Joy Division et New Order : esthétique de la noirceur et provocation, ou idéologie réactionnaire et fasciste ?

Disorder, Love Will Tear Us Apart : deux titres qui ont marqués une génération et ont réussi à se placer comme classiques du « Post-Punk » depuis la fin des années 1970. Que l’on soit fan ou que l’on déteste, le premier album Unknown Pleasures (1979) du groupe anglais de Ian Curtis, Joy Division, a indubitablement su s’imposer comme pierre angulaire d’un nouveau genre musical situé entre la « New Wave », et le « Post-Punk ». Le chanteur insaisissable de Joy Division se suicide au bout de quatre ans d’activité, en 1980, après quoi le groupe se reforme sous le nom de New Order.ian_curtis_quotes

Idole d’un public large et eclectique, le groupe n’a pourtant jamais vraiment caché l’ambiguïté de sa relation avec l’idéologie nazie. D’abord le nom, « division de la joie », est une référence assez claire aux systèmes autorisant les soldats allemands à violer les femmes juives dans les camps de concentration. Jusque-là ce n’est peut-être que pure provocation. Cependant, le premier nom du groupe, Warsaw, semble encore être une référence à cette période noire de l’histoire. La pochette de l’EP Warsaw est illustrée par un adhérant à la jeunesse hitlérienne, et le titre même débute par les chiffres « 3,5,0,1,2,5 », numéro de matricule de Rudolf Hess, l’un des hauts dirigeants du gouvernement nazi. New Order, le dernier nom du groupe renvoie aussi à certains groupuscules fascistes d’extrême-droite.

Esthétique de la noirceur et provocation, ou idéologie réactionnaire et fasciste ? Là se trouve l’ambiguïté. Face au procès de la critique, les membres du groupe n’ont eu d’autres choix que de se défendre en prenant pour argument principal la provocation, mais aussi la dénonciation de cette époque sombre. Warsaw ne serait en réalité qu’un clin d’œil au titre de Bowie « Warszawa ». En outre, il faut préciser que si les références au nazisme sont importantes chez Joy Division, de nombreux chanteurs punks, notamment Sid Vicious (Sex Pistols), en font usage avant, dans le but de provoquer une société qu’ils regardent avec aversion. Entre références anarchistes et apologie du chaos total, on retrouve en somme chez le mouvement punk un rejet du courant hippie « flower power », alors perçu comme naïf et candide.

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Toutefois, aucune preuve de l’adhésion aux valeurs de l’idéologie nazie n’existe en ce qui concerne des groupes comme Joy Division ou les Sex Pistols se qui laisse à supposer que l’utilisation de ces symboles n’est que pure provocation. Ils ne sont d’ailleurs pas catégorisés comme « Nazi Punk », mouvement ayant bien existé en Angleterre dans les années 1970. Malgré des avis très partagés parmi les amateurs de « New Wave », New Order continue aujourd’hui son activité, avec un dernier album – NOMC15 – sorti en 2017.

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