Le monde du clubbing est inextricablement lié à la drogue. On peut dissocier l’un de l’autre mais la drogue n’est jamais loin de la piste de dance comme la bière n’est jamais loin de la main. Human Traffic est un film-hommage à cette liaison « interdite » (ou du moins illégale). Human Traffic est à l’ecstasy ce que Trainspotting est à l’héroïne (en mieux). Human Traffic capture le monde de la nuit comme aucun film n’a été capable de le faire, Human Traffic est la quintessence audiovisuelle de la culture Club.

La trame est simple, nous suivons l’aventure de cinq amis qui se préparent à un week-end de fête dans le Royaume-Uni des années 90 – une terre sainte du clubbing. En 1h40, Justin Kerrigan (le réalisateur) saisi définitivement la génération Club en 35 mm, faisant entrer la culture Club d’une certaine manière dans la postérité cinématographique. Hors de ce film le Clubbing n’est rien, trop souvent un cliché, ou simplement oublié.
Le pèlerinage club commence le vendredi soir, et nous suivons les protagonistes dans leur voyage spirituel faisant écho à notre propre voyage. Nous les suivons à l’intérieur de l’Asylum, d’after, des autres, de soi-même, surtout de soi-même. Pour ceux qui à ce stade de la lecture se retrouveraient pris à défaut, un seul remède à l’inculture : la curiosité. Je vous invite donc à visionnez ce film culte. Pour ceux pour qui ce film aurait fait naître la vocation Club, je rappelle que le pèlerinage a lieu chaque vendredi dans des milliers de villes.

Justin Kerrigan offre un film sous forme de plaidoyer pro-drogue « Les drogues vous invitent dans un état euphorique, donnent une vision d’un monde pacifique. Elles rassemblent des personnes de tous genres de différents milieux. Vous n’obtiendrez jamais ce sentiment de paix dans aucun autre genre de culture. Bien que l’utilisation de drogues soit artificielle, ce qui est évident est que tout le monde veut se sentir comme cela naturellement, se sentir confortable avec chacun, pouvoir aborder toute personne sans aucune crainte animée par un sentiment de paix. ».

Ne m’accusez pas de confondre drogue et Club, et de restreindre les plaisirs du monde de la nuit aux plaisirs artificielles de la drogue. Si ce film me donne tant envie de faire la fête c’est que c’est toute la culture club qui est mis en avant (bien au-delà des simples pilules smiles). Envie de faire la fête aux rythmes des beats britanniques des années 90 ou au rythme de l’Amour (The Age of Love). Bien au-delà de la musique électronique c’est toute la BO du film qui est une incroyable qualité. La musique est omniprésente dans ce film – Carl Cox y jouant même le rôle de Pablo Hassan le boss de l’Asylum Club – pendant des sentiments quand les hommes se taisent.

                   Si Human Traffic me donne tant envie de faire c’est qu’il nous renvoie à nos propres fêtes, nous n’avons pas l’impression de visionner une fiction, nous avons cette sensation d’avoir déjà vécu ce film, de vivre ce film chaque week-end ; nous avons même la sensation que Justin Kerrigan nous a compris – rompant ainsi notre solitude. Je veux faire la fête pour ressentir à nouveau cette communion, cette sensation de plénitude, d’absolu… On se retrouve dans chacun des dialogues, dans chacune des situations comme si Justin Kerrigan avait synthétisé le monde de la nuit en saynète – chacune hyper réaliste, chacune parfaite dans sa description de notre propre complexité, de nos comportements, de nos relations. Le mode de la nuit est codifié. Justin semble analyser ces codes nous renvoyant à notre hypocrisie mondaine. Qui peut sans mentir se sentir étranger aux ressentis des personnages ? Aux dialogues intérieurs de Moff, aux critiques style ‘c’était mieux avant’ de Félix. Qui n’a jamais tenté après une nuit infinie d’élaborer une théorie sur Star Wars/Socrate/l’espace/ l’Amour. Qui n’est pas sujet à la paranoïa sociale ? Si il existe une vérité absolue n’est-elle pas celle de la politique du spliff – preuve que l’homme est un l’être sociale par excellence – ?

Le temps d’un instant le temps s’est arrêté ; avec Jip méditons « Le présent s’est envolé… les fantasmes font parti de la réalité… et on enlève les freins… on pense clairement et pourtant, on ne pense pas… et c’est là qu’on semble bien. On arrête d’essayer de tout maitriser. Des flots tièdes de substances chimiques en nous… on fluctue. Est-ce l’effet de lésions cérébrales ? On est dans les nuages à présent. On est grand ouvert. On est des spationautes en orbite autour de la terre… ouais… tout le monde a l’air… a l’air superbe ici… ivre d’émotion. On désire l’inatteignable. On met notre santé mentale en péril pour quelques instants de clairvoyance. Tant d’idées… si peu de mémoire.

La dernière pensée est tuée par anticipation de la prochaine. On est saisi par un irrésistible sentiment d’amour. On flotte… à l’unisson. On est ensemble. J’aimerais que ce soit vrai. On veut un niveau universel d’harmonie… où on se sentirait à l’aise, avec tout le monde… On est en rythme. Élément d’un mouvement. Un mouvement d’évasion. »

Enfin, cette sensation que « Tout ce qui monte doit redescendre », l’euphorie de la fête laisse place à l’ennui des monotones journées, la communion remplacée par la solitude ; l’ivresse de la vie sonne creux à cet instant, lorsque la fête est finie. Le week-end laisse place au morne Lundi et cinq jours passeront avant de reprendre notre bâton de pèlerin. La réalité ne peut-être une fête éternelle au risque de se dénaturer ; la fête est peut-être l’une des dernières enclaves temporelles à la réalité, en soi une utopie.

Nous savons que ces instants ne sont qu’une parenthèse dans une vie dominée par une maussade réalité (cette réalité n’est pas occultée par le réalisateur), nous savons cette parenthèse éphémère et pourtant. Et pourtant nous voulons y revenir, toujours. Bien malheureux celui qui n’aura jamais vécu cet instant – aussi court soit-il -, cet instant qui nous fait sentir appartenir à l’humanité, où l’Amour universelle dépasse le simple concept.

Définitivement, ce film est un appel à l’amour, la fête, la paix, le bonheur, la joie, l’autre. C’est pour cela que Human Traffic me donne envie d’embarquer dans un van, (prendre des pilules) et faire la fête !

Mathias

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