autechre

Je les pensais tous disparus, mais ils sont bel et bien vivants : les nostalgiques de la musique d’antan hantent toujours disquaires et tournées de reformation, sauvegardant la « vraie » musique en achetant des pressages neufs de vinyles déjà surproduits, peu importe si cela nuit finalement à la création musicale. Car voilà, pour le nostalgique, l’âge d’or de la musique c’était avant, et aujourd’hui tout est édulcoré, vide, insensé.

Capture d’écran 2016-03-15 à 17.17.55

Mais s’il y a bel et bien un âge d’or de la musique, alors désolé mais nous sommes en plein dedans. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de refuser de faire preuve de sens critique, d’apprécier tout ce qui sort aujourd’hui et de faire preuve de mauvaise foi en traitant tout ce qui est sorti avant ma naissance de musique de dinosaure. Par contre, il est indéniable que la création musicale n’a jamais été aussi intéressante, ne serait-ce que grâce aux softwares et à Internet : tout le monde peut aujourd’hui extrêmement facilement créer de la musique, et les outils n’ont jamais été aussi complets : d’un novice total sur Ableton à Autechre créant des patchs démentiels sous Max MSP, les possibilités sont infinies et permettent une création entièrement libre. Quant à l’impact d’Internet sur la création musicale, on ne reviendra pas dessus, et il suffira juste de regarder les chiffres mis en avant par Datpiff ou livemixtapes pour se rendre compte qu’il n’a jamais été aussi facile de proposer de la musique à l’écoute.

Cette combinaison rend également possible une création musicale immensément riche, à la seule condition de chercher un peu : si on peut effectivement avoir l’impression que la musique se réduit aujourd’hui à des morceaux pop identiques et hyper-marketés, il suffit de s’intéresser un peu pour trouver au hasard de la techno lo-fi bricolée avec des bandes reel-to-reel, du black metal sud-africain, des chants traditionnels possédés, voire des field-recordings de superordinateurs. Tout est possible, tout est enregistrable, tout est sortable, et pour un artiste populaire et médiocre que je ne prendrai même pas le temps de mépriser, je suis sûr de pouvoir trouver une centaine de choses passionnantes.

De telles expérimentations existaient certes déjà auparavant, mais elles sont cependant aujourd’hui bien plus faciles à découvrir car plus faciles à partager, encore une fois grâce à la toute-puissance d’Internet. De Cymbal à Last.fm en passant par SensCritique ou RateYourMusic, il n’a jamais été aussi aisé de partager notre passion, que cela soit avec nos proches ou de parfaits inconnus. Une facilité qui nous conduit peut-être à évoluer dans un nuage de bruit étant donné le nombre de recommandations venant de toutes parts, mais qui nous permet surtout d’apprécier toujours plus de choses diverses, à condition de s’en donner les moyens et de creuser au lieu de se limiter à la surface ou à l’inverse de cracher sur l’entièreté de la musique contemporaine.

Mais même le nostalgique ne méprise pas réellement la pop, il regrette juste qu’elle ait pris la place du dadrock : sa plus grande tristesse est que le rock est mort aujourd’hui, ou alors qu’il n’est un ersatz de rock car il lui manque l’urgence et l’énergie. A ceux là on se contentera de rappeler que les Swans sont toujours actifs (plus pour très longtemps il est vrai, Gira renvoyant le groupe dans les limbes après leur prochain album studio) et qu’on peut difficilement faire mieux en matière d’énergie. Et à ceux qui sanglotent devant le manque de complexité de la musique populaire aujourd’hui, rappelant régulièrement à qui veut ou non l’entendre à quel point Bohemian Rhapsody est un morceau grandiose, on opposera Godspeed You! Black Emperor, qui met à l’amende n’importe qui en matière de compositions à tiroirs et de création d’ambiance. Mort le rock ? Non non, juste transformé. Comme tous les genres d’ailleurs, et tant mieux : comment serait le monde sans aucune création artistique novatrice ?

Contrairement à ce que certains vieux cons peuvent donc raconter, la musique ne s’est donc probablement jamais aussi bien portée. Le seul problème reste donc d’éviter de tomber dans le même piège qu’eux. Car si je suis persuadé que la musique est passionnante aujourd’hui, que penserai-je de la musique dans 30 ans, lorsqu’une ou plusieurs nouvelles révolutions musicales se seront produites et que je serai incapable de comprendre les outils utilisés ou la démarche adoptée ? Il suffit de regarder aujourd’hui l’opinion des fans de rap old school vis à vis de la trap pour constater que l’on est peut-être toujours le vieux con de quelqu’un d’autre. La seule solution ? Probablement refuser d’en devenir un et toujours s’intéresser à ce qui sort plutôt que de se complaire dans le confort de l’habitude. Vieillir comme Philipp Glass plutôt que comme Steve Albini en somme. Pour reprendre un de mes morceaux préférés (qui date maintenant de quasiment 25 ans et qui reprend un poème de 1873, comme quoi je ne suis pas totalement bloqué dans l’instant présent), « We are the music makers, and we are the dreamers of dreams ».

Côme

Catégories : Articles

0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *