Neil Young

Je passerai le détail de sa vie, d’abord parce qu’à ce stade, la plupart s’en branle, et ensuite parce qu’il s’agit d’un parcours somme toute assez classique dans le milieu : succès quasi-immédiat, collaboration avec de grands groupes des sixties, comme Buffalo Springfield ou Crosby, Stills and Nash dur l’album Déjà Vu (indispensable), cocaïne, soucis familiaux, dépression, puis ca va mieux et ca écrit plein de disques).

Tout le monde connaît sans doute le titre le plus connu de Neil Young, Heart of Gold. Soit. Deuxième tri.

Toute personne manifestant un minimum de curiosité musicale aura par la suite pris la peine d’écouter le reste de l’album Harvest, qui pour beaucoup est le meilleur écrit par le songwriter canadien (sur lequel figure le titre Alabama, pamphlet virulent sur cet Etat du sud des Etats unis, et qui provoquera en guise de réponse le Sweet Home Alabama de Lynyrd Skynyrd). Troisième tri.

Maintenant que je me suis assuré un lectorat éclairé, j’aimerais vous parler d’un album live qui à mon sens, en plus d’être un chef d’œuvre de Folk devant l’Eternel, résume à merveille l’influence et les apports géniaux des compositions de Neil Young. L’album dont je vais donc parler est Live Rust (1979). Accompagné par ses éternels compères du Crazy Horse, notre rapace à voix d’ange livre incontestablement un de ses plus beaux récitals, en reprenant à merveilles les titres de ses meilleurs albums, After The Gold Rush, Harvest, ou encore Comes A time. Mais surtout, il nous montre l’extraordinaire étendue de son inspiration, en passant progressivement de chansons country guitare/harmonica un peu à la manière d’un Dylan (sans la rhino-pharyngite, et d’une voix ne se limitant pas à un gémissement nasal informe, de grâce ménagez nos oreilles !), avec par exemple Sugar Mountain, Comes a Time, ou I am a child, aux sonorités furieusement saturées qu’on lui connaît, avec par exemple Like A Hurricane. Young nous offre même avec malice la démonstration magistrale de cette métamorphose harmonique en interprétant dans ce même concert deux fois la même chanson. Ainsi, un Hey Hey My My orageux et vociféré par les guitares électriques fait suite à un My My Hey Hey acoustique empreint de toute la poésie et du souffle des grands espaces. On parlait de l’influence de notre oiseau nécrophage sur ses contemporains ; un certain Kurt Cobain reprendra les paroles de la dernière chanson citée dans la dernière lettre qu’il adressera au monde (« it’s better to burn out, than to fade away »).

Au milieu du disque (chanson 4/16, CQFD), pour couronner le tout, figure After the gold Rush, un morceau céleste au piano, à faire passer Imagine de Lennon pour un tribute à James Blunt. Parlons un du son : il est agrémenté, outre les humeurs de la foule, d’une sorte de grain sonore rappelant les craquements d’un vinyle, donc pas gênant du tout, voire même stylé puisque résolument rétro (lol).

J’écoute ce disque sans jamais m’en lasser depuis que je suis en 5ème (le temps où les errements de l’adolescence m’avaient conduit vers SUM 41, Offspring et autres hordes de boutonneux sans âge), et il est un des seuls survivants de cette époque (définitivement révolue, je précise), avec Sticky Fingers et le double album blanc, que j’assume toujours. Donc a priori vous pouvez y aller sans crainte.

Si vous aimez, et que vous êtes un peu curieux, vous pouvez regarder le Film Dead Man, de Milos Forman, sur lequel j’ai d’ailleurs déjà écrit il y a quelques temps sur ce même site. La bande originale du film est le fruit d’une improvisation en temps réel de Neil Young, et là encore c’est miraculeux. Vous y reconnaitrez les deux aspects complémentaires de la musique de Young dont je vous ai parlé, la mélancolie acoustique d’un ciel gris et d’une terre desséchée, et le tonnerre des guitares électriques. Certains voient dans cette dernière caractéristique la genèse du Hard Rock. Like a Hurricane et Cortez The Killer auraient conduit directement aux Guns And Roses ou pire, à Kiss. Personnellement ca me trouerait le cul. Sur cette note de finesse, je vous laisse en compagnie du “Loner” qui demeure, s’il est utile de le rappeler, un des rares de sa génération à avoir survécu sans pour autant s’abaisser à agiter son corps de vieil Iguane parcheminé dans des spots publicitaires (nice one, Iggy Pop), et à être resté fidèle à sa musique, sans jamais retourner sa chemise (à carreaux). Monde de merde.

Lucas


1 commentaire

Domdepac · 2 mai 2014 à 10 h 41 min

Dead Man n’est pas de Milos Forman mais de Jim Jarmusch.

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