Voyage musical au pays du matin calme

 

Après 6 mois passés en Corée, et, plus particulièrement, dans sa capitale, Séoul, je reviens les poches pleines de nouveaux sons. Vous n’êtes pas sans savoir que la Corée est régulièrement associée à la “K-pop” (Korean pop), autrement dit, la variété coréenne moderne, résumée à quelques boys bands ou girls bands commerciaux comme on en faisait chez nous dans les années 90’s / 2000’s. Grosse erreur. Non seulement, la K-pop ne se résume pas à cela, mais — et c’est bien là l’objet de cet article — la musique coréenne, elle-même, ne se résume pas à la K-pop. Loin de là. Heureusement.

Pour faire court, le pays du matin calme s’est développé à une vitesse phénoménale et est entré dans une économie capitaliste globalisée depuis les année 1980’s. Sur les plans économique, social et politique, tout s’est accéléré. Phénomène d’autant plus impactant pour le pays que ce dernier était fortement influencé par la tradition ancienne japonaise suite à l’invasion nipponne passée. Autant dire que l’arrivée du rockabilly, du rock indé, du surf rock anglosaxon et européen en même temps que la découverte du rap / hiphop américain a bouleversé la culture musicale du pays.

Concernant l’influence rock (au sens très large), on pense notamment au groupe Hyukoh (혁오) actuellement en tournée aux US (paroxysme du succès musical pour le groupe). Leurs influences sont riches et multiples, allant du rock full disto, à la ballade, en passant par le funk / disco. Le groupe est aussi connu pour la voix étouffée particulière de son chanteur. Il est donc difficile d’apprécier, en un morceau, l’étendue de leur palette musicale. Je recommande fortement d’écouter l’album 23 en entier. Mais tout de même, un aperçu :

“Comes and Goes”, Hyukoh :

Côté rap, on peut penser à Keith Ape ou Jay Park, désormais mondialement connus et faisant partie des rappers coréens ayant percé aux US. Conquérir la scène rap américaine est souvent, pour eux, la reconnaissance ultime.

On ne présente plus Keith Ape, le père du “Skrrrrrt” :

“Ninja Turtle ft. Wifisfuneral”, Keith Ape :

Jay Park, d’abord idole dans un groupe de K-pop, commencera sa carrière de rappeur après une retraite full hiphop aux US :

“On it”, Jay Park :

Ces découvertes musicales seront d’autant plus déterminantes pour le tournant que prendra la musique coréenne, qu’elles auront principalement lieux, simultanément, dans les années 2000’s 2010’s. Il est donc parfaitement normal de découvrir régulièrement des groupes de rock indé coréens dont le chanteur est également rappeur et/ou introduisant des parties rap entre deux riffs rock. Inversement, nombreux sont les rappeurs coréens à introduire des samples rock dans leurs prod. Mais c’est également une tendance globale.

Parmi les quelques pépites dénichées dans les méandres de Hongdae (quartier underground de Séoul), on retiendra Shirts Boy Frank (셔츠보이프랭크). Groupe fascinant, ayant le vent en poupe. Musicalement très riche, aux influences, encore une fois, très variées. La qualité et l’originalité musicale du groupe tient principalement aux lignes de basses incroyables de TaeJun. Jamais à cours de solo, la basse n’est presque jamais utilisée comme support rythmique, mais de manière mélodique. Quant au guitariste mélodique, SeungMin est toujours à la recherche d’innovation sonore. Il troc régulièrement son médiator pour un couteau de boucher. C’est ce qui donne, sur “Der Erlkönig (마왕)” ces sonorités stridentes et grinçantes. Le chanteur, enfin, également rappeur dans d’autres formations, rap également sur certains morceaux tels que “Walking Fog (걷는안개)” ou “Acid Rain (산성비)”. Le groupe cultive un univers artistique plus large, à travers leurs clips psychédéliques et torturés.

“Borderline (경계)”, Shirts Boy Frank :

Entre autres pépites, il y a aussi OhHyuk (le chanteur du groupe Hyukoh). Il représente à lui seul l’explosion artistique séoulite. Je pense que la très forte pression exercée sur les Coréens, dans le milieu scolaire, universitaire, au travail, en famille, par la société en général, de même que les responsabilités individuelles et sociales que beaucoup portent, sont l’un des facteurs de la création artistique coréenne si particulière. Certains succombent à tant d’impératifs, se suicident dans le pire des cas, et d’autres parviennent à sublimer ces fardeaux dans la production artistique. Dans l’art pictural, sculptural ou musical, on retrouve très souvent cette même atmosphère, entre ennui, désespoir et implosion, le tout dans une énergie brûlante et colorée.

“Momom (몸마음)”, Ohhyuk, Cifika :

Cette fois-ci, on sort de Séoul, direction Busan, au sud de la Corée. L’atmosphère absolument unique de cette ville portuaire se reflète sur sa scène musicale. Loin de l’agitation fébrile de la capitale séoulite, Busan se caractérise par son calme ambiant. Tout semble s’être adapté au rythme des vagues de la mer du Japon, de l’accent des autochtones au style de vie local, en passant, bien sûr, par la production musicale. Inutile de préciser que la ville — presque seul et unique surf spot du pays — a vu naître les quelques groupes de surf rock coréen. Say Sue Me (세이수미), le plus connu d’entre eux, balance entre le surf rock, le punk / post-punk, le pop rock et la ballade coréenne (décidément bien ancrée dans les inspirations musicales des artistes). Vous serez forcément bercés par la voix douce et étonnamment faible de la chanteuse ainsi que par le vibrato du guitariste principal.

“Old Town”, Say Sue Me :

 

Bonus K-pop :

Non faut pas déconner, je proposerai jamais ça. Mais l’artiste est quand même tout droit sortie d’une émission de télévision coréenne, produite par YG Entertainment, le plus gros incubateur d’artistes K-pop. Et pourtant. Et pourtant ce n’est pas de la K-pop. Le clip renverse même tous les codes habituels. Tatouages, piercings, textes en anglais, instru… pas K-pop quoi. Assez banal pour nous, mais plutôt révolutionnaire pour eux.

“Remember”, Katie :

 

Bonus rap coréen :

La langue coréenne a de ces tonalités très syllabiques et répétitives, donnant un aspect particulièrement rythmé et saccadé au rap

Kim HaOn (김하온), participant de l’émission culte Highschool Rapper 2, sorte de concours tremplin pour les lycéens Coréens :

Freestyle de Jay Park with the L.A. leakers :

 

PS: je ne saurais que trop conseiller encore… (du coup voici une petite playlist complémentaire)

 

Lola

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