Je cherche désespérément quelque chose pour me secouer hors de cette insupportable torpeur dominicale. Un bon vieux film où les gens se tirent dessus, par exemple. Avec un peu de chance et de patience, je tombe sur ce bijou né de l’imagination dérangée de Quentin Tarantino . Un couple d’ados traumatisés par leur enfance deviennent des assassins complètement cinglés. Super! La violence y est plus gratuite que jamais, mais habilement camouflée. Camouflée non pas par la dénonciation explicite des médias et de leur couverture inadaptée des faits divers qui transforme des monstres en célébrités (ça, c’est de l’analyse de prof de français de 2nde), ni camouflée par un style psychédélique de couleurs étranges et d’angles qui donnent le tournis.

Enfin, si…

Mais pas on s’en tape un peu. Le ciment de tout ce bazar, c’est évidemment une bande originale qui déchire. Y’en a pour tout le monde : du hip-hop gangta, du folk, de la musique classique et même du qawwalî (un style de musique soufi). Ce mix étrange donne une couleur inattendue au scénario : bercé là, angoissé ici, j’ai mal au crâne rien qu’en essayant de trouver d’où sort cette fichue cohérence musicale. Imaginez dans un même concert Léonard Cohen, avec sa voix profonde et ses poésies rythmées de chœurs féminins, Dr Dre en duo avec Snoop Dogg, et Modest Moussorgski. On a essayé de reconstituer cette troupe pour les avoir au Perno mais les deux premiers ne répondent pas, on s’est engueulés avec Snoop Dogg et Moussorgski est mort en 1881. Avec What would you do, de The Dogg Pound, ou the day the niggaz took over de Dr Dre, Natural Born Killers nous fait retourner si vite aux années 90 que j’ai eu des flashbacks des minikeums. L’Amérique profonde et désolée vibre à travers les accords de Léonard Cohen, Dan Zanes ou Bob Dylan. Un peu de musique orientale, un certain Nusrat Fateh Ali Khan (vous ne le connaissez pas, mais c’est une star au Pakistan) sur un fond sonore qui est l’équivalent musical des abysses vient s’immiscer dans tout ça. Le point culminant est sans doute Une Nuit Sur Le Mont Chauve de Moussorgski. Si, si, vous connaissez, c’est l’intro de Intergalactic des Beastie Boys (ou la musique qui fait peur dans Fantasia pour ceux qui ne savent pas apprécier les B-Boys). On regrettera par contre de graves erreurs de parcours : le métal industriel à deux balles de Nine Inch Nails fait vraiment tâche au milieu de si bons artistes. D’autres morceaux, s’ils sont bien ancrés dans le film, sont absolument abominables hors du contexte de Natural Born Killers. C’est une des raison pour lesquelles je vous déconseille de vous procurer l’album : vous allez vous frapper la tête contre les murs. Il n’y a que le film qui donne un sens à cette playlist improbable. C’est une pirouette artistique rare et émouvante.

Pour finir je vous parachute dans les 90′s avec le clip de What Would You Do par The Dogg Pound.

S.B.

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